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Vacances: vivre sans horaires

Lorsqu’on vient de Suisse, pays des montres et des horloges, on imagine difficilement vivre sans horaires. Pourtant, une fois franchies les portes de l’Occident, le rapport au temps change.

Les vacances sont ce moment tant attendu où nous pouvons enfin dire adieu aux horaires. Dans notre Suisse bien organisée, pays des montres et des horloges, nos vies sont particulièrement soumises aux grilles horaires. Nos trains sont à l’heure, nos réunions planifiées, nos tables de restaurant réservées, nos places de concert numérotées et dans nos têtes les journées sont découpées en tranches horaires. En général, nous savons ce que nous allons faire des semaines, voire des mois à l’avance.

Mais le temps, sur d’autres continents, est vécu de façon totalement différente. Et c’est chose fascinante que d’apprendre à s’en libérer. Il y a des pays où il est impoli d’arriver à l’heure. L’heure est une simple convention et tout le monde sait (sauf vous!) qu’elle indique seulement lemoment où l’on doit se préparer. L’événement lui-même commence quand tout est prêt et que tout lemonde est là. Le monde du travail n’est pas épargné.

«Comment ça, l’instructeur de plongée n’est pas là?» «Ah non, il est parti pêcher. Un banc de poissons a été signalé au sud de l’île. Personne ne travaille aujourd’hui.» Les Occidentaux qui tiennent des hôtels s’en s’arrachent les cheveux. Mais comme les employés sont souvent sous-payés ou surexploités, cela crée un certain équilibre.

LE BUS N’ARRIVE PAS

En voyage, il m’est souvent arrivé de retarder une étape. En Inde, par exemple, les horaires sont précis, mais les trains ne le sont pas du tout! Avec un peu de chance, ils n’auront que quelques heures de retard. En Amérique du Sud, la seule chose connue était le jour: le bus passait le lundi. Personne n’en savait plus et une petite troupe avait pris ses quartiers sur la place pour la journée. Enfin, il y a les pays où les bus n’arrivent pas du tout! Après avoir attendu le mien en vain un jour dans le Caucase, j’ai finalement appris que le chauffeur s’était rendu à un mariage. Dans cette région, ce genre de festivités dure facilement une semaine. On ne discute pas avec la tradition. Chacun était donc retourné chez soi.

Oui, une fois les portes de l’Occident franchies, le rapport au temps change. Il devient plus... élastique. Parce que la vie a le don de vous surprendre, qu’un événement peut survenir et qu’on a soudain mieux à faire. Plus qu’un rapport au temps, il s’agit surtout d’un rapport à la vie, plus intuitif peut-être. Un certain art de sentir ce qu’il convient de faire à tout moment parce que la conjonction des êtres et des événements fait que ceci doit se passer plutôt que cela, parce que c’est juste et parce que ça s’insère naturellement dans l’ordre des choses. Ainsi, personne ne va se formaliser si les choses ne se font pas. C’est qu’elles ne devaient pas se faire, tout simplement.

CONJONCTIONS

J’ai appris, avec le temps, à voyager ainsi, attentive à mes envies, à celles des autres et aux conjonctions célestes. J’ai fini par abandonner toute planification, toute idée de destination même, réalisant que lorsqu’on laisse les événements se mettre en place naturellement, les choses arrivent à point nommé. Une rencontre en amène généralement une autre, une opportunité crée la suivante et tout se déroule à merveille. Au final, le voyage est plus enrichissant et la vie plus belle, tout simplement. Cela vaut aussi pour les départs. Le moment vient où l’on sent qu’un lieu ou une rencontre nous a apporté ce qu’il nous fallait, que ce qui devait être échangé l’a été et qu’il est temps de continuer sa route. L’Américain Spalding Gray l’exprimait ainsi: «Je n’avais pas encore vécu de moment parfait et j’aimais en vivre un avant de quitter un endroit exotique. C’est un bon moyen de mettre un terme aux choses. Mais je ne pouvais jamais le planifier. On ne sait jamais quand cela va survenir. C’est un peu comme tomber amoureux, mais tomber amoureux de soi-même».

LA QUALITÉ DU TEMPS

39A EM30Les Grecs, positionnés entre l’Orient et l’Occident, avaient déjà décelé cette dichotomie et opposaient chronos, le temps quantitatif, à kairos, le temps métaphysique. Chronos segmente le temps en heures et en minutes tandis que kairos donne de la qualité au temps. C’est le temps qui crée de la profondeur dans l’instant, qui l’enrichit en le chargeant d’émotion. Avez-vous déjà remarqué que, lorsque vous faites les choses quand vous en avez envie, lorsque vous êtes dans l’état d’esprit pour, tout se fait plus vite et de façon plus productive? C’est kairos; il a le don d’arrondir les angles. Avec lui, les hommes ne dictent pas la marche des événements. Leur rôle consiste à savoir s’insérer dans la vague de la vie et à la laisser les porter là où ils doivent aller. Il est bon de laisser kairos mettre le bazar dans nos vies de temps en temps. Ça rend plus heureux! 

Virginie Claret

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