Pas de bière pour l’IA Spécial

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  • Ils sont «munis d’une mémoire étonnante». La preuve: «Vous pourrez leur lire un dictionnaire encyclopédique en vingt volumes, et ils vous répéteront tout dans le même ordre». Les logiciels tels que ChatGPT? Non, les robots de Rossum’s Universal Robots, nés de l’imagination de l’écrivain tchèque Karel Čapek en 1920. Créée en français à Paris en 1924, sa pièce R.U.R. disait déjà ce que nous expérimentons aujourd’hui face à l’intelligence artificielle (IA).

    Un créateur matérialiste qui «voulait détrôner Dieu», des actionnaires qui ne rêvent que de leur dividende, des chercheurs ambitieux: l’histoire semble se répéter. Celle du dramaturge se termine mal. Evidemment. Parce que la vieille Europe arme les robots – une main-d’œuvre bon marché est toujours bonne à exposer à la mitraille. Et parce qu’un scientifique s’amuse à les humaniser un peu plus en améliorant leur système nerveux. Ce qui les rend irritables.

    Karel Čapek avait une belle plume. Il faut lire ses Lettres d’Angleterre sans autre raison que le plaisir. Idée qui échapperait complètement à un robot et à une intelligence artificielle. Car ce qui les distingue de l’homme, c’est bien sûr leur absence d’âme – et il n’est, Dieu merci, pas humainement possible de leur en donner une –, mais aussi le fait qu’ils n’ont pas «besoin de faire un tas de choses qui, au fond, sont inutiles».

    Merveilleuse définition de notre humanité! Nous faisons des choses inutiles.

    Merveilleuse définition de notre humanité! Nous faisons des choses inutiles: jouer du violon, boire une bière, lire Boule et Bill (qui remplace à présent Cédric dans l'Echo), rêvasser au bord d’un lac. C’est notre supériorité – souvenez-vous du Cyrano d’Edmond Rostand: «C’est bien plus beau lorsque c’est inutile». L’IA, sur laquelle se penche ce numéro, n’est toutefois pas une chose (insistons sur ce substantif ) à prendre à la légère. Il ne faut pas pour autant avoir peur de cet outil. Ce qu’il faut craindre c’est le mauvais usage que pourraient en faire les hommes: la seule volonté de l’IA est celle de son concepteur et de son utilisateur. Qui doivent donc être encadrés. Et éduqués. Si nous voulons mieux finir que la pièce de Čapek. 

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