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Ces chercheurs bibendums qui étudient les virus

Des chercheurs manipulent des pipettes sous une hotte aspirante à flux laminaire pour étudier des virus pathogènes de classe 4. Des chercheurs manipulent des pipettes sous une hotte aspirante à flux laminaire pour étudier des virus pathogènes de classe 4. François Guénet

C’est dans des laboratoires sécurisés, appelés P4, que des milliers de chercheurs vêtus de scaphandres étudient les virus et micro-organismes extrêmement pathogènes dont le célèbre Covid-19. Visite à Lyon, au laboratoire Jean Mérieux.

C’est un monde où chaque geste est dicté par un manuel de procédures plus épais que celui des pilotes de ligne. La création des laboratoires P4 – pour «pathogène de classe 4» – est la conséquence d’un accident de laboratoire à l’usine Behring de Marburg, en Allemagne, en 1967. Elle produisait des vaccins à partir de cellules rénales prélevées sur des singes verts d’Afrique. Des chercheurs ont été contaminés par ce qui s’est appelé par la suite «le virus Marburg », provoquant une fièvre hémorragique apparentée à celle provoquée par le virus Ebola. Il fit 7 morts sur 31 personnes contaminées.

30 MINUTES POUR S’HABILLER

Cet agent pathogène fut circonscrit avant de se propager, mais la peur qu’il provoqua poussa la communauté scientifique à renforcer au maximum la sécurité des laboratoires selon des normes internationales définies par le sigle NSB4 (niveau de sécurité biologique 4). Sont concernés tous les lieux d’étude des micro-organismes extrêmement pathogènes caractérisés par leur haute dangerosité qui n’ont ni vaccin protecteur ni traitement médical efficace et avec une transmission possible par aérosol.

Sur les 45 laboratoires P4 que compte le monde, quatre sont situés en Suisse, trois en France, six aux Etats-Unis et deux en Chine dont un à Wuhan. Ces laboratoires sont conçus comme des boîtes hermétiques dans des boîtes hermétiquement séparées par des sas de décontamination et des portes étanches. Les établissements P4 assurent une protection optimale aux chercheurs qui y travaillent. Ils enfilent leurs équipements selon un protocole strict composé d’étapes se déroulant dans des pièces dédiées. Le processus dure une demi-heure.

Les chercheurs commencent par se dévêtir dans un vestiaire pour prendre une douche avant d’aller enfiler, dans une autre pièce, des sous-vêtements intégraux jetables. Ils se dirigent ensuite vers le sas des scaphandres. Gonflables, fabriqués surmesure, ils les protègent de tout danger biologique. Conçus à l’origine pour la protection nucléaire, ils sont équipés de tuyaux torsadés jaunes appelés «narguilés» qui les alimentent de façon permanente en air respirable et maintiennent l’intérieur du scaphandre en surpression. De cette manière, en cas de déchirure accidentelle de la combinaison, l’air sortira du scaphandre plutôt que d’y entrer, évitant toute contamination.

Ainsi, l’air que respirent les chercheurs est totalement indépendant de l’atmosphère du laboratoire. Pour se déplacer à l’intérieur de la pièce, ils se débranchent d’une arrivée d’air pour se reconnecter à une autre. Tous les scaphandres sont équipés d’un casque émetteur récepteur permettant à la personne qui le porte de communiquer avec d’autres chercheurs présents et d’être en liaison constante avec le poste central de sécurité.De plus, des caméras surveillent en permanence l’activité du laboratoire où le chercheur ne pénètre jamais seul. «La règle, en général, est d’entrer et de sortir par deux», précise Hervé Raoul qui dirige l’installation P4 Jean Mérieux de Lyon depuis 2004.

Lorsqu’elle entre et sort du laboratoire, chaque personne habilitée passe dans un sas douche vêtue de son scaphandre. Septante litres d’une solution biocide à base de Phénol sont alors pulvérisés pour décontaminer le scaphandre, mais aussi les parois du sas et jusqu’à l’air ambiant. Le mélange liquide est ensuite récupéré pour subir un processus de décontamination chimique et de stérilisation à la vapeur.Cette opération dure plusieurs heures, ce qui limite le nombre de passages quotidiens.

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A longueur de journée, les bibendums scientifiques inoculent les virus à des tissus vivants in vivo ou in vitro. Ils étudient la durée d’incubation, la capacité de mutation, les voies de signalisation cellulaire sur lesquelles le virus agit ou testent l’efficacité d’un traitement ou d’un vaccin. «Tout est plus lent dans un P4», explique Banka Horvath, chercheur. «Il faut être le plus minutieux et surtout le plus calme possible. Jamais je ne laisserais postuler au P4 un collaborateur susceptible de paniquer.»

Pour sortir, par exemple, les hamsters de leurs cages, la procédure est stricte: «Prenez la boîte de la main non directrice, puis ouvrez-la de la main directrice. Gardez la main non directrice sur la boîte tandis que vous saisissez l’animal». Les règles de sécurité sont sans concession. En dehors de ceux qui y travaillent, rien ne ressort vivant de la zone d’expérimentation. Les restes d’une expérience subissent un traitement de choc chimique, puis thermique, et finissent incinérés.

Alain Ménargues

 

Pour un vaccin solidaire contre le Covid-19

Il faut trouver un mode de financement innovant et solidaire pour accélérer la recherche d’un vaccin contre le Covid-19, réclament dans un appel lancé le 4 mai plus de cent vingt personnalités scientifiques internationales. Les universitaires Catherine Belzung, Antonine Nicoglou et Luigino Bruni ainsi que le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus sont à l’origine de cette initiative.

«De nombreux laboratoires de recherche commerciaux qui se consacrent à la recherche [d’un vaccin] s’attendent à un retour sur investissement élevé. Il faut trouver une façon qui permette un retour sur investissement juste en échange de sa mise dans le domaine public. La chose la plus importante est de mettre le résultat dans le domaine public», expliquent les signataires. Et de proposer que les gouvernements, des fondations, des philanthropes et des organisations internationales comme l’OMS, avec des soutiens privés et publics, en fournissent le financement.

«C’est le bon moment pour mettre en place une norme mondiale où nous ne serions pas aveuglés par l’argent, oubliant la vie de milliards de gens», conclut l’appel.

AuP

 

 

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