Des toutous à la messe ou au culte

Une cérémonie de bénédiction d’animaux à Golino, au Tessin. Une cérémonie de bénédiction d’animaux à Golino, au Tessin.

Célébrations oecuméniques, messes ou cérémonies du souvenir. A l’approche de la Saint-François, protecteur des animaux, les bêtes sont mises à l’honneur. Auraient-elles une âme?

Chevaux, chiens, chats, lapins et encore béliers se sont réunis avec leurs propriétaires le 12 septembre aux Reussilles (BE) pour une célébration oecuménique organisée par la pasteure Françoise Surdez et l’abbé Olivier Jelen. Dans quelques semaines, ce dernier organisera une messe destinée aux animaux à Payerne ainsi qu’une cérémonie à la Société vaudoise de protection des animaux, à Lausanne.

Alors que le 4 octobre, fête de Saint- François d’Assise, le protecteur des animaux, approche, des messes, des cérémonies oecuméniques et des bénédictions destinées aux animaux trouvent leur place à l’agenda. Une extravagance au sein du christianisme? «Cela aurait été surprenant il y a trente ans. Ce n’est plus le cas actuellement. Ces célébrations reflètent tout le travail récent fait pas une minorité de chrétiens qui a de plus en plus d’audience», explique l’historien des animaux Eric Baratay, professeur à l’Université de Lyon. Ces événements impliquent-ils donc que les animaux sont dotés d’une âme?

UNE ÂME MATÉRIELLE

Chez Platon, seuls les humains ont une âme. Cette vision du monde a la dent dure.«Dans le christianisme, il y a une rédemption totale de la création. Pour moi, les animaux en font partie. Je suis convaincue qu’ils ont une âme», explique Françoise Surdez. «L’Eglise a toujours admis, sauf à l’époque de Descartes, que l’animal avait une âme. Simplement, on considérait qu’elle était de nature très inférieure à celle de l’homme. Elle serait de nature matérielle, vouée à disparaître, alors que l’âme de l’homme est spirituelle. Pourtant, dans la Bible, la différence n’est pas aussi nette. Les hommes et les animaux prennent vie à partir de la même glaise», ajoute Eric Baratay. Selon l’historien, ce sont les Pères de l’Eglise, empreints de culture grecque et gagnés par le platonisme, qui vont imposer une hiérarchisation entre les êtres vivants. Chez Platon, seuls les humains ont une âme. Une vision du monde qui a la dent dure.

«Il y a beaucoup de préjugés au sein du christianisme et à l’extérieur par rapport aux cérémonies pour les animaux. Un jour, une femme m’a dit: ‘Tu ne vas quandmême pas faire ça à l’intérieur d’une église?’», raconte Françoise Surdez, qui organise ces événements depuis cinq ans. «Certaines personnes pensent qu’on le fait au détriment des humains, ce qui n’est évidemment pas le cas», ajoute la pasteure de l’Eglise réformée de Berne-Jura-Soleure. «Toute la théologie a été construite autour de l’homme et ce qui la remet en question fait peur», constate l’abbé Olivier Jelen.

Pourtant, à partir des années 1970, la situation a commencé à changer. « A cette époque, alors que des mouvements de contestation s’élèvent contre les idées bien établies, tout un travail théologique va montrer que cette vision traditionnelle qui fait des animaux des êtres inférieurs est une construction due à l’influence de la philosophie grecque», affirme Eric Baratay. A l’image d’Olivier Jelen, qui a fondé au début des années 2000 la Fraternité sacerdotale et laïque internationale pour le respect animal. «Nous avons créé une sorte de pôle de recherche autour de la question animale dans le christianisme afin d’aborder cette thématique dans le catéchisme et les homélies», explique l’abbé, vicaire de l’Unité pastorale Saint-Barnabé, dans les cantons de Vaud et Fribourg.

MANQUE D’INTÉRÊT

Olivier Jelen déplore le manque d’intérêt pour cette question dans l’Eglise. Il relève toutefois une petite brèche avec l’encyclique Laudato si’ du pape François. Si l’encyclique parle assez peu des animaux, elle propose, selon Eric Baratay, un tournant théologique reprenant en grande partie le travail des protestants allemands et anglo-saxons sur la question animale. «Elle dissocie le message biblique des philosophies adjointes afin de se séparer d’un anthropocentrisme malsain. De plus, elle demande de prendre François d’Assise comme modèle», affirme l’historien.

En effet, au sein de l’Eglise, seul François d’Assise, au 13e siècle, a vraiment adopté une vision allant à l’opposé de l’anthropocentrisme grec. «Il n’avait pas fait d’études théologiques. Sa lecture un peu naïve des textes l’a amené, à mon avis, à un vrai christianisme biblique pas mâtiné de platonisme. Il a instauré la communauté des créatures de Dieu», explique Eric Baratay. Et d’ajouter: «Depuis une vingtaine d’années, la question des animaux favorise l’oecuménisme parce qu’elle force à retourner à l’essentiel de la Bible et donc à se défaire de tout l’attirail théologique qui a été rajouté siècle après siècle». Pour Françoise Surdez, l’animal crée justement des liens: «Au contact d’un animal, je me sens reliée à Dieu»

Laurence Villoz/Protestinfo

Articles en relation


Spiritualité: nouveaux chercheurs de Dieu

Un nouveau service de la spiritualité fait son apparition au sein de l’Eglise catholique de Genève cette rentrée. Méditation, iconographie, écospiritualité: une variété d’activités sera proposée pour cheminer avec toute personne qui a «soif d’essentiel».


Good News: Chanoine Ducarroz primé

Le prix «Good News», qui récompense la diffusion de la Bonne Nouvelle par la publication de bonnes nouvelles dans les médias, a été remis le 25 août à Lausanne au chanoine Claude Ducarroz. Un prix de 1000 francs attribué par le Centre catholique des médias Cath-Info à Lausanne et décerné par les internautes sur cath.ch.


Eglise: faire tomber les masques!

C’est à l’indignation et à l’action résolue qu’appelle Noël Ruffieux dans son dernier livre, Réparer la maison de Dieu. Pour la communion dans l’Eglise, pour sortir de la crise actuelle. Une crise qui, dit-il, s’enracine dans l’effacement de la communion.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.