Des phares dans la tempête

Revenant sur l’attitude de l’Eglise durant la pandémie de COVID-19, Nicolas Buttet délivre des propos forts dans ce numéro.

Il pose une question essentielle, formulée ainsi par l’abbé Sylvain Brison, de l’Institut catholique de Paris, dans la revue Prêtres diocésains de mai: «Avons-nous été suffisamment à la hauteur de notre tâche de maintenir la dynamique eucharistique dans nos communautés, ou nous sommes-nous contentés de proposer d’interposer des écrans comme des paravents à nos pauvres pratiques?».

Quelle imagination pour rejoindre ceux qui avaient faim – de la Parole et du Pain – en un temps où les chrétiens étaient appelés à faire Eglise sans s’assembler? Certains curés ont fermé leurs églises et renoncé à toute visite dans un respect scrupuleux des mesures sanitaires: ils ont fait de la santé un absolu autorisant toutes les restrictions, générant ainsi de grandes souffrances – dans les EMS, les familles en deuil. D’autres se sont affranchis de certaines règles pour répondre aux besoins. Faire le gros dos en attendant que la tempête passe, puis continuer comme avant? Ou se laisser interpeller par les fidèles et aller à leur rencontre?

«Dieu est toujours dans les interstices entre les choses», dit le pasteur baptiste italien Dario Monaco. Chez nous, des prêtres se sont glissés dans ces interstices tout en respectant les règles imposées par les autorités: certains ont donné la communion hors de la célébration eucharistique quand l’occasion s’en présentait; d’autres ont osé des pratiques neuves. Ni résistants ni héros, ils ont tenté de vivre l’Eglise que désire le pape François: «Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Eglise aujourd’hui c’est la capacité à soigner les blessures et à réchauffer le coeur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Eglise comme un hôpital de campagne après une bataille». Ils ont osé une Eglise de proximité, une Eglise à l’écoute des fidèles et non paralysée par les règles.

D’autres, comme les Soeurs de Saint- Maurice à La Pelouse, privées de la messe, ont imaginé des liturgies de la Parole où certaines d’entre elles commentaient les textes du jour en écho à l’actualité. Soulignant combien la Parole est un lieu de la présence de Dieu. Des gestes souvent ignorés par les médias, focalisés sur la retransmission de messes sur YouTube.

Ne cédant ni à la panique ni au conformisme, beaucoup ont posé des petits gestes au jour le jour. Des gestes de lumière au coeur de l’obscurité, phares dans la tempête. Prophètes, ils ont dessiné l’Eglise de demain. Une Eglise qui, mobilisant toutes ses ressources, s’aventure hors des sentiers battus pour inventer des chemins à la rencontre de ce temps. Une Eglise discrète, mais pas muette.

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