Théories du complot: on y croit de plus en plus

Les histoires qui circulent au sujet du coronavirus supplantent les meilleurs scénarios de films sur le thème, de Contagion (Steven Soderbergh, 2011) auMystère Andromède (Robert Wise, 1971). Les histoires qui circulent au sujet du coronavirus supplantent les meilleurs scénarios de films sur le thème, de Contagion (Steven Soderbergh, 2011) auMystère Andromède (Robert Wise, 1971).

De plus en plus de gens à travers le monde commencent à croire aux théories du complot. Parmi eux, beaucoup de jeunes. Analyse d’un phénomène sous l’angle de la Covid-19.

«Le coronavirus est une conspiration mondiale pour accélérer la digitalisation de la planète. Demain, on sera tous cloîtrés chez nous avec comme unique lien avec l’extérieur nos écrans et les achats en ligne! », prophétisait début mars un copain partisan des théories du complot. Un avis partagé par un nombre non négligeable de citoyens un peu partout sur la planète. Parmi eux, beaucoup de jeunes de 18 à 25 ans, d’après les résultats de sondages menés depuis mars aux Etats-Unis, au Canada et en France.

COMME UN POLAR

L’histoire de la Covid-19 ressemble étrangement à un polar aux multiples rebondissements, parfois surréalistes. Pour rappel, le premier cas – un homme de 55 ans – est détecté en Chine mi-novembre 2019. Les autorités du pays informent l’OMS en décembre tout en menaçant un ophtalmologue local, Li Wenliang, d’emprisonnement pour propagation de fausses rumeurs. Le médecin tentait d’alerter ses collègues sur ce virus dont plusieurs patients de son hôpital étaient atteints. Lui-même en sera victime et mourra en février à 33 ans. Alors que l’épidémie se propage depuis décembre, les Etats-Unis rendent l’information publique le 6 janvier 2020. Le lendemain, la Chine signale près de 60 cas de contamination sur son sol. Trois jours après, l’OMS lance une alerte au niveau mondial.

Depuis, le virus a gagné presque toute la planète. Tout comme les suspicions d’une intrigue politique savamment orchestrée, renforcées par le refus du gouvernement chinois d’ouvrir ses portes aux scientifiques étrangers. «Nous avons réussi à contenir l’épidémie», clamaient en avril leurs politiciens tandis que les médias étrangers s’étonnaient des images montrant des dizaines de milliers d’habitants du pays faisant la queue pour récupérer les urnes funéraires de leurs défunts. Pendant ce temps, des rumeurs de conspiration mondiale allaient bon train, renforçant la croyance dans les théories du complot, rapportent les résultats de sondages nordaméricain, français et canadien.

QUI CROIRE?

Fin janvier, le quotidien américain Washington Times assurait dans ses colonnes que le coronavirus était une arme biologique créée par les Chinois dans leur institut de virologie à Wuhan, capitale de la province du Hubei et épicentre du virus. Une affirmation démentie assez rapidement par ce même média,mais qui a fait le tour du monde en marquant les esprits. Pas étonnant donc que 29% des adultes américains continuent à croire à cette théorie du complot, d’après l’enquête d’opinion réalisée par le Pew Research Center. Parmi ceux qui se disent favorables à cette hypothèse, on trouve une majorité de pro-républicains (la droite américaine). Ceux là mêmes qui avouent faire nettement moins confiance aux médias officiels que les répondants pro-démocrates (la gauche américaine). Une méfiance compréhensible quand on sait que les médias en question donnaient, en 2016, Hillary Clinton gagnante dans la course à la présidentielle contre Donald Trump.

Même son de cloche en France, d’après l’étude réalisée par l’IFOP avec la Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch: 26% des Français pensent que le coronavirus a été fabriqué en laboratoire soit intentionnellement (17%), soit accidentellement (9%). D’après Jérémie Peltier, directeur des études à la Fondation Jean Jaurès, les sympathisants de l’extrême droite (Rassemblement National), les personnes des classes sociales défavorisées et les jeunes de 18 à 25 ans sont les plus nombreux à partager cette opinion.

Mais le pourcentage le plus élevé d’adhérents aux théories du complot se trouve au Canada, selon une étude préliminaire menée par les chercheurs de l’Université de Sherbrooke. Ainsi, un Canadien sur deux serait convaincu que le coronavirus n’est pas naturel, et 15% d’entre eux seraient d’avis qu’il s’agit d’une création de l’industrie pharmaceutique. Ici également, la proportion de jeunes est importante.

Contrairement aux Etats-Unis et à la France, l’explication de cette perception est imputée aux troubles anxieux et au stress post-traumatique des répondants canadiens provoqués par la pandémie.

DÉSENCHANTEMENT COLLECTIF

Tout au long de l’histoire de l’humanité, le mensonge a été utilisé pour parvenir à la réalisation d’objectifs politiques, soulignait la philosophe Hannah Arendt dans son ouvrage Du mensonge à la violence, paru en 1972. De plus en plus de gens en ont conscience, de manière rationnelle ou intuitive. Y compris les jeunes, grâce aux révélations chocs de ces dernières années sur la corruption des élites et la surveillance généralisée des masses, auxquelles s’ajoute le constat de l’existence de lobbies très puissants qui, malgré les évidences scientifiques et les manifestations de citoyens, arrivent à leurs fins. Le renouvellement de la licence du glyphosate, herbicide cancérigène, par la Commission européenne en 2017 en est un exemple.

Résultat: la confiance dans les autorités – politiques, scientifiques, journalistiques – n’existe plus. C’est pourquoi toute information d’importance collective est automatiquement sujette au doute. Surtout chez les adolescents dont l’imaginaire, nourri par diverses sagas audiovisuelles, est plus enclin aux croyances «excitantes» à l’instar des théories du complot, faciles à propager grâce à internet. Une méthode utilisée par les politiciens sur les réseaux sociaux pour conforter certaines croyances de Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Et dans un contexte socio-économique très tendu où la réalité n’est pas à la hauteur des espérances, l’imagination prend son envol au détriment d’une approche objective, que ne favorise pas la masse d’informations contradictoires en circulation.

Anna Aznaour

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