Hong Kong sous le joug de la Chine

Ce qui se passe à Hong Kong serre le coeur. La disproportion des forces est telle! C’est le chevreuil cerné par la chasse à courre. Mais au moins, dans la chasse à courre, les chasseurs ne prétendent-ils pas tuer le chevreuil pour son bien. La Chine continentale, elle, ne veut que le bien de Hong Kong, tout comme ses dirigeants veulent le bien de leur peuple tout entier, de Pékin à Shanghai et Canton, sans oublier le Xinjiang, pays des Ouïghours.

Leurs intentions sont si claires qu’un professeur chinois peut les défendre en ces termes admirables: «Dire qu’un régime n’est pas légitime parce qu’il n’est pas démocratique, c’est oublier ce qu’il est capable de faire pour ses citoyens. Il faut se débarrasser de cette vision binaire issue des Lumières et se concentrer sur les résultats plus que sur les procédures». Les «résultats», c’est que la Chine continentale est prospère. Les «procédures», c’est la dictature du parti qui s’intitule communiste. Débarrassons-nous donc de cette malheureuse «vision binaire» des Lumières, qui veut que la démocratie soit plus souhaitable que l’autocratie; cette démocratie qui fait scintiller aux yeux du bon peuple le vain mirage de la liberté!

Ce raisonnement ne vous rappelle rien? Sous une forme laïcisée, c’est exactement la fameuse parabole du Grand Inquisiteur, que raconte Dostoïevski dans Les Frères Karamazov. Le Grand Inquisiteur, avant de tuer une seconde fois Jésus revenu sur terre, lui démontre que son idéal de liberté et d’amour n’est pas à la portée des peuples, qui n’ont soif que de mystère, de miracle et d’autorité. Mon pauvre Jésus, tu n’as rien compris. L’homme n’est pas fait pour la liberté. Il est fait pour le bien-être matériel que généreusement nous nous chargeons de lui fournir.

De même, explique la Chine continentale à Hong Kong, nous allons te débarrasser, pour ton bien, de cette «vision binaire» que les Lumières t’ont mise en tête. Et si nous commençons par t’interdire de commémorer le massacre de T’ien An Men, c’est par pédagogie. Tu dois comprendre que ce que fait le pouvoir autoritaire est toujours bien fait. Beaucoup de silence, un durable mensonge, voilà le prix à payer, fort modeste, pour que ce pouvoir perdure et, avec lui, le bonheur des peuples. La preuve que nous ne te voulons pas de mal, petit chevreuil traqué, c’est que nous n’allons pas te tuer, mais faire intervenir, avec l’autorité, le mystère et le miracle: tu vas doucement t’endormir, et te réveiller mouton.

Etienne Barilier

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