Hong Kong en danger

Le président Xi Jinping vote. Il obtient le feu vert du Parlement chinois pour broyer les libertés restantes de Hong Kong. Le président Xi Jinping vote. Il obtient le feu vert du Parlement chinois pour broyer les libertés restantes de Hong Kong.

En adoptant sa loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, Pékin démontre sa volonté inébranlable de domination. Sans la moindre opposition.

UNE LOI CONTROVERSÉE?

Jeudi 28 mai, le Parlement chinois, l’Assemblée nationale populaire, adopte à la quasi-unanimité – 2878 oui, un non, six abstentions – une loi draconienne destinée à «empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale, comme le séparatisme, la subversion, la préparation ou la commission d’activités terroristes, ainsi que les activités de forces étrangères» représentant une ingérence à Hong Kong.

C’ÉTAIT ATTENDU?

Totalement. Mais le tonnerre d’applaudissements qui a rempli le Palais de l’Assemblée du Peuple à Pékin n’est pas partagé par tous. «C’est la fin de Hong Kong», a déclaré Claudia Mo, députée pro-démocratie au Conseil législatif hongkongais. Un sentiment largement partagé. Et une peur fondée.

POURQUOI CETTE LOI?

Massives, impressionnantes, les manifestations pro-démocratie des Hongkongais ont débuté en mars 2019. Contestant d’abord une loi d’extradition, elles ont pris toute leur ampleur de juin à août. Trente ans après Tian’ anmen... On a craint un bain de sang. Il y eut beaucoup d’arrestations (environ 7’000) et des violences policières couvertes par Carrie Lam, cheffe de l’exécutif hongkongais. Inflexible, Pékin s’est cabrée. Le président Xi Jinping a joué la montre, puis profité du coronavirus, la pandémie brisant l’élan du mouvement populaire. Avec «la fin» du Covid-19, il profite des soucis sanitaires des autres puissances pour resserrer son emprise sur l’enclave hongkongaise.

HONG KONG?

Avec ses 7,5millions d’habitants, cette cité cosmopolite est à part en Chine. Colonie britannique de 1842 à 1997, forte d’un grand dynamisme financier, économique et culturel, elle reste un foyer démocratique depuis sa rétrocession à Pékin. Son statut de région administrative spéciale, qu’elle a en commun avec Macao, est déterminé par le principe «Un pays, deux systèmes» (les règles chinoises n’y sont pas appliquées de la même façon). Ce statut d’autonomie relative devrait officiellement durer jusqu’en 2047. Dans les faits, Pékin a rongé peu à peu les libertés hongkongaises. Avec cette loi sécuritaire, celles-ci risquent d’être avalées.

QUE RÉVÈLE CETTE CRISE?

Président depuis 2013, Xi Jinping a progressivement instauré un autre ton. Place à la diplomatie nationaliste du «loup combattant»: une stratégie conquérante, sans complexe et agressive vis-à-vis des critiques et des rivaux, Washington surtout. Pékin ne cache plus sa volonté d’être une superpuissance, sinon la seule hyperpuissance. Dans cette optique, la «diplomatie des masques» de Xi Jiping, dissimulant les impairs chinois dans la gestion de la crise du Covid-19, est le paravent d’une stratégie post-coronavirus visant à redéployer les ambitions de l’empire du Milieu: nouvelles routes de la soie, système liberticide de techno-surveillance vendu comme une recette miracle, souverainisme voilant la répression contre les minorités (Ouïghours, Tibétains, etc.) et les démocrates, en premier lieu ceux de Hong Kong.

Articles en relation


Géopolitique: le défi chinois

Correspondant de la Süddeutsche Zeitung à Pékin pendant quatorze ans, le journaliste allemand Kai Strittmatter signe une synthèse édifiante sur la Chine de Xi Jinping. Le totalitarisme maoïste y trouve un puissant second souffle capitaliste et numérique. L’Empire du Milieu 2.0. est un cauchemar orwellien à regarder en face. Avec lucidité.


La Chine aveugle

En 2008, avant les JO de Pékin, le sinologue français Jean-Luc Domenach écrit La Chine m’inquiète, une note discordante dans un choeur de louanges mondialisé. Le Nid d’oiseau est l’écrin flamboyant d’une Chine projetant sa puissance au 21e siècle. Un triomphe bien plus qu’olympique. Hu Jintao, l’homme fort de Pékin, ne ressemble plus à un apparatchik rescapé de la Révolution culturelle. Il a déjà réussi à faire oublier son prédécesseur Jiang Zemin.


Le poison, une histoire russe

ALEXEÏ NAVALNY?

Alors que son avion le ramène à Moscou le 20 août, Alexeï Navalny, 44 ans, se tord de douleur aux toilettes. Ce célèbre opposant à Vladimir Poutine vient de terminer une enquête sur la corruption des autorités en Sibérie. Ses proches le font transporter à Berlin où un laboratoire militaire allemand conclut à un empoisonnement au Novitchok. Deux laboratoires, français et suédois, ont confirmé cette conclusion lundi. Navalny pourrait conserver des séquelles à vie.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!