Votations: la gauche et l’armée

Par quoi remplacer nos vieux F/A-18? Les Suisses devront se prononcer le 27 septembre. Par quoi remplacer nos vieux F/A-18? Les Suisses devront se prononcer le 27 septembre.

Mais certains rêvent toujours de la supprimer, surtout chez les Verts. Et tous refusent les nouveaux avions: ils prônent une défense plus moderne et mieux adaptée aux nouveaux défis sécuritaires.

C’est un schéma militaire classique: la droite est pour le renouvellement de la flotte d’avions de combat, la gauche est contre – c’est elle qui a lancé le référendum qui provoque le vote des Suisses. «Son but est toujours d’abolir l’armée», peste le conseiller national UDC Thomas Hurter, membre de la commission de la politique de sécurité. Il y côtoie l’écologiste Léonore Porchet, élue en octobre dernier, qui ne corrige pas vraiment son sentiment: «A titre personnel, je garde la position philosophique d’une Suisse sans armée. Si on veut aller vers un monde de paix, il faut aller vers le désarmement et confier les tâches de sécurité et d’ordre à des organisations civiles». Sur son site internet, son parti demande un réajustement de l’armée «tant qu’elle ne pourra pas être abolie, faute de majorité». Ses positions peuvent être en la matière plus radicales que celles des socialistes. Vert «historique», entré au Parlement en 1979, Daniel Brélaz explique les possibles différences entre les deux formations par la «plus grande intégration des socialistes au système. Ils sont au Conseil fédéral, pas nous, et il y a pas mal de gens qui travaillent autour de l’armée, il y a les syndicats», analyse-t-il.

GUERRE DU PASSÉ

Dans son programme révisé en 2010, le PS vise pourtant officiellement la suppression de l’armée, comme sa conseillère nationale Tamara Funiciello, ancienne présidente de la Jeunesse socialiste: «A long terme, je ne veux plus d’armée, dit-elle clairement. C’est bien d’avoir une organisation étatique pour aider la population en cas de catastrophe naturelle ou de pandémie, mais pas dans le cadre d’une armée qui s’entraîne à jouer à une guerre du passé». Pierre-Alain Fridez assure néanmoins que, aujourd’hui, «le groupe parlementaire socialiste n’est pas pour la suppression de l’armée ». Membre de la commission compétente, le Jurassien a récemment publié un livre intitulé Sécurité et défense de la Suisse. Casser les tabous, oser les solutions (Editions Favre). Pour la gauche, avions de combat et chars d’assaut ne font plus sens, la Suisse étant, selon l’expression de Pierre-Alain Fridez, un «passager clandestin de l’OTAN» qui profite d’une sécurité garantie par les pays amis qui l’entourent et qu’un potentiel agresseur devrait d’abord traverser. Celui qui en 1989 avait voté pour la suppression de l’armée (refusée par 64,4% de la population et tous les cantons sauf Genève et le Jura) est depuis «devenu plus pragmatique». Ses propositions, reprises en grande partie par son groupe, visent un redimensionnement de l’armée, une guerre traditionnelle étant inimaginable à vue d’homme, et une réaffectation des moyens épargnés à la promotion de la paix, à la cyberdéfense ou aux polices notamment.15A EM37

LE NERF DE LA GUERRE

Tamara Funiciello n’est pas membre de la commission de la politique de sécurité, mais elle peut intervenir ailleurs, «au niveau du financement de l’armée, là où tout se joue». Cette stratégie n’est pas plus constructive aux yeux de l’UDC Thomas Hurter. «Je pourrais aussi proposer de diminuer le budget pour les transports publics, souligne-t-il, mais je ne le fais pas parce que c’est une mission de l’Etat. Or avec moins d’argent, l’armée ne pourra plus remplir sa mission.» Réformiste ou antimilitariste assumée, la gauche n’est pas, pour lui, une interlocutrice constructive. Président de la Société suisse des officiers, Stefan Holenstein est plus pondéré, lui qui rappelle que les officiers de gauche existent (le sénateur socialiste Daniel Jositsch est par exemple lieutenant-colonel). «Il y a des socialistes ouverts avec qui on peut discuter, raconte-t-il, mais ça ne sert à rien de chercher à convaincre ceux qui ont une position dogmatique et qui veulent strictement abolir l’armée.» Et d’ajouter, dans un sourire, que «c’est aussi compliqué pour les socialistes de discuter avec certains militaires qui ont la tête dure».

Jérôme Favre

 

Objecteurs de conscience

Le rejet de l’armée s’est aussi traduit pour certains par le refus de l’incorporer, une attitude plutôt de gauche. «Je n’ai pas trouvé, lors de mes recherches, d’objecteurs explicitement marqués à droite politiquement», confie Niels Rebetez, assistant diplômé à l’Université de Fribourg. Il prépare une thèse de doctorat sur l’objection au service militaire durant la Guerre froide. «Dans les entretiens que j’ai menés, beaucoup objectaient pour des raisons politiques, même si ce n’était pas le cas de tous. Il y a aussi l’objection religieuse des témoins de Jéhovah, par exemple.» Qu’en est-il des chrétiens, politiquement plutôt associés au camp bourgeois? «Les objecteurs engagés en Eglise sont plutôt marqués à gauche, évalue Niels Rebetez. Certains sont par exemple proches de mouvements tiersmondistes ou sensibles à la théologie de la libération.» Pour les personnes politiquement motivées, l’objection de conscience pouvait notamment servir à promouvoir le service civil et à dénoncer la défense d’une «classe dominante» abhorrée et d’un système pillant les pays du Sud.

JeF

 

Les avions de combat en bref

Le vote du 27 septembre porte sur un crédit maximum de six milliards de francs pour l’achat d’avions appelés à remplacer les F/A-18 mis en service dans les années 1990. «Ces appareils sécuriseront l’espace aérien et donc protègeront le pays et nos familles », dit Stefan Holenstein. «Il est pris sur le budget de l’armée. En cas de non, on ne pourra pas affecter cet argent ailleurs.»Mais cela ne convainc pas la Verte Léonore Porchet. «S’il faut vraiment des avions, prenons quelque chose de moins disproportionné, comme le fait l’Autriche dont la taille et la géographie sont proches de celles de la Suisse». C’est aussi l’avis de Pierre-Alain Fridez, «puisqu’on parle d’une situation de paix et de contrôle de l’aviation civile». Le PS propose un avion italien plus léger, non évalué par l’armée, mais les Suisses ne pourront pas entrer dans de tels détails: ils pourront seulement dire oui ou non à l’achat d’appareils que le Conseil fédéral choisira ensuite.

JeF

 

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