Symboles de lutte

Une cape noire sur les épaules, une baguette magique, trois doigts levés, un masque à la fine moustache et au sourire figé... Non, on n’est pas au bal masqué: ces nouveaux symboles sont arborés partout dans le monde par des manifestants qui expriment leur révolte et leur désir de justice.

Qu’ils soient Thaïlandais, Chiliens ou Libanais, les jeunes protestataires se transforment, pour lutter contre l’autoritarisme, la corruption ou les autres maux qui paralysent leurs pays, en Harry Potter qui se bat contre Celui-dont-on-ne-doit-pas- prononcer-le-nom, en la jeune fille de Hunger Games qui défie la dictature, en Joker ou en V, le super-héros anarchiste de V pour Vendetta.

Adieu Moïse, Guillaume Tell, Che Guevara et bonnet phrygien! Aujourd’hui, les nouveaux symboles de lutte sont issus tout droit de la culture populaire et du cinéma hollywoodien. Pas étonnant, selon le chercheur Marc Attalah: alors que la religion est en perte de vitesse et que la politique n’offre plus de socle solide, la «pop culture est un des rares domaines qui génère encore des symboles» (lire en pages 10 à 13). Mondialisation aidant, ils sont même plus universels que leurs prédécesseurs.

L’être humain, nous l’avons vu pendant notre série d’été consacrée aux légendes suisses, a soif d’histoires, mais aussi de mythes qui expriment ses aspirations fondamentales et nourrissent sa vie quotidienne. Peu importe leur provenance, pourvu qu’ils traduisent quelque chose d’essentiel en nous.

Peut-on créer des mythes qui ont du sens quand on s’inféode volontairement à la dictature?Mais peut-on créer des mythes qui ont du sens quand on s’inféode volontairement à la dictature tant du marketing et de l’économie que d’Etats autoritaires? La sortie de Mulan, qui fait polémique ces jours, en est un bon exemple. Les studios Disney, pour s’assurer de la bonne réception de leur film en Chine, ont en effet soumis leur script à l’Etat chinois et suivi les recommandations de ce dernier.

Non contents de transmettre depuis des décennies bon nombre de platitudes occidentales au monde entier, les studios hollywoodiens s’autocensurent toujours plus afin de plaire à un Etat qui contrôle les faits et gestes de sa population et réprime toute pensée déviante, mais offre 1,4 milliards de consommateurs potentiels. Dans le futur, Harry Potter pourra-t-il encore, pour lutter contre Voldemort, sortir en catimini de son dortoir en pleine nuit ou cela sera-t-il considéré comme trop subversif pour être montré au public chinois? Et que penser de V qui s’est donné pour mission d’ébranler tous les symboles d’un pouvoir autoritaire?

Heureusement, si les films grand public ne devaient plus nourrir sa soif de mythes, l’être humain ira les chercher ailleurs. Ceux qui descendent dans les rues aujourd’hui n’ont pas attendu qu’un film hollywoodien les y encourage.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!