Le petit dernier des péchés

Le petit dernier des péchés Jacopo Ligozzi/Metropolitan Museum of Art, New-York

Le pape François souhaite introduire le «péché écologique» dans le catéchisme. Evidente quand on contemple l’Amazonie éventrée, cette notion l’est moins dans la vie courante.

«Mon père, je n’ai jamais tué personne, je n’ai jamais volé, je ne sais pas quoi vous dire.» Voilà ce que certains prêtres entendent parfois dans le secret du confessionnal. Leur revient alors la tâche délicate de poser des questions pour éclairer les consciences: «Vous n’avez jamais volé, certes, mais... êtes-vous toujours très consciencieux dans la manière de remplir votre déclaration d’impôts?». Les prêtres pourraient bientôt disposer d’un nouveau domaine où aiguillonner la contrition de leurs ouailles (et la leur): le péché écologique.

GÉNOCIDE DE CAROTTES

Apparu sur la scène médiatique en octobre à la faveur du synode sur l’Amazonie, ce «nouveau» péché pourrait faire son entrée dans le Catéchisme de l’Eglise catholique. C’est du moins le souhait du pape François. «Nouveau» entre guillemets, car il est en fait lié à des péchés bien connus comme la cupidité ou l’idolâtrie de l’argent. Et parce qu’il peut avoir des conséquences très concrètes sur les êtres humains: faim, migrations forcées, maladies liées à l’environnement, catastrophes naturelles, anéantissement des cultures des peuples autochtones.

Et saccager la création, c’est offenser le créateur. Mais ce nouveau venu parmi les péchés pose question: si «Tu ne tueras point» peut s’appliquer aux forêts rasées et aux espèces animales disparues, comme le relevait un évêque brésilien lors du synode, pourquoi ce commandement s’appliquerait- il à l’espèce et non à l’individu? Autrement dit, peut-on encore couper un arbre ou manger un poulet? Et le véganisme ne nous est d’aucun secours: on peut toujours voir un génocide de carottes dans le saladier.

Et puis, si le critère retenu est la pollution engendrée, reste à savoir à partir de quand on pèche. En achetant une canette de Coca? En prenant l’avion? Mais y aura-t-il une différence entre s’envoler pour aller voir sa vieille maman et siroter un mojito aux Bahamas? Acheter un fruit qui a traversé l’océan? «J’ai péché en pensée, en parole, par action, par omission et en commissions», confesserat-on peut-être un jour. Ce n’est pas le chômage qui menace les théologiens du Vatican!

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