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Fin d’année scolaire en mode gardiennage

Les élèves n’avaient plus remis les pieds en classe depuis le 16 mars. De retour à l’école depuis le 11 mai, ils la quitteront à nouveau dans quelques semaines... avant d’y revenir fin août, pour de vrai cette fois. Les élèves n’avaient plus remis les pieds en classe depuis le 16 mars. De retour à l’école depuis le 11 mai, ils la quitteront à nouveau dans quelques semaines... avant d’y revenir fin août, pour de vrai cette fois. Keystone

Des règles d’hygiène impossibles à respecter. Des cours, mais pas d’examens. Des enfants dont on est «presque» certain qu’ils ne propagent pas le virus... Les enseignants romands se souviendront de cette «corona-rentrée».

«On les voit arriver par groupes de dix ou de vingt. Collés les uns aux autres, ils rigolent, s’enlacent et se bousculent. Pourtant, une fois qu’ils sont devant l’école, nous sommes obligés de les faire entrer un par un dans l’établissement en contrôlant qu’ils se désinfectent les mains. Ensuite, toute la matinée, nous nous battons pour que les élèves respectent la distance de sécurité. Une fois les cours terminés, ils repartent comme ils sont venus, sous nos yeux, serrés les uns contre les autres... C’est un peu absurde.»

Le ton oscille entre amusement et agacement. Interrogé une semaine après la «rentrée» scolaire du 11 mai décidée par le Conseil fédéral, l’enseignant valaisan qui témoigne anonymement exprime un sentiment partagé par une bonne partie de ses confrères: «Cette rentrée, c’est du bricolage ».

TENIR SA CLASSE

«On sent que ceux qui font les règles savent qu’elles ne sont en réalité pas applicables, explique George*. Je ne parle même pas de l’obligation de se laver les mains... que même les adultes finissent par négliger, à force (ndlr, après quelques jours seulement, la plupart des collègues de cet enseignant ne désinfectaient plus la photocopieuse avant de l’utiliser). Ce qui ne va pas, estime ce père de famille de la région de Sion, c’est qu’on nous demande de donner des cours à des adolescents qui savent depuis des semaines qu’il n’y aura pas d’examens. C’est une blague.»

Les groupes sont pour le moment scindés en deux, «mais quand on se retrouvera en face du nombre habituel d’étudiants, soit plus d’une vingtaine, il deviendra impossible de tenir sa classe sans la pression des examens ». Comme chacun sait déjà s’il a réussi son année ou non (ce sont les notes du premier semestre qui comptent), rares sont ceux qui voient encore l’intérêt d’étudier! «Comme nous sommes avec nos élèves un jour sur deux, nous avançons très lentement. Au final, notre travail flirte entre le gardiennage et l’enseignement», résume le Valaisan.

MISSION ALIBI

Son confrère Andrade*, enseignant à Lausanne, ne saurait mieux dire. «J’ai des jeunes de 10 à 16 ans. Comme tout est chamboulé, plusieurs professeurs, comme moi, se sont retrouvés sans élèves pendant certaines heures. » Il a donc fallu les occuper d’une manière ou d’une autre. «Durant les premiers jours, un enseignant en arts visuels s’est vu confier la mission de conduire les élèves de la cour d’école jusqu’à... leur titulaire. Nous parlons d’une poignée d’élèves (5 à 10) qui connaissent très bien leur enseignant principal. Celui-ci peut aisément, et sans assistance, les rappeler à l’ordre s’ils ne respectent pas les distances. Bref, dans le genre ‘mission alibi’, difficile de faire mieux.»

Dans la cour d’école, Andrade, lui-même père de deux enfants, est intervenu plusieurs fois durant la récréation pour rappeler les normes aux élèves. «C’est une des tâches qui m’ont été confiées, prévient-il un brin ironique. Mais au bout d’un moment, j’ai laissé tomber. Ce sont des mômes, ils ont besoin de se défouler. Surtout dans les villes. Certains gosses, dont les parents ne veulent ou ne peuvent pas bien s’occuper, ont souffert durant ces deux mois de confinement. Les cours, même s’ils sont devenus un peu folkloriques, sont importants pour eux: ils leur permettent de retrouver du lien social. »

George voit un autre aspect positif à cette étrange rentrée: «Il est très agréable et intéressant de travailler avec dix élèves au lieu de vingt, un peu comme dans les écoles privées. Pas besoin de faire de la discipline. Il est beaucoup plus facile de répondre aux besoins de chacun. On se prend à rêver à ce qu’on pourrait réaliser si de telles conditions existaient tout au long de l’année... ». Une réflexion partagée, selon lui, par tous ses collègues.

VIGOUSSE SE RÉGALE

De son côté, le «petit satirique romand » Vigousse n’a pas pu s’empêcher – pourquoi le ferait-il? – de relever les mille et une incohérences des règlements publiés par les établissements scolaires, les cantons et Berne pour encadrer cette «fausse» rentrée scolaire.

Dans son édition du 15 mai, l’hebdomadaire basé à Lausanne cite l’OFSP – «les enfants ne jouent presque aucun rôle dans la propagation du virus » – avant de commenter malicieusement: «Presque. Tout le problème est là. Difficile, en effet, de faire ‘presque attention’ ou, au contraire, de ne faire ‘presque pas attention’ ».

Et de signaler une circulaire d’un collège genevois dans laquelle il est indiqué que les élèves sont libres de porter un masque «à condition qu’ils n’utilisent pas cette autorisation à mauvais escient (camouflage) ». Une école enfantine vaudoise a pour sa part averti les parents que les maîtresses ne monteraient plus dans le bus pour vérifier que les enfants sont bien attachés. «Le bon sens même, se moque Vigousse. Il serait idiot que, pour éviter que des dizaines d’enfants ne soient tués dans un accident de car scolaire, une institutrice encoure le risque de choper le Covid.» Bref, vivement les vacances d’été. Et la rentrée d’août-septembre. La vraie!

*prénom d’emprunt

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