L’arbitre et Dostoïevski Spécial

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  • Le sport est un révélateur, comme la conduite automobile qui, face à d’innombrables chauffeurs du dimanche, fait ressortir des traits de caractères enfouis. Ainsi, lorsqu’un arbitre commet une erreur, celle-ci lui est aussitôt reprochée. Quiconque a fait l’expérience de l’arbitrage le sait: un coup de sifflet incongru semble avoir plus d’impact sur le résultat d’un match que les errances des joueurs. Qui ne sont pas rares. Friand de statistique, le basket-ball le montre bien: en première division masculine suisse, moins des trois quarts des lancers francs sont réussis; les conditions de tir, seul face au panier, sont pourtant toujours les mêmes. Les joueurs qui n’hésitent pas à signaler leurs erreurs aux arbitres se voient ainsi à leur tour reprocher leurs gestes manqués par le public.

    Dans un autre contexte mais dans le même ordre d’idée, on trouve cette anecdote rapportée par Paolo Nori dans son surprenant roman consacré à Dostoïevski Ça saigne encore (Editions Philippe Rey, 2024). Ayant appris que l’auteur russe devait à un noble une somme qu’il ne lui avait jamais rendue, une dame lui avait confié: «Je pensais que Dostoïevski était quelqu’un de bien. Je me trompais». Ce jugement sans appel appelle une question: trouvera-t-on «quelqu’un de bien» dans ce monde, ne serait-ce qu’un seul juste, pour le sauver? Il y a bien des imperfections, grandes ou petites, dans nos actions et nos paroles, grandes ou petites. «Si tu retiens les fautes, Seigneur, qui subsistera?», demande le psalmiste (Ps 129), inquiet peut-être de voir qu’on est ici-bas enclin à les retenir.

    Trouvera-t-on «quelqu’un de bien» dans ce monde?

    S’emporter au volant, récriminer contre une décision, déplorer un raté, critiquer un manque de conscience, tout cela est bien humain. Tellement humain que nous ne pouvons nous empêcher de le faire – il est donc malaisé de se le reprocher. Il est cependant bon de s’efforcer de se rappeler nos imperfections de manière à jeter, a posteriori, un regard tendre sur notre prochain, défaillant comme nous. A la fin d’un match, d’ailleurs, arbitres et joueurs se serrent la main. Et peut-être la dette de Dostoïevski lui a-t-elle été remise. 

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