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Les musées suisses ont rouvert leurs portes

On peut désormais voir des expositions qui avaient à peine eu le temps de démarrer en mars. Certaines ont été annulées. D’autres sont heureusement prolongées. Tour d’horizon synthétique de la situation.

30A EM21Depuis la semaine du 11 mai, on peut donc à nouveau se rendre dans les 1118 institutions muséales recensées par les statistiques fédérales. Toutes n’ont pas réagi promptement aux mesures inattendues de Conseil fédéral du 29 avril, mais toutes ont fini par accorder leurs violons. Que peut-on désormais voir des deux côtés de la Sarine?

Relevons d’abord qu’on ne pourra pas se rendre à l’Hermitage, à Lausanne, pour découvrir les impressionnistes du Canada. A l’origine prévue jusqu’au 24 mai, l’exposition, qui était intéressante sans être éblouissante avec ses airs de valise diplomatique culturelle d’Ottawa, n’a, hélas, pu être prolongée. Le Canada et l’impressionnisme va dorénavant à Montpellier sans qu’on sache quand le musée Fabre pourra ouvrir ses portes. Le 13 juin, comme prévu avant le Covid- 19? Vu la situation en France, l’interrogation est totale. L’Hermitage planche actuellement sur sa prochaine expo, sur les arts et le cinéma (dès le 4 septembre), et sur sa programmation 2021.

Pour l’heure, le canton de Vaud propose d’autres accrochages. Le Musée de l’Elysée prolonge un chouia sa der des ders avec le grand photographe suisse René Burri, fameux pour son portrait de Che Guevara (jusqu’au 1er juin, entrée libre). Dans le tout nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, on peut voir la collection permanente et l’expo Taus Makhacheva. 4’224,92 cm2 de Degas, prolongée jusqu’au 23 août; l’accrochage sur la Vienne de 1900 pourra être visité dans une deuxième phase de réouverture – à partir du 2 juin – en même temps que l’accrochage sur Albert- Edgar Yersin côté dessin.

DU PAYS DE VAUD AU VALAIS

Signalons aussi la prolongation de Gérard de Palézieux, une splendeur de délicatesse à admirer au Jenisch jusqu’au 19 juillet. Nous vous en avions parlé (EM13) alors que le musée veveysan venait de fermer ses portes. A admirer toutes affaires cessantes! Allons ensuite plus loin que le bout du Léman et descendons la vallée du Rhône pour nous arrêter à Martigny: la collection Blocher, avec ses Hodler et ses Anker, est visible à la Fondation Gianadda jusqu’au 22 novembre. Cela signifie que l’expo sur Gustave Caillebotte, un remarquable impressionniste français, est décalée d’une année; il faudra patienter encore.

Mais encore? N’oublions pas Genève. Le MEG annonce que son Jean Du buffet, un barbare en Europe, qui devait être inaugurée le 8 mai, est reportée au 8 septembre. Mais le musée d’ethnographie ouvre à nouveau ses portes pour sa collection permanente, le 21 mai. Comme le Musée d’art et d’histoire, mais il faudra attendre encore un peu, soit le 9 juin, avant de découvrir l’accrochage temporaire L’enfant dans l’art suisse. D’Agasse à Hodler. La visite de l’exposition sur Gilbert Albert (dès le 9 juillet) ne pourra en revanche se faire que par le biais d’une billetterie en ligne.

Quant au Musée Rath, qui devait accueillir fin avril l’odyssée photographique de Fred Boissonnas autour de la Méditerranée, il la présentera dès le 25 septembre. Pas de souci pour la grande rétro sur Olivier Mosset au Mamco: elle court de toute manière jusqu’au 6 décembre, il y a donc encore le temps.30B EM21

Remontons le plateau et arrêtons-nous à Yverdon. La Maison d’Ailleurs présente toujours les mémorables Cités obscures de Schuitten et Peeters (fin le 25 octobre). A Neuchâtel, le mal du voyage du MEN poursuit ses analyses pertinentes jusqu’au 29 novembre tandis que la nouvelle expo ponctuelle, sur les missionnaires romands en Afrique australe, vient de démarrer.

Franchissons maintenant le Röstigraben. Tout ce que le Kunstmuseumde Berne proposait – El Anatsui, Teruko Yokoi, l’art suisse qui se disloque – l’est encore,mais c’est surtout du Centre Paul Klee que vient la bonne nouvelle: la rétro sur Lee Krasner, pionnière de l’expressionnisme abstrait américain, est prolongée jusqu’au 16 août. On en parle bientôt!

D’AARAU À BÂLE

Un arrêt plus loin, au Kunsthaus d’Aarau, permet d’avoir un panorama de la collection d’art moderne de Werner Coninx; une excursion recommandée jusqu’au 9 août. Sur les bords de la Limmat, le Kunsthaus zurichois annonce fièrement que toutes les expositions prévues pour 2020 auront bel et bien lieu. Seules les dates changent quelque peu. On a ainsi encore le temps (terme le 19 juillet) de voir les portraits d’Ottilia Giacometti, la fille de Giovanni et la soeur d’Alberto, et la poésie de la ligne des maîtres italiens. Sur le chemin de Bâle, une halte à Delémont est la bienvenue: Lionel O’Radiguet. Un druide breton à Saint-Ursanne vient de démarrer. Sur les bords du Rhin, enfin, la Fondation Beyeler a réussi à prolonger son événement sur Edward Hopper jusqu’au 26 juillet, ce qui n’est pas donné à tout le monde; en revanche, rien n’est annoncé sur Goya, qui devait démarrer le 17mai – on doit certainement discuter ferme des prêts (et des assurances). Quant au Kunstmuseum, qui demeure une référence dans la tempête que nous traversons, il a rouvert ses portes le 12: la collection Im Obersteg, avec ses Chagall et ses Picasso, est prolongée jusqu’au 21 juin. Le Covid-19 n’a guère bouleversé son programme. On attend de pied ferme L’Orient de Rembrandt pour fin octobre.

 

Et les mesures de prévention?

Dans les annonces des musées, les dispositions sanitaires se disputent la prééminence avec la prolongation des expositions. Les recommandations du Conseil fédéral se retrouvent partout (distance de deux mètres, etc.) et on pense tout de suite aux surveillants des salles qui auront du travail pour les faire respecter.

Le nombre de visiteurs est limité en raison de la règle des 10 mètres carrés garantis pour chacun. Les musées prévoient des gels hydroalcooliques à l’entrée et à différents points du parcours de visite. D’autres ont un peu plus réfléchi à leur dispositif, tel le musée d’art et d’histoire de Genève qui répartit les casiers des vestiaires de manière à éviter la concentration des visiteurs. Les horaires ne changent pas (en général).

La plus grande perte? En plus des expos annulées, elle concerne les activités annexes, la «médiation culturelle», comme on dit (conférences, visites de groupe, ateliers éducatifs, etc.). Elles sont quasiment toutes annulées. Seule la maison d’ailleurs à Yverdon se distingue en proposant des activités repensées et adaptées au cadre sanitaire recommandé par la Berne fédérale, une rareté dans un paysage muséal qui entame son «déconfinement».

TK

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