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Ce qu’on ne sait pas

On ne sait pas précisément comment il se transmet. On ne sait pas exactement où ni comment il est apparu. On ne sait pas vraiment si les enfants peuvent en être porteurs. On n’a aucune idée du nombre de personnes infectées dans le monde. On pense savoir qu’il faut que 70% d’entre nous l’attrapent pour atteindre une immunité collective, mais on ne sait pas si, une fois qu’on l’a eu, on est vraiment immunisé, ni pour combien de temps. En gros, et c’est peut-être le mérite du coronavirus que de le rappeler, on réalise qu’on ne sait pas grand-chose.

Le constat vaut aussi pour la vie en général. Or, dans notre soif de maîtrise, nous perdons parfois de vue l’étendue de notre ignorance.

La construction de ponts et de bâtiments capables de résister à des charges énormes n’a plus de secrets pour nous. Nous maîtrisons la vitesse et la trajectoire des fusées au millimètre près. Nous développons des ordinateurs à la puissance de calcul inouïe. Les algorithmes que nous créons ont la capacité de prédire notre comportement. Le calcul et la technologie sont devenus nos cartes et nos boussoles. Nous nous appuyons sur les chiffres, les données, les statistiques, les probabilités pour appréhender le monde, et ça fonctionne plutôt bien.

Mais à quel point ce qu’on sait occulte-t-il ce qu’on ne sait pas? On a recensé, par exemple, d’extraordinaires richesses minières sur les fonds océaniques, capables d’alimenter les piles très gourmandes de nos téléphones, de nos vélos et de nos voitures électriques. Notamment sous forme de nodules polymétalliques, des gros galets constitués de manganèse, de fer, de silicium, de nickel, de cuivre, d’aluminium et de cobalt. Leur exploitation pourrait s’ouvrir dès l’année prochaine, une fois que les 168 Etats membres de l’ISA, l’Autorité internationale des fonds marins, auront ratifié l’accord destiné à en réglementer l’accès.

Or, on ne sait encore presque rien de la vie des profondeurs. Seuls 15% des fonds océaniques ont été cartographiés de manière précise et 2% explorés. Nous ne connaissons que 10% des animaux marins et 1% des bactéries marines, estiment les scientifiques. Certaines espèces – notamment des sortes d’éponges, de coraux, de crustacés et de poulpes qui ne ressemblent à rien de connu – dépendent des nodules polymétalliques pour leur survie. L’exploitation minière des fonds marins risque de les faire disparaître avant même qu’on les découvre. Même chose dans le ciel, où le lancement d’un trop grand nombre de satellites (voir Echo Magazine n°21 du 21 mai) risque de gêner notre exploration des plus de 100 milliards de galaxies qui forment l’univers, cet inconnu absolu.

Si l’on n’y prend pas garde, ce qu’on sait pourrait-il détruire l’immensité de ce qu’on ne sait pas? Et ne devrait-on pas, alors, laisser un peu de place à ce qu’on ignore?

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