Des journaux vides

Nouvelle annonce funèbre pour les médias suisses. La semaine dernière, le groupe de presse TX Group, éditeur de La Tribune de Genève, 24 Heures, Le Matin Dimanche, Bilan et 20 Minutes notamment, annonçait vouloir économiser 70 millions de francs – 15% de ses coûts – sur trois ans.

Le groupe a souffert de la chute des revenus publicitaires liée à la crise sanitaire. Il a terminé le premier semestre sur une perte nette de 109,4 millions de francs contre un bénéfice de 53,6 millions de francs il y a un an. Outre une réduction des coûts dans les loyers, les ressources humaines, le secteur informatique et la pagination, «quelques dizaines de postes seront supprimés par année. Les départs naturels aideront, mais il y aura des licenciements collectifs, c’est certain», ont expliqué Marco Boselli et Andreas Schaffner, co-directeurs de Tamedia, la branche de TX Group qui édite les journaux payants du groupe. Et de poursuivre: «Nous avons constaté que 80% de notre trafic numérique provient de 40% du contenu. Ceux qui ont compris qu’il faut réinventer le journalisme seront invités à accompagner ce processus».

En termes d’audience, la rubrique des chiens écrasés a de beaux jours devant elle.Qu’on ne s’y trompe pas: en termes d’audience et de nombre de clics, la rubrique des chiens écrasés a de beaux jours devant elle. Mais ce n’est pas pour elle qu’on s’abonne à un journal.

La question qui se pose aujourd’hui, alors que les annonces de restrictions budgétaires et de licenciements se succèdent depuis des années, est la suivante : jusqu’où peut-on aller dans les économies? Et à partir de quand les éditeurs, en supprimant des pages, des journalistes, des analyses, des reportages, des enquêtes, soit tout ce qui coûte cher, se tirent-ils une balle dans le pied?

En effet, qui s’abonnerait à des journaux qui n’offrent rien à lire ou rien de plus que les brèves nouvelles qui circulent à foison sur internet? La société critique de plus en plus les médias, accusés de tous raconter la même chose, de manquer d’objectivité ou de ne relayer que le discours dominant. Mais ces derniers ont-ils vraiment le choix, amputés qu’ils sont de leurs ressources?

Pour vivre, un journal doit cultiver les voix originales de journalistes aux profils divers et aux opinions variées, offrir des éclairages inattendus, montrer les différentes facettes d’une problématique, oser surprendre. C’est ce que nous nous efforçons de faire à l’Echo Magazine. Avec notre petite équipe, nos petits moyens et une liberté devenue rare dans le monde des médias d’aujourd’hui. C’est grâce à vous, chères lectrices et chers lecteurs, que nous pouvons vivre cette belle aventure. Et nous vous remercions du fond du coeur !

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