Au moindre rhume

Keystone Keystone Inventeur de la solution hydroalcoolique, Didier Pittet prévient: si les coûts du dépistage découragent les citoyens, toute la stratégie du déconfinement pourrait échouer.

Pour que le déconfinement réussisse, il faut dépister. Encore faut-il ne pas confondre les différents tests. Et pouvoir les payer. Quant aux anticorps...

QUELS TESTS?

C’est le premier point à clarifier. Si vous êtes malade, votre médecin vous soumettra à un test de diagnostic dit «PCR» (oui, celui où on vous enfonce une tige dans la narine). Il vous indiquera si vous êtes infecté par le SARS-CoV-2. Si vous n’êtes pas malade, mais que vous pensez avoir été infecté par le virus, on vous fera subir un examen différent via une prise de sang. Il s’agit du test sérologique, qui permet de mesurer le taux d’anticorps présents dans le sang.

QUELLE DIFFÉRENCE?

Le premier test (PCR) permet de suivre en direct l’évolution de la maladie à travers la population. On détermine tout de suite si vous êtes contagieux ou non, ce qui permet de prendre immédiatement les mesures qui s’imposent: vous confiner et contacter les personnes que vous avez côtoyées pour les prévenir et ainsi éviter une propagation. Le second test, sérologique, ne peut se pratiquer que trois semaines à partir des premiers symptômes, le temps que les anticorps se développent et que la sérologie soit sûre. Le but ici n’est pas de «tracer» l’infection en temps réel pour casser la chaîne de transmission, mais d’avoir une idée du pourcentage de la population qui a été infectée.

IMMUNITÉ GARANTIE?

C’est la grande question. Avec les virus respiratoires, les anticorps – et la protection qu’ils offrent – semblent disparaître au bout de deux ou trois ans. En sera-t-il de même avec le SARS-CoV-2? Seul le temps le dira. Si des tests répétés sur les personnes ayant développé des anticorps montrent qu’elles n’ont plus jamais été infectées, on pourra en conclure qu’une sérologie positive protège vraiment de la réinfection. Pour être tranquilles, il faudrait que 70% à 80% des Suisses soient dans ce cas. Le pourcentage des personnes infectées, et donc potentiellement immunisées, tourne actuellement autour de 10%.

ET MAINTENANT?

Le test sérologique nous dit qui a été infecté. S’il a le mérite de montrer que nombre de «grippes», de «crèves » et de «petits rhumes» étaient en réalité des cas de coronavirus – et que les mesures de confinement étaient nécessaires –, il ne soigne pas l’épidémie. A l’inverse du test de diagnostic «PCR» qui, selon Didier Pittet, médecin épidémiologiste aux Hôpitaux universitaires de Genève, doit être pratiqué sur toute personne présentant des symptômes. Selon l’infectiologue, de nouveaux foyers infectieux ne manqueront pas de se déclarer ces prochaines semaines. Et pour être certain de les maîtriser, il est nécessaire d’effectuer ce test de dépistage «au moindre rhume».

QUI PAIE?

Le Conseil fédéral a prévu que l’assurance maladie finance le test PCR – une centaine de francs – dans certains cas, les cantons dans d’autres. «Les coûts du dépistage ne doivent pas freiner les gens. Il en va de la santé de notre société», avertit dans Le Temps Didier Pittet. Qui propose de suspendre la franchise dans l’assurancemaladie ou d’octroyer des subsides particuliers via des tests facturés au prix coûtant par les laboratoires.

Articles en relation


Israël: confinement général

Les juifs très religieux contribuent largement à propager le virus, mais ils s’opposent aux restrictions sanitaires. Dans l’impossibilité de les contraindre, le gouvernement a déclaré un confinement général dès vendredi.


Un été suisse

Le lac des Quatre-Cantons? «Magnifique, super vacances!» Loèche-les-Bains? «Très agréable, et il faisait bien plus frais qu’en plaine.» Le Jura? «Dépaysant parce que différent des Alpes.» Les montagnes, le Tessin, voire le sud de la France pour certains… «Cette année, on est partis en vacances comme on le faisait il y a vingt ou trente ans, avant l’arrivée des compagnies low cost», commentait dernièrement une connaissance père de deux jeunes enfants.


COVID-19: Faire renaître la vie

Quelles leçons retenir de la COVID-19? Et qu’entreprendre pour faire renaître la vie après le confinement? Ces questions traversent le dernier document de l’Académie pontificale pour la vie. Analyse avec la théologienne Marie-Jo Thiel, membre de cette académie.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.