«J’ai de plus en plus de plaisir à tenir ce rôle»

Philippe Revaz a succédé à Darius Rochebin au TJ soir l’été dernier. Philippe Revaz a succédé à Darius Rochebin au TJ soir l’été dernier.

En août dernier, Philippe Revaz succédait à Darius Rochebin comme présentateur du TJ. Le scepticisme était de mise, mais le Valaisan de 45 ans a parfaitement relevé le défi. Il raconte comment il vit cette période particulière.

Fin août dernier, la télévision romande vivait un électrochoc: le Valaisan Philippe Revaz (45 ans), excorrespondant à Washington, succédait à la présentation du TJ soir – le poste le plus exposé, le plus convoité du petit écran – à Darius Rochebin, en poste depuis 21 ans, véritable institution, déplacé au seul week-end. Sacrilège aux yeux des nombreux fans de Darius, qui avaient clamé leur incompréhension.

Huit mois plus tard, cette polémique appartient au passé tant Philippe Revaz s’est montré à la hauteur. Il en sourit. «Oui, je crois que tout ça s’est estompé. Avec Darius, nous avons des styles différents, mais nous sommes complémentaires.»

A ses débuts, le Valaisan déclarait qu’il était «plus facile de présenter un TJ quand il y avait une grosse actu». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec le coronavirus, il est servi. Les audiences du TJ soir pulvérisent les records. En moyenne il est regardé, durant cette crise, par plus de 600’000 Romands, le double du chiffre habituel. La part de marché dépasse 70%. Du jamais-vu.

PRESSION SUPPLÉMENTAIRE

«On pensait qu’au fil des jours les chiffres se tasseraient, mais non, relève le journaliste. Les gens sont avides de savoir où ils vont. On a l’impression que ce qu’on fait est plus important que d’habitude, ce qui nous met sous pression, nous donne une responsabilité supplémentaire. La difficulté est d’apporter quelque chose chaque soir au risque de se répéter, d’être le porte-parole du gouvernement. »

Un gouvernement qui à ses yeux joue parfaitement le jeu dans de telles circonstances, Alain Berset en tête. «Le bilan politique, on le tirera à la fin, mais il faut reconnaître qu’ils sont très disponibles, qu’ils acceptent volontiers de s’asseoir à une table et de répondre en direct, ce qui n’est pas forcément le cas ailleurs. Et leur action, à voir la courbe qui s’aplatit, est plutôt une réussite au plan sanitaire. »

Philippe Revaz a su imposer sa patte. Des phrases courtes et percutantes pour lancer les sujets, saupoudrées parfois d’un peu d’humour: «Cet été, on ira plutôt à Evolène qu’aux Maldives », a-t-il lancé un soir pour aborder la crise du tourisme. Ses invités, il les interroge de manière très directe, sans chichis, avec pour finir une question décalée, plus personnelle, qui surprend et peut faire sourire. Comme pour dédramatiser un peu ce qui se passe. «C’est ma nature. Je ne vais pas jouer au procureur ou m’habiller en noir tous les soirs.» L’ambiance est déjà assez lourde dans les couloirs de la RTS: «Il y a peu de monde, beaucoup de bureaux sont vides. On a l’impression de travailler à Sarajevo en temps de guerre. On sent une certaine gravité».

ETRE REGARDÉ

En acceptant de reprendre le flambeau du 19:30, Philippe Revaz prenait un risque. Aujourd’hui il ne le regrette pas: «J’ai de plus en plus de plaisir à tenir ce rôle-là. Je me rends compte à quel point le 19:30 est un outil extraordinaire. On traite de sujets cruciaux qui concernent tous les Suisses et c’est un privilège de le présenter. En plus, je peux m’appuyer sur une vraie dream team».

Quels échos reçoit-il du public? «Les gens sont sympas avec moi. Dans la rue ils me félicitent, mais de manière discrète, à la suisse, même si cela n’a pas valeur de sondage.» Chez certains, ce rôle très exposé peut donner le vertige, et les exemples ne manquent pas. En France, PPDA avait très mal pris sa mise à l’écart après un règne qu’il croyait éternel. «Un Narcisse sans miroir», avait écrit Le Monde. «Qu’on devienne addict à force d’être regardé tous les soirs par autant de monde, que cela rende fou, je peux le comprendre, mais je l’ai dit et je le répète, je ne ferai pas ça pendant vingt ans», assure le Valaisan.

Rédacteur en chef de l’actu à la RTS, Bernard Rappaz se dit très satisfait d’avoir misé sur Philippe Revaz. «Bien sûr, il aurait été plus simple et plus confortable de continuer comme avant, et c’était pour moi aussi un sacré pari. Aujourd’hui, j’avoue que je ne cache pas mon plaisir. Maîtrisant parfaitement le direct, grand connaisseur de la politique suisse et internationale, Philippe a remis l’actu au centre du TJ soir. Et le service public n’a jamais eu autant de sens qu’en ce moment.»

Durant les cinq années qu’il a passées aux Etats-Unis, Philippe Revaz a multiplié les reportages au coeur de l’Amérique profonde. «Il y a deux Amériques: celle du top de la technologie et l’autre, celle de ces petits coins perdus où les gens sont pauvres et un peu incultes. Ils vous accueillent avec un pistolet dans la poche mais beaucoup de sympathie, surtout à tenir ce rôle» quand ils apprennent que vous êtes un petit Suisse qui débarque.» Trump sera-t-il réélu? «Il devait sa cote au boom de l’économie. Or cette crise, outre ses milliers demorts, l’a foutue en l’air. Trump s’est pris une météorite sur la tête. Sa chance, c’est que Joe Biden n’offre pas toutes les garanties. »

FAMILLE NOMBREUSE

Philippe Revaz, dont le papa était buraliste postal à Vernayaz, entre Saint- Maurice et Martigny, a passé une enfance «extraordinaire» dans une famille nombreuse, huitième de neuf enfants. «Il y a eu d’abord sept filles, puis moi et mon petit frère. On riait beaucoup, on faisait plein de crasses. » Frédéric, son petit frère, est porte-parole des CFF. Noëlle, une de ses soeurs, figure parmi les écrivains les plus reconnus de Suisse romande.

En revenant en Suisse, Philippe Revaz, père de deux enfants de 9 et 3 ans, a retrouvé ses chères montagnes valaisannes. «En Amérique, on se perd dans les immenses régions montagneuses peuplées d’ours et de loups. En comparaison, les montagnes valaisannes jouissent d’une extraordinaire richesse culturelle. On y trouve toujours un petit bistrot loin de tout. J’ai un faible pour le Val d’Hérens et la Vallée du Trient.»

Et comme tout Valaisan qui se respecte, il supporte ardemment le FC Sion. «De ses treize victoires en Coupe de Suisse, j’ai dû en voir une bonne moitié sur place.». Il n’était en revanche pas présent lors de la seule défaite valaisanne en finale, contre Bâle en 2017. «Ce jour-là, c’était Alésia pour tout le Valais. Par bonheur, je n’y étais pas», conclut-il le sourire en coin, sa signature.

Bertrand Monnard

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