Nostalgies scolaires

C’est l’histoire de dames et de messieurs (mais ici surtout de dames) qui se sont demandé comment apprendre à lire aux enfants. Comment les intéresser à la lecture, leur permettre de comprendre le principe qui relie les lettres aux sons, les faire progresser sans trop d’écueils.

C’est l’histoire des premiers pas de la pédagogie et de la didactique, deux sciences qui se sont tellement développées par la suite qu’elles ont acquis un poids politique, influençant, modelant, organisant les programmes d’études de l’instruction publique.

Pris dans les changements continuels qu’introduit l’école d’aujourd’hui, face à des mots et à des concepts toujours renouvelés, à des abréviations et des acronymes qui déstabilisent les parents, à la disparition et la réapparition des notes, on a tendance à oublier que les questionnements qui agitent le monde scolaire étaient déjà présents il y a plus d’un siècle. Et que la plupart des institutrices et des instituteurs d’alors partageaient, quoi que laissent penser leurs méthodes et leurs habits stricts, la même interrogation que ceux d’aujourd’hui: comment enseigner au mieux?

Certains livres ont le pouvoir de marquer les enfants à vie, en bien ou en mal.C’est ce que révèle notre article consacré au manuel Mon premier livre qui, de 1908 aux années 1970, a introduit des générations d’élèves romands à la lecture (lire l'article complet). Réédité par Payot dans sa version de 1949, cet ouvrage a récemment créé la polémique parce qu’il contient des mots et des images qui aujourd’hui peuvent surprendre ou choquer, le monde colonial et patriarcal d’autrefois se reflétant dans son contenu. Les deux spécialistes interrogées montrent cependant que ses conceptrices, loin d’être racistes ou sexistes, cherchaient avant tout à reproduire dans ce livre l’environnement familier de l’élève afin qu’il ne se sente pas dépaysé et puisse se consacrer pleinement à sa tâche: apprendre à lire.

Il est émouvant de découvrir le soin mis par ces enseignantes du début du 20e siècle à développer le meilleur manuel possible. Emouvant aussi est le succès remporté par sa réédition: les 5000 exemplaires mis en circulation par Payot se sont vendus en quelques jours. Il apparaît que les élèves d’autrefois, ayant atteint pour certains un âge vénérable, cultivent une certaine nostalgie de leur premier livre et de leur découverte de la lecture.

Cela prouve l’importance de mettre du matériel pédagogique de qualité à disposition des élèves. Certains livres et manuels ont le pouvoir de marquer les enfants à vie, en bien ou en mal. Ainsi il n’est pas sûr que beaucoup de monde se rue sur la méthode d’allemand Vorwärts et son inoubliable famille Schaudi (Hans, Liselotte et Lumpi pour ne citer qu’eux) si elle devait un jour être rééditée. A l’inverse, peut-être, de la méthode utilisée précédemment, l’estimée Wir sprechen Deutsch.

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