L’avion et le moine

Quel est le point commun entre un religieux et un avion? Tous deux ont choisi de s’élancer vers le ciel. De repousser les limites de la nature humaine pour aller plus vite, plus haut. L’aviation est un des modes de transport les plus sûrs; mais quand un appareil s’écrase, les dégâts sont spectaculaires. Egalement quand un religieux ressort d’une communauté brisé, en dépression, voire en songeant au suicide.

La métaphore est d’un moine, Dom Dysmas de Lassus, supérieur général de l’ordre des chartreux. Touché par les confidences de personnes cassées par une vie qui aurait dû les épanouir, il offre une analyse profonde et détaillée des «risques et dérives de la vie religieuse » dans un livre éponyme*. A l’occasion de la sortie de cet ouvrage, paru au printemps mais quelque peu éclipsé par le Covid, l’Echo Magazine a recueilli en Suisse romande des témoignages de personnes ayant dû quitter leurs communautés pour ne pas sombrer.

Les CFF aussi souhaiteraient qu’on parle des trains qui arrivent à l’heure.Les religieux heureux et bien dans leurs sandales s’agaceront peut-être qu’on aborde une fois de plus leur vie sous l’angle de ses dangers. Les CFF aussi souhaiteraient qu’on parle des trains qui arrivent à l’heure, plus nombreux que les interruptions du trafic ferroviaire. L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse; reste que trouver des témoins pour cet article s’est révélé d’une facilité déconcertante. Par manque de place, nous n’avons pu les citer tous. Les communautés nouvelles, fondées au 20e siècle, semblent particulièrement exposées au risque de dérive. Celles qui affichent un demi-millénaire au compteur sont moins hypnotisées par la figure de leur fondateur et laissent davantage leurs membres exprimer leur personnalité propre. Elles se sont enrichies de mécanismes de contre-pouvoir, à commencer par une règle qui a fait ses preuves.

De tous les témoignages ressort la nécessité d’une autorité extérieure au groupe. Une autorité qui vienne fissurer la tentation absolutiste qui peut surgir partout où existe une relation de pouvoir – dans une association, un couple, la rédaction d’un journal. C’est la force de l’Eglise catholique que d’avoir une hiérarchie susceptible d’intervenir; encore faut-il qu’elle assume ce rôle. Beaucoup de victimes disent avoir dû hurler pour être – un peu – entendues.

Quand un avion s’écrase, c’est généralement que les responsables n’ont pas corrigé à temps des failles pourtant connues. Il en va de même dans la vie religieuse: plus on tarde à considérer ses risques inhérents, plus on s’expose au crash. Par amour pour cette vie, il faut lire Dysmas de Lassus.

Je profite de ce dernier éditorial pour remercier les lecteurs de l’Echo Magazine pour ces années de compagnonnage par papier interposé. Le temps est venu pour moi de partir vers d’autres aventures journalistiques, le coeur un peu serré, mais rempli de reconnaissance.

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