Madeleine Boll, une footballeuse récompensée

Si elle ne joue plus, Madeleine Boll conserve une bonne technique. Si elle ne joue plus, Madeleine Boll conserve une bonne technique.

La Valaisanne Madeleine Boll fut la première Suissesse à jouer un match de football officiel avant de se voir retirer sa licence. C’était en 1965, car alors une fille ne devait pas pratiquer ce sport. Elle vient de recevoir le Prix de la Ville de Sion.

Dans les années 1960, Madeleine Boll, encore gamine, fut la pionnière du foot féminin en Suisse. Elle a joué contre vents et marées, devenant un véritable symbole alors qu’à l’époque ce sport était réservé aux garçons. Agée aujourd’hui de 67 ans, Madeleine Boll vient de se voir décerner le prestigieux Prix de la Ville de Sion qui, tous les quatre ans, récompense une personnalité qui a oeuvré en faveur de la «notoriété de la ville de Sion et du Valais». Parmi les récents lauréats, Madeleine Carruzzo, première violoniste à la Philarmonie de Berlin, et Jean Zermatten, président du Comité des droits de l’enfant de l’ONU. Du très beau monde, donc.

NOUVELLE GÉNÉRATION

Madeleine Boll dit avoir été très honorée. «Je ne m’y attendais pas du tout, j’ai eu la larme à l’oeil. C’est une belle forme de reconnaissance.» Aujourd’hui, le foot féminin a acquis ses lettres de noblesse. En 2019 en France, le Mondial féminin a rempli les stades et réalisé des audiences inattendues, dignes du foot masculin. Madeleine Boll s’en réjouit. «Ce fut comme un tournant. Mais le foot féminin, qui est encore jeune, ne doit pas copier le foot masculin où l’argent tue trop souvent le plaisir.» L’équipe suisse ne s’était pas qualifiée pour cette Coupe du Monde, ce qui ne l’empêche pas de figurer aujourd’hui parmi les meilleures formations du continent. «Après l’époque dorée des Lara Dickenmann et autres, l’équipe est en plein renouveau: une nouvelle génération émerge. » En 1970, la Valaisanne avait disputé le premier match de l’équipe nationale qui s’était conclu sur un succès, 7-0 contre l’Autriche. A17 ans, cela sonnait comme une revanche sur les préjugés de l’époque.

«Je n’ai pas choisi de jouer au foot, c’est venu comme ça, tout naturellement.»Quand on demande à Madeleine Boll comment est née sa passion dans son village de Granges près de Sierre, elle sourit. « Je n’ai pas choisi de jouer au foot, c’est venu comme ça, tout naturellement. J’ai gardé une photo de moi avec un gros ballon dans les mains. Je devais avoir 2-3 ans, j’étais la plus heureuse des gamines. Je jouais avec mes deux meilleurs copains du quartier.»

Ayant obtenu sa licence de l’Association suisse de football (ASF), Madeleine Boll devient la première fille du pays à jouer officiellement des matches avec les garçons, dans l’équipe des juniors C du FC Sion, grâce au soutien d’un certain René Maye, l’entraîneur de l’époque. En 1965, alors que Madeleine a 12 ans, l’équipe évolue en ouverture du match de Coupe d’Europe entre Sion et les Turcs de Galatasaray dans un stade plein. La presse découvre la présence incongrue de cette petite fille au milieu des garçons. L’histoire, insolite, fait le tour du monde. «La TV romande est venue chez moi, puis il y a eu des articles en Suède, en Italie et jusqu’au Vénézuela. A mon âge, je ne comprenais pas bien ce qui m’arrivait.»

PAS BON POUR LES FILLES

La belle histoire connaîtra vite son revers: l’ASF, estimant avoir commis une erreur administrative, lui retire sa licence. Une immense déception à son âge. «Cette licence, en fait, je ne l’ai eue que deux mois. Aux yeux de l’ASF, le foot devait rester un bastion masculin. La décision était même assortie d’un avis d’un médecin estimant que la pratique du foot n’était pas bonne pour les filles. Mon papa a écrit à l’ASF pour dire que beaucoup de gamines comme moi rêvaient de jouer, mais rien n’y a fait.»

Il en faut plus pour décourager Madeleine. Tous les mercredis, elle se rend à Lausanne en train pour disputer le tournoi des écoliers, seule fille là aussi. Puis, avec trois copines étudiantes, elle fonde la première équipe féminine du FC Sion. D’autres équipes essaimeront notamment à Yverdon ou Sainte-Croix. Le 24 avril 1970, la première ligue féminine suisse de football verra le jour. Son président n’est autre que son papa. «Il a été magnifique dans toute cette histoire.» Le foot féminin existe officiellement en Suisse.

Madeleine Boll évoluera ensuite pendant quatre ans, de 17 à 21 ans, avec l’équipe de Milan. Une véritable aventure à son âge. «Le samedi matin je prenais le Cisalpino, puis j’enchaînais avec l’avion lorsqu’on jouait à Rome, Cagliari ou Lecce. Partout en Europe, c’était les débuts du foot féminin. On avait une belle équipe, on a été championnes d’Italie. J’aurais pu m’installer sur place, mais mes parents tenaient à ce que je finisse mon école de commerce. Des arrangements étaient trouvés quand j’arrivais en retard à l’école le lundi. La directrice, une religieuse, était aussi passionnée de sport.» Après avoir mis fin à sa carrière, Madeleine Boll a continué à oeuvrer pour le foot féminin dans différentes commissions.

En 2020, la Suisse recense quelque 30’000 licenciées. «C’est acquis.Quand aujourd’hui une petite fille dit à son papa qu’elle veut jouer au foot, il n’y a plus d’opposition, à de rares exceptions près. Et le foot féminin ne peut que progresser, se développer. En Suisse, les villages ne possèdent pas tous leur propre équipe.»

JOIE ET FAIR-PLAY

Quelles sont les joueuses et joueurs préférés de la Valaisanne? Côté féminin, ses faveurs vont à la Suissesse Ramona Bachmann, qui vient d’être transférée de Chelsea au PSG. «Elle possède d’extraordinaires qualités techniques même si elle est parfois trop individualiste.» Chez les messieurs, elle a un faible pour Lionel Messi. «Quand il marque un goal, il continue à être heureux comme un gamin dans une cour de récré. Et j’aime aussi Mohamed Salah, de Liverpool, pour sa joie de vivre et son fair-play.» En vraie Valaisanne, Madeleine Boll a suivi sur place 12 des 13 victoires de Sion en Coupe de suisse même si le management plutôt brutal du président Constantin la laisse perplexe. «C’est un passionné, un grand connaisseur, mais j’ai de la peine à le suivre dans sa manière de gérer ses équipes.»

Madeleine Boll a notamment travaillé vingt ans comme assistante sociale à Pro Senectute. Son unique regret? Ne pas avoir fondé de famille comme elle en rêvait. «La vie en a décidé autrement.» Outre le foot, elle a deux autres hobbies: elle fait partie de la chorale La Chanson de Vercorin et arpente tous les mercredis les montagnes valaisannes avec L’Amicale des marcheurs de Granges. Sportive à jamais.

Bertrand Monnard

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