Spiritualité: nouveaux chercheurs de Dieu

Comme première activité, le Service de la spiritualité propose un module de méditation, guidé par Lia Antico (photo), docteure en neurosciences. Comme première activité, le Service de la spiritualité propose un module de méditation, guidé par Lia Antico (photo), docteure en neurosciences.

Un nouveau service de la spiritualité fait son apparition au sein de l’Eglise catholique de Genève cette rentrée. Méditation, iconographie, écospiritualité: une variété d’activités sera proposée pour cheminer avec toute personne qui a «soif d’essentiel».

33A EM39Des coussins de méditation tout neufs, une table en bois en guise de bureau, deux chaises pour accueillir les visites: Federica Cogo finit d’aménager cet espace qui respire à la paroisse Sainte-Marie-du-Peuple à Châtelaine (GE). Ce sera le quartier général du nouveau Service de la spiritualité de l’Eglise catholique romaine de Genève (ECR) dont elle est responsable: «Je le définirais comme un espace ouvert à toute personne qui veut nourrir sa spiritualité, qu’elle soit déjà engagée dans la vie chrétienne ou plus éloignée».

UNE SOIF À APAISER

Cette offre s’adresse aux nouveaux chercheurs ou aux «distancés» de l’institution catholique, des personnes qui ne trouvent pas de quoi nourrir leur vie spirituelle dans les paroisses. Un public dans lequel Federica Cogo se reconnaît: «J’ai beaucoup nourri ma foi d’adulte en fréquentant des monastères. J’y ai découvert des richesses absentes des paroisses, très axées sur la catéchèse des enfants». L’Italienne d’origine a travaillé pendant quinze ans comme aumônière dans les prisons genevoises. Une expérience qui l’a préparée à cette nouvelle mission: «En prison, j’ai rencontré des personnes pratiquantes, d’autres blessées par l’Eglise ou qui ne la connaissaient pas. J’ai pris conscience de la soif de spiritualité qui pouvait habiter ces profils très différents».

SPIRITUALITÉ À LA CARTE?

Seuls 5% des catholiques sont pratiquants dans la Cité de Calvin. Une minorité si flagrante que l’ECR n’a pas voulu rester indifférente. «Notre souci est de rejoindre les gens. S’ils ne viennent plus dans les paroisses, c’est qu’il y a quelque chose à entendre», explique Isabelle Nielsen, adjointe du vicaire épiscopal à Genève. L’ECR a créé ce service pour mettre en évidence des initiatives déjà souvent existantes. «Certains catholiques disent que notre société est décadente et critiquent ce qu’ils appellent une spiritualité ‘à la carte’. Mais ce qui ressort de certaines études, c’est que ce public a une réelle soif de Dieu. L’ECR ne veut pas exister uniquement pour une seule couleur de fidèles», poursuit Isabelle Nielsen.

«Regarde-toi, tu as en toi le Ciel et la Terre!» C’est Hildegarde de Bingen, religieuse bénédictine mystique et sainte du 12e siècle, qui lance cette invitation. Sa citation orne le prospectus de la première activité du Service de la spiritualité: de la méditation en pleine présence. «Nous souhaitons aussi proposer une découverte de l’iconographie, une initiation à la prière selon les exercices de saint Ignace de Loyola et un atelier en lien avec l’encyclique Laudato Si’ et l’écospiritualité », se réjouit Federica Cogo. Cette diversité a attiré Thomas, 43 ans: «Je ne suis pas le fervent catholique qui va à la messe tous les dimanches. J’ai aimé cette approche globale spirituelle, c’est une proposition magnifique en phase avec notre époque». Catholique pratiquante, Sara, 37 ans, s’est aussi inscrite à ce module qui démarre en octobre: «Ce qui m’a intéressée est le fait d’allier la religion catholique et la pleine conscience, assimilée d’habitude au bouddhisme».

EXPÉRIENCES COMMUNAUTAIRES

L’Eglise cherche-t-elle ainsi à faire revenir ses fidèles autour de l’autel? «Il ne s’agit pas de faire du racolage, mais de permettre aux gens de faire des expériences», rétorque Bruno Fuglistaller, prêtre jésuite et membre du coeur pensant du service. Pour lui, l’Eucharistie reste fondamentale ,mais elle est une expérience difficilement accessible à des personnes qui n’ont pas été «socialisées en paroisse». «Il ne suffit pas de proclamer du haut de la chaire que la messe est le coeur de la vie chrétienne. Pour l’entendre et vivre cette célébration comme tel, il faut une expérience de vie spirituelle », affirme-t-il.

Atteindre le public visé tout en se présentant avec l’étiquette institutionnelle, c’est l’un des défis du nouveau service. «A la maison de quartier ainsi que dans certains sites, on ne veut pas faire la promotion d’activités ‘religieuses’ », déplore Federica Cogo. Mais la responsable croit beaucoup au bon vieux bouche à oreille pour répandre la nouvelle.

Priscilia Chacón

 

Méditation et spiritualité

Le premier module du Service de la Spiritualité propose d’expérimenter la «pleine présence, porte d’entrée pour être présent à soi, à l’autre et au Tout-Autre». Six rencontres hebdomadaires d’une heure et demie animées par Lia Antico, docteure en neurosciences à l’Université de Genève et enseignante de pleine présence, ou mindfullness en anglais.

Quelle est votre définition de la pleine présence?

Lia Antico: – Selon Jon Kabat Zin, à l’origine des programmes de mindfullness, c’est un état de conscience qui émerge quand on dirige son attention sans jugement vers l’expérience qu’on vit dans le moment présent. Méditer en pleine présence consiste à se concentrer sur l’instant présent et à ressentir ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nous. L’objectif est d’accueillir les états d’âme sans jugement et de ne pas s’identifier à ses pensées ou à ses émotions.

Quels sont les liens entre la méditation et la spiritualité chrétienne?

– La pleine présence s’inscrit dans la tradition bouddhiste et orientale, mais aussi dans celle des ordres contemplatifs d’Occident comme les Pères du désert. Madame Guyon, une mystique du 17e siècle, parlait déjà de la pleine présence. En tant que catholique, j’ai appris à vivre l’attention aux mouvements intérieurs grâce à la méditation jésuite d’Ignace de Loyola.

Comment la méditation peut-elle aider le croyant?

– C’est un outil que j’utilise par exemple pour revenir au moment présent lorsque mon esprit vagabonde durant une messe. La Bible ne dit-elle pas aussi que nous sommes le temple de Dieu? La pleine présence permet d’être plus à l’écoute de son corps et de le respecter.

Recueilli par PrC

 

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