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Big Brother toujours

«C’était une journée d’avril, froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures.» L’histoire de Winston Smith commence de manière anodine, mais on s’aperçoit rapidement qu’il vit dans un monde totalitaire, inamical et étrange.

Le télécran qui rythme la vie des habitants les dirige et les surveille à chaque instant dans leur intimité. La clé de la survie, c’est d’être semblable aux autres car, omniprésent, Big Brother vous observe...

Ce monde, c’est bien sûr celui de 1984, le roman de George Orwell. Winston, le héros, travaille au Ministère de la Vérité. Il a pour mission de modifier le contenu d’anciens articles de journaux qui sont en décalage avec la vérité du moment. A large échelle, le passé est ainsi constamment réécrit pour valider le fait que Big Brother ne se trompe jamais. Malheur à celui qui se souviendrait que ce passé revisité n’est pas celui qu’il a vécu. Une telle idée peut justifier l’intervention de la terrifiante Police de la Pensée, dont on ne revoit plus jamais les victimes.

Big Brother dispose à son gré de la vie des citoyens. Les éventuels récalcitrants sont dénoncés et disparaissent. Il se murmure qu’on les conduit dans la chambre 101, où les attend leur pire cauchemar, et que nul ne résiste à ce supplice.

Canalisée par un mode d’expression sans nuances, la pensée unique aura triomphé.Mais la peur ne garantit pas à elle seule une obéissance aveugle à l’autorité. Pour assurer son emprise totale sur les camarades et brider leur capacité à penser par eux-mêmes, le Parti a imposé une nouvelle langue, abrégée et simplifiée à l’extrême. En effet, pour qu’une idée puisse prendre forme, il faut pouvoir l’énoncer. La richesse de l’expression reflète celle de la pensée. Le Novlangue a peu de mots, et ceux-ci expriment uniquement les besoins fonctionnels de base et l’idéologie du Parti. Les nuances n’existent plus, car une chose ne peut être que vraie ou fausse. Certains termes fourre-tout permettent d’effacer en bloc les mots qui ne sont plus admis. Le terme oldthink, par exemple, résume à lui seul toutes les notions que le Parti tient pour décadentes. En disparaissant du vocabulaire, en perdant leur nom, elles cessent simplement d’exister.

Réécriture du passé, élimination arbitraire des mots devenus tabous, etc. En contrôlant l’histoire et la langue, le Parti prévoit qu’en quelques décennies, toute idée subversive sera devenue impossible. La réflexion aura cessé d’être. Canalisée par un mode d’expression sans nuances, la pensée unique aura triomphé.

Heureusement, c’est une dystopie. Quoique... 

Evelyne Pintado

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