COVID-19: Faire renaître la vie

La COVID-19 a mis le personnel hospitalier à rude épreuve. Ici à l’hôpital Pourtalès à Neuchâtel. La COVID-19 a mis le personnel hospitalier à rude épreuve. Ici à l’hôpital Pourtalès à Neuchâtel.

Quelles leçons retenir de la COVID-19? Et qu’entreprendre pour faire renaître la vie après le confinement? Ces questions traversent le dernier document de l’Académie pontificale pour la vie. Analyse avec la théologienne Marie-Jo Thiel, membre de cette académie.

Publié le 22 juillet, Humana communitas à l’ère de la pandémie: méditations intempestives sur la renaissance de la vie (www.vatican.va) offre une réflexion sur les bouleversements induits dans nos sociétés par la COVID-19. Celle-ci «a apporté la désolation au monde», faisant déjà plus de 600’000 morts et générant pour l’avenir incertitudes et angoisse. Personne n’a été épargné. Et cette expérience interroge notre humanité: qu’en retient-elle? Quels chemins inventer pour faire renaître la vie?

Dans ce document, l’Académie pontificale pour la vie invite, loin de la complaisance et de la résignation, «au courage de la résistance», «à une conscience plus approfondie», à «un recul réfléchi qui est autre que l’inaction », à «une pensée qui pourrait se transformer en remerciement pour la vie donnée, et donc un passage vers la renaissance de la vie».

Médecin, professeure de théologie morale à l’Université de Strasbourg, Marie-Jo Thiel est membre de cette académie depuis 2017. Elle revient sur ce document qui propose une lecture spirituelle et humaniste de la pandémie.

Dans ces pages, l’Académie pontificale pour la vie propose des «méditations intempestives». Pourquoi «intempestives»?

33A EM33Marie-Jo Thiel: - Simplement parce qu’elles sont à contretemps. Avant la pandémie, nous étions formatés par la croyance en un progrès en ligne droite, exponentiel, une technologie dont nous ne doutions pas; nous étions quasiment sûrs de vaincre toute fragilité, toute maladie. Et patatras! Voilà qu’un petit virus nous renvoie à la figure notre vulnérabilité, notre impréparation, l’incertitude de la science. Mais, poursuit le titre, à l’encontre du vécu de nos limites et de la mort, une vie nouvelle peut renaître, tissée de fraternité et de solidarité. Voilà qui est aussi à contre-courant, intempestif! C’est la nuit qu’il est beau de voir les étoiles et de pouvoir croire à la lumière pour aller de l’avant.

Ce document s’intéresse, pour commencer, aux leçons de la pandémie. Quelles sont-elles et à quoi nous invitent-elles?

- Ce document comporte deux grandes parties. La première évoque la dure réalité des leçons apprises. Elle en retient trois. D’abord, il y a l’expérience que nous sommes tous fragiles. Cette expérience peut paradoxalement éveiller à l’idée de don: la vie donnée, prise, et redonnée. Et puis, il y a l’impossible rêve de l’autonomie et la leçon de la finitude. Le texte le dit joliment: «Nos prétentions à l’autodétermination et au contrôle autonome ont pris une pause de sobriété »! Enfin, notre interdépendance et notre commune vulnérabilité non seulement à l’échelon local ou national, mais aussi au niveau mondial. On a beau fermer les frontières, le virus passe. Ainsi, nous ne pourrons surmonter la pandémie que par des «efforts coopératifs de la communauté humaine dans son ensemble». Quant à la seconde partie, elle met l’accent sur la renaissance de la vie qui s’offre à nous en libérant une énergie, promesse d’un nouveau départ pour celles et ceux qui y consentent. Face à ce constat, l’Académie pontificale pour la vie appelle à l’action.

Qu’entreprendre pour faire renaître la vie et dans quel esprit?

- Durant les semaines de confinement, on a beaucoup entendu: «On ne fera plus comme avant». L’académie appelle à une prise de conscience en vue d’un nouveau départ, mais dans l’humilité (par opposition aux prétentions de la technologie) car, écrit-elle, «apprendre une leçon, c’est devenir humble».

Mais pour faire renaître la vie au sens fort de ce qui nous fait vivre, il faut accepter le risque et les responsabilités qui en découlent. Le texte milite pour une éthique du risque: il invite à considérer non seulement la menace de la grippe pour un individu, mais à regarder aussi le système économique, social et politique mondial qui module le vécu de la pandémie afin que la solidarité soit au rendez-vous. Ce ne sera pas possible sans une «véritable conversion des esprits et des coeurs», de la pensée et de l’action en vue de remodeler les structures mondiales injustes et oppressives. Il faut y croire, espérer et être mû par le courage de la résistance!

Une conversion: dans quel sens?

- La conversion est un vrai retournement: non plus chacun tout seul pour gagner des marchés, mais ensemble, en renonçant à tout «provincialisme » discriminant pour privilégier une coopération mondiale et des efforts utiles à tous. Concrètement, cela signifie l’accès universel aux meilleures opportunités de prévention et de traitement ainsi qu’à des soins de qualité; et demain à un vaccin accessible non seulement aux pays riches, mais à tous grâce à une recherche scientifique responsable.

Quel rôle pour les chrétiens dans la crise que nous traversons?

- Les chrétiens sont d’abord au coeur de la pâte humaine, solidaires de leurs frères et soeurs, ceux qui traversent la souffrance, ceux qui se battent pour soigner, accompagner, faire de la recherche. Leur solidarité sera d’autant plus efficace qu’elle sera nourrie par une fraternité universelle en actes; une fraternité en Christ qui ne manque pas de donner sa grâce à celles et ceux qui la requièrent. A la suite de saint Paul, nous le savons: «Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Cor 12, 9). Ainsi la grâce fait pousser dans l’obscurité de la terre les germes de vie susceptibles de faire renaître la Vie.

 

La prière, force intérieure

Humana communitas à l’ère de la pandémie: méditations intempestives sur la renaissance de la vie fait suite à un document de l’Académie pontificale pour la vie du 30 mars intitulé «Pandémie et fraternité universelle. Note concernant l’urgence COVID-19». En conclusion, celui-ci évoque la prière «comme intercession pour chacun et pour tous ceux qui se trouvent dans la souffrance, que Jésus lui-même a portée en se solidarisant avec nous». C’est d’elle «que nous tirons une force intérieure afin de pouvoir exercer toute notre responsabilité et nous rendre disponibles à la conversion, selon ce que la réalité nous fait comprendre quant à la possibilité d’une coexistence plus humaine dans notre monde».

GdSC

 

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