Ultime signal

Le Covid-19 serait-il le dernier signal que nous donne la Terre pour que nous changions radicalement notre manière de produire, de consommer, de vivre? Comme le souligne pertinemment un collectif de sept chercheurs, dont le professeur Dominique Bourg, dans un manifeste de «propositions pour un retour sur Terre» publié dans La pensée écologique, le coronavirus nous a sévèrement rappelés à notre vulnérabilité. Il nous ramène toutes et tous à notre condition humaine biologique. Il appartient à la famille des zoonoses, ces maladies et infections dont les agents se transmettent des animaux vertébrés à l’être humain et vice versa.

«En détruisant la biodiversité sauvage comme la diversité génétique des espèces domestiques, nous déstabilisons les équilibres entre populations et facilitons la circulation des agents pathogènes.» Avant cette pandémie, les canicules et inondations à répétition, les gigantesques incendies de forêt, la fonte des glaciers n’étaient que des mauvais moments à passer ou, si nous n’étions pas directement visés, des images certes terribles, mais venant d’ailleurs et concernant les autres. Mais cette fois, plus moyen d’y échapper: nous sommes personnellement et collectivement atteints dans notre chair. Dès lors, relancer l’économie comme avant, avec ses métastases d’automobiles et d’avions, ses poisons d’agriculture bourrée de pesticides ou ses maladies mentales et physiques du type 5G (toujours plus vite, toujours plus contrôlé), c’est un crime d’écocide. Donc un crime contre l’humanité puisqu’il est désormais patent que dans un environnement surchauffé et partiellement détruit, l’humanité risque tout simplement de disparaître.

Produire moins de biens et mieux pour que nos économies s’insèrent dans le cadre des limites planétaires et deviennent régénératives plutôt que destructives, resserrer les écarts de revenus, protéger les biens publics et les biens communs, redonner du sens au service du public: ce sont les grands axes que le collectif de chercheurs susmentionné développe dans son manifeste. Une voix parmi bien d’autres allant dans le même sens.

Certes, l’effondrement du prix du pétrole, qui nous accroche à l’ancien monde, et la peur d’être infecté dans les transports en commun, qui encourage l’usage effréné du véhicule privé, ne vont pas faciliter une transition écologique et solidaire. Pourtant, choisir celle-ci sans délai nous éviterait sans doute de subir une dictature verte rendue indispensable pour notre propre survie.

Philippe Le Bé

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Un été suisse

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