Footballer valaisan et polyglotte

Le Valaisan laisse éclater sa joie après un but inscrit en septembre 2008 avec Manchester City contre Portsmouth. Le Valaisan laisse éclater sa joie après un but inscrit en septembre 2008 avec Manchester City contre Portsmouth.

Leader charismatique de l’équipe suisse de football, milieu récupérateur à trois poumons, Gelson Fernandes prend sa retraite à 33 ans. Formé au FC Sion, ce grand voyageur a joué dans les plus grands championnats. Il témoigne avec sa joie communicative.

Rayonnant et hors norme, le footballeur valaisan Gelson Fernandes a décidé de prendre sa retraite à 33 ans. En pleine gloire et alors qu’il a été capitaine durant une bonne partie de la saison de l’Eintracht Francfort, célèbre club de Bundesliga. Dans un de ses fameux portraits de dernière page, Libération l’avait baptisé «l’oiseau migrateur». Originaire du Cap-Vert, Gelson Fernandes a commencé sa carrière au FC Sion avant d’évoluer dans une dizaine de clubs à travers l’Europe et de jouer 67 fois pour l’équipe suisse. C’est un de ces milieux récupérateurs intraitables, inépuisables, rugueux et si précieux pour contrecarrer le jeu adverse. C’est aussi, en équipe suisse notamment, un leader charismatique, polyglotte, toujours prompt à galvaniser ses coéquipiers avec son éternel sourire et sa joie de vivre si communicative.

IL ÉCRIT DES LETTRES

«C’est l’homme Gelson autant que le footballeur qui a réussi une telle carrière, souligne Michel Pont, ancien entraîneur adjoint de la Nati. Il a un incroyable impact dans le vestiaire, il sait créer un état d’esprit. Je me souviens qu’avant le Mondial en Afrique du Sud en 2010, il avait écrit une lettre à toute l’équipe pour dire la chance que l’on avait d’être là.» Stéphane Grichting, ancien coéquipier en équipe nationale, abonde dans son sens. «A l’aise avec tout le monde, Gelson vous pousse en permanence à aller de l’avant, il a toujours le bon mot. C’était notre rayon de soleil.» Joint à Francfort, Gelson Fernandes assume totalement sa décision: «Je vais avoir 34 ans, mon corps est fatigué. Avec mon style de jeu, je lui ai beaucoup demandé. J’ai toujours vécu de mon physique. Et je me suis encore régalé cette saison».

Il a 17 ans, en 2003, quand il fait ses débuts avec le FC Sion en Ligue nationale A contre Lucerne. A 21 ans, il est transféré à Manchester City, en première division anglaise pour neuf millions de francs, une somme énorme à l’époque! Journaliste à l’Evening News,Chris Bailey avait déjà été séduit par la débauche d’énergie du jeune talent: «Gelson court tout le temps, il apporte beaucoup d’énergie, il sourit et il a l’air heureux», écrivait-il.

Sa carrière prend ensuite la forme d’un formidable périple à travers tout le continent: Saint-Etienne, Udinese, Leicester, Vérone, Fribourg-en-Brisgau, Lisbonne et Rennes. «Je suis un privilégié. J’ai toujours pu décider où je voulais aller. J’ai joué dans quatre des cinq plus grands championnats au monde. Ma carrière n’a été que bonheur et plaisir. J’ai réussi au-delà de tout ce que je pouvais imaginer. Si je pouvais le refaire, je signerais tout de suite.»

IL PARLE SEPT LANGUES

Le Valaisan parle sept langues, dont le créole de son pays d’origine. «Je ne suis pas un surdoué, mais j’ai toujours eu la faculté de m’adapter. J’aime communiquer, parler en général. » Il maîtrise même l’espagnol alors qu’il n’a jamais joué dans un pays hispanophone. «C’est à force de côtoyer des coéquipiers sud-américains partout où j’ai passé.» Un soir, sur le plateau de Canal+, il a épaté la galerie en répondant aux questions aussi bien en allemand et en italien qu’en portugais. Tout au long de sa carrière en zigzag, il a su apprécier les particularités de chaque étape: «J’ai aimé la joie de vivre des Anglais, l’esprit moqueur des Français, la nourriture italienne».

De Didier Deschamps à Gennaro Gattuso, plusieurs demis défensifs, au rôle aussi ingrat qu’essentiel, ont marqué le football de leur pays. La Suisse a eu Gelson Fernandes. Avec la Nati, il a inscrit ce but historique qui avait permis de battre l’Espagne, future lauréate, lors du Mondial d’Afrique du Sud en 2010! Le match qu’il garde en mémoire reste le huitième de finale du Mondial brésilien, quatre ans plus tard, perdu d’un rien contre l’Argentine de Messi au terme de prolongations qui avaient vu le pays entier retenir son souffle. «On était au sommet de notre art. Et jamais aussi proches d’un quart de finale. » Avec l’équipe suisse, il aura disputé trois huitièmes de finale lors de grands rendez-vous sans réussir à aller au-delà. «C’est la seule frustration de ma carrière et je l’emmènerai avec moi.»

Les cinq premières années de sa vie, Gelson les a passées avec sa grand-mère à Praia, capitale du Cap-Vert, ces îles au large du Sénégal. Ses parents étaient partis sans lui faute de ressources pour aller gagner leur pain en Suisse via le Portugal. «Je jouais dans la rue, on n’avait ni eau ni électricité». La télé, c’était pour les riches.» Il n’oubliera jamais le jour où il est parti rejoindre ses parents à Sion. «Ma grand-mère m’a cherché partout. Je m’étais caché, je ne voulais pas m’en aller.» Et d’ajouter: «Parfois, quand je me sens mal, je pense à Praia. On ne doit jamais oublier d’où l’on vient. Aujourd’hui ma grand-maman a 80 ans. Je reste très attaché à elle et je vais la voir souvent».

Son enfance en Valais a été aussi heureuse que modeste. «Ma mère alternait la plonge dans les restaurants et les ménages chez les gens.» Il sait la chance que le football lui a offerte. Il en a tiré cette façon de toujours rester positif: «Si tu as la joie de vivre en toi, tu peux être heureux même au bout du monde».

Papa de deux filles de dix et un an, Gelson Fernandes emménagera cet été, une fois le championnat allemand terminé, dans sa maison de Grimisuat, près de Sion, dans ce Valais qu’il aime toujours autant. «Je vais me rapprocher de ma maman, la personne qui a le plus compté dans ma vie. Je lui dédie ma carrière.» Détenteur d’un master en management du sport, il a des projets plein la tête, mais préfère les garder pour lui pour l’instant. Une certitude: après treize ans de professionnalisme, avec la discipline que cela exige, il veut profiter pleinement de la vie. «Je me réjouis de faire des choses toutes simples: fêter un anniversaire, aller au bistrot, avoir de vrais week-ends. La vie qui va et rien d’autre.» Et il compte se maintenir en forme. Il s’est juré de participer à Sierre-Zinal l’an prochain avec Blaise Piffaretti, ancien coéquipier du FC Sion. «Je veux rester fit», confie-t-il.

Bertrand Monnard

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