Gland: une nouvelle église

La nouvelle église de Gland. Dessin de l’architecte. La nouvelle église de Gland. Dessin de l’architecte.

Le chantier de la nouvelle église de Gland a été ouvert le 19 juin. L’aboutissement de dix ans de réflexion et de travail. La communauté catholique verra sortir de terre sa nouvelle église l’an prochain. Une singulière aventure qui a mobilisé toutes les énergies.

Moment historique jeudi 25 juin au chemin de l’Abbaye à Gland (VD), sur La Côte: la cérémonie d’ouverture du chantier de la nouvelle église de Gland-Vich-Coinsins. Les pieds dans la poussière et sous un soleil radieux, ils étaient une trentaine à le vivre – ce qui devait être une fête de la communauté s’étant réduit au «petit nombre» pour cause de pandémie. Pour y arriver, dix ans de travail ont été nécessaires. Et une volonté sans faille du comité de pilotage – fort de dix membres –, porteur du projet sous la conduite de Roger Merlo, et depuis deux ans de Bernard Chevallay, pour surmonter les nombreux obstacles.

UN ÉVÉNEMENT RARE

Les orateurs ont retracé la genèse du projet et tourné leurs regards vers l’avenir. Brigitte Besset, présidente du Conseil de communauté de Gland, a d’abord rappelé les débuts: les interrogations – rénover ou construire une nouvelle église? –, les premiers pas, en 2011, avec le «Groupe chapelle», la collaboration fructueuse avec la municipalité. «Notre patience, notre persévérance et notre humilité ont été notre force. Grâce à Dieu, à qui nous avons confié ce projet!» Puis Bernard Chevallay a souligné «la volonté, la disponibilité, l’enthousiasme, la persévérance, la foi et le travail» des membres du comité de pilotage. «Enfin! Après avoir imaginé cette église tous ensemble, il est temps de la bâtir», a lancé l’architecte, Flavio Boscardin, du bureau Coretra SA à Nyon. Isabelle Monney, municipale de Gland chargée du dicastère affaire sociales, logement, culture, cultes, politique de la santé et des personnes âgées, a constaté que «construire une église est un événement des plus rares puisque dans notre canton la dernière église bâtie est celle de Préverenges en 1986» avant de relever combien les communautés religieuses «font rayonner le vivre-ensemble et renforcent cette qualité de vie si chère à notre ville». Gilles Vallat, président de la paroisse de Nyon, dont Gland fait partie, a évoqué «des périodes de doute et d’interrogations, notamment lors des procédures devant la justice, mais jamais de découragement ».

FRANCHIR LES MURS

L’abbé Zbiniew Wiszowaty, prêtre répondant pour la communauté, intégrée dans l’Unité pastorale (UP) Nyon-Terre Sainte, et le curé modérateur, l’abbé Jean-Claude Dunand, ont ensuite béni le chantier, implorant l’assistance de Dieu. L’abbé Wiszowaty a rappelé que «si Dieu ne bâtit pas la maison, c’est en vain que travaillent ceux qui la construisent» et souligné que «nous viendrons dans cette nouvelle église pour écouter la Parole de Dieu et vivifier notre foi». Puis Françoise Merlo, ancienne responsable de l’Equipe d’animation de l’UP, s’est interrogée: «Pourquoi reconstruire des murs après ce temps de pandémie qui nous a fait prendre conscience, parfois malgré nous, que ton corps dépasse largement les murs d’une église, et où nous avons fait corps en dehors des murs?». Dans la fierté, la reconnaissance et «la suite du désir de nos prédécesseurs», «nous allons élever des murs non pour nous dérober, nous calfeutrer, nous mettre au chaud entre bienpensants, mais pour créer de l’intime, chercher la chambre haute, celle où l’on reçoit le don de la prière…Nous construisons ta maison, Seigneur, notre maison». Une église «pour nous retrouver autour de ta table, pour renaître à notre identité de filles et de fils de Dieu et reconnaître notre origine, fondée sur ta Parole», une Parole qui nous appelle à l’intérieur des murs et nous fait sortir jusqu’aux extrémités de la terre. Une église bâtie sur le roc qu’est le Christ où «nous ferons eucharistie», devenant un «peuple revivifié pour franchir les murs» et être témoins.

ON Y CROIT!

Ils ne construisent pas une cathédrale, mais une église moderne et fonctionnelle qui s’intègrera dans un quartier résidentiel et urbain entre le centre-ville et la gare. Elle pourra accueillir 250 paroissiens – contre 160 actuellement – en réponse à la croissance et aux besoins de la population de Gland, passée en demi-siècle de 2000 à 13’500 habitants dont un bon tiers de catholiques. Pour un budget de 4,1millions. Mais ils ont la volonté et la foi des bâtisseurs du Moyen Âge: «Ce n’est pas tous les jours qu’on bâtit une église. On y croit!». Le comité de pilotage ne ménage pas ses efforts, épaulé avec générosité par la communauté catholique de Gland-Vich-Coinsins. Les oppositions ne manquent pas dès la mise à l’enquête publique, en février 2017. Enfin, en septembre 2019, le Tribunal fédéral déboute les opposants sur trois points: l’esthétique de l’église, jugée trop moderne pour le quartier, le nombre de places de parc, estimé insuffisant, et la distance entre le bâtiment et la limite de propriété. Ouf! Le permis de construire, accordé par la municipalité de Gland en juillet 2017, entre en force et le chantier peut commencer. Suivront la pose de la première pierre cet automne et la consécration de la nouvelle église l’an prochain, puis la démolition de l’ancienne chapelle. Et les catholiques de Gland auront enfin un nouveau lieu de culte. Dans une ville qui a grossi en accueillant beaucoup de jeunes familles, il offrira à tous un lieu de rencontre où tisser des liens.

TOUTE UNE AVENTURE

Qui, au 21e siècle, bâtit encore une église? Et pourquoi se lancer dans une telle aventure? C’est que la chapelle Saint-Jean-Baptiste, construite en 1972 avec des éléments d’un baraquement de chantier qui abritait, dans les années 1950, des ouvriers du barrage de Mauvoisin (VS), et inaugurée en décembre de l’année suivante, est devenue vétuste, énergivore et trop petite. Elle déborde à Noël, à Pâques, lors des premières communions, des confirmations, des messes des familles, et parfois des mariages et des enterrements. Et elle ne répond pas aux normes de sécurité actuelles: en novembre 2010, on a bien consolidé le clocher qui menaçait de tomber, mais il y a des fissures sur les façades et des infiltrations d’eau au sous-sol; l’isolation est défaillante, le chauffage électrique obsolète. Faut-il réparer et rénover? Au vu du montant estimé – 990’000 francs –, le Conseil de communauté juge que la chapelle a fait son temps et lance, en 2011, le projet d’une nouvelle église en valorisant le terrain adjacent, situé sur une parcelle d’utilité publique. Le comité de pilotage contacte cinq bureaux d’architectes de la région nyonnaise et organise un concours. C’est le bureau Coretra SA à Nyon – Flavio et Angelo Boscardin – qui l’emporte, en 2016: «Une église n’est pas un bâtiment comme un autre; c’est un lieu symbolique qui revêt une grande valeur historique».

UN CÔNE TRONQUÉ

Le projet? La nouvelle église, si elle sera d’abord un lieu de prière et de célébration, sera aussi un lieu de vie et de rencontre avec les chrétiens des autres confessions présents dans la région; enfin, un centre d’activités culturelles et sociales. En forme de cône tronqué et orientée suivant l’axe est-ouest vers le Levant, elle rappellera les églises paléochrétiennes. Et elle conjuguera le béton, l’acier, le bois et le verre. «Nous avons voulu créer un lieu de recueillement rassembleur, chaleureux et facilitant une forme de communion. Par définition, le cercle est englobant, inclusif et sécurisant», relève l’architecte, Flavio Boscardin. Le matériau et la couleur des façades restent à définir – les paroissiens seront consultés à ce sujet –, mais l’intérieur sera en bois. Les architectes ont ménagé deux accès: le parvis sud, l’accès principal, permettra, par une légère déclivité, d’atteindre une salle polyvalente divisible et trois salles de réunion semi-enterrées; par le parvis nord, on entrera dans l’église de plain-pied à travers un narthex. Le bâtiment bénéficiera de lumière naturelle avec un interstice entre le cône et la toiture. Une toiture qui devrait être recouverte de 55 panneaux photovoltaïques sur une surface de 90m2 pour un coût de 90’000 francs. Reste l’aménagement intérieur. Une commission s’est mise au travail avec l’abbé Jean-Claude Dunand, curé modérateur et membre du comité de pilotage, pour réfléchir à un mobilier liturgique sobre, en accord avec les lignes épurées de la nouvelle église. Le projet a pris visage en ce 25 juin, mais il faut en affiner les traits au service d’une communauté heureuse de se retrouver bientôt dans de nouveaux murs. 

 

Tous mobilisés

Le rêve est à portée de main. Ou presque. Car construire une église a un coût. La recherche de fonds, qui constitue une part importante du travail du comité de pilotage, a commencé en février 2016. La communauté de Gland-Vich-Coinsins, qui compte près de 5’000 fidèles, a obtenu 850’000 francs de la part des trois communes et un prêt sans intérêt d’un million de francs de la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (FEDEC). S’y sont joints des donateurs privés. et les paroissiens de l’Unité pastorale Nyon-Terre Sainte se sont mobilisés dès le début, sachant que chaque don compte: concerts, repas de soutien, brocante. Sans oublier le vin de la chapelle: pendant six ans, la vigne adjacente a donné du rouge et du blanc vendu au profit de la nouvelle église. elle a été arrachée en automne dernier pour faire place nette. il reste 1,4 million à trouver. L’assemblée générale de la paroisse de Nyon, pour sa part, a accordé en décembre un crédit de 4,35 millions de francs pour le coût total de la construction.

GdSC

   

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