Meurtris par le racisme

Aux Etats-Unis, les Noirs américains ont 2,5 fois plus de chances d’être tués par la police que les Blancs. Proportionnellement à leur population, ils sont 5 fois plus nombreux à être emprisonnés. Et ces derniers mois, la crise sanitaire a révélé d’autres inégalités criantes: 3 fois plus de Noirs que de Blancs décèdent du coronavirus. En outre, ce sont les Noirs qui risquent le plus de perdre leur emploi suite à la crise économique liée à la pandémie. 

Et ces chiffres n’expriment pas les discriminations quotidiennes dont ils font l’objet: contrôles de police récurrents, paroles et gestes méprisants, présomption de culpabilité, discrimination à l’embauche, incarcération pour des broutilles... Pour beaucoup de parents afro-américains, avoir des enfants – et imaginer tout ce qui peut potentiellement leur arriver – est une source d’anxiété permanente. Ils se voient dans l’obligation de leur enseigner, très jeunes déjà, les attitudes à adopter pour minimiser les risques: ne pas relever le capuchon de leur anorak, ne pas garder les mains dans les poches dans les magasins, ne pas sortir le soir, ne pas réagir aux provocations, ne pas regarder les femmes blanches, baisser les yeux devant les agents de police, etc.

Après la détresse sanitaire dans laquelle s’est retrouvée la population noire pendant la crise du coronavirus, le décès de George Floyd, mort étouffé parce qu’un policier avait appuyé son genou sur son cou pendant plus de huit minutes, a fait l’effet d’un détonateur.

«Nous n’avons jamais eu de place dans cette société », expriment les manifestants (voir pages 14-15). Ils ne revendiquent pas seulement la condamnation des policiers présents lors de la mort de George Floyd. Leurs slogans, comme leurs objectifs, sont multiples. Il y a en effet tant de choses à changer à tous les niveaux. Cependant, «toutes nos revendications rejoignent un objectif: que cesse la guerre contre les Noirs», explique YahNé Ndgo, une des organisatrices du mouvement Black Lives Matter pour la ville de Philadelphie, au magazine The Atlantic. «La revendication ultime, c’est de mettre fin à la violence.»

Cette volonté apparaît particulièrement paradoxale – et criante – en regard du président en place. Il est à craindre que Donald Trump, qui est en train de perdre de nombreux appuis et ne peut envisager sa non-réélection en novembre, ne s’obstine dans la voie de la violence et ne fasse appel aux plus extrêmes de ses supporters... Certains observateurs n’hésitent pas à parler d’un risque de guerre civile. Mais les manifestations des Noirs américains et de pans importants de la société pourraient aussi permettre de renforcer et d’unir les opposants à sa politique. Et de préparer, espérons-le, un avenir meilleur pour cette communauté meurtrie par le racisme.

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