Demander de l’aide

Basse naissance: c’est le livre que j’ai lu ce weekend, dans lequel l’écrivaine britannique Kerry Hudson raconte sa vie d’enfant pauvre et la honte qui l’accompagne dans des villes d’Ecosse et d’Angleterre.

Au début de son récit, elle livre un résumé sordide de ses 18 premières années: 1 mère célibataire, 2 séjours en famille d’accueil, 9 écoles primaires, 1 enquête de la protection de l’enfance pour abus sexuel, 5 collèges, 2 agressions sexuelles, 1 viol, 2 avortements,...

Son livre est une réflexion sur son enfance, sur ce qu’implique la pauvreté et sur l’incapacité des gens qui ne l’ont pas vécue à comprendre ce qu’elle signifie. Blessée par un énième commentaire minimisant ce qu’elle a traversé, Kerry Hudson écrit: «Cela me faisait penser à toutes les fois où des gens n’ayant aucune expérience de la pauvreté, des cités ou des milieux défavorisés réduisent par inadvertance les dégâts qu’ils entraînent. Tandis que défilait la campagne attrayante, verts luxuriants et violets sombres, je compris, peut-être pour la première fois, pourquoi les gens parlent ainsi – parce que, au fond d’eux-mêmes, ils savent que le système est injuste, mais l’admettre signifierait accepter d’y avoir contribué et d’en avoir profité. Cela voudrait dire qu’ils ont bénéficié d’un avantage, même petit, dans leur vie».

Cela m’a fait penser au désormais célèbre «oreiller de paresse» ou «oreiller de repos» de Guy Parmelin; à la tendance à culpabiliser ceux qui demandent de l’aide même quand on sait qu’ils ne sont pas responsables de leur situation. Je me suis souvenue d’une autre anecdote: cet ami qui, alors qu’il demandait des informations sur les subsides pour l’assurance maladie, s’est vu répondre au guichet «Vous ne croyez pas qu’il y a des gens qui en ont plus besoin que vous?» avant d’avoir donné la moindre information sur sa situation. Ou encore des récits de tous ceux qui se sont inscrits au chômage et auxquels on a fait sous-entendre plus ou moins gentiment qu’ils étaient des paresseux ou des profiteurs. D’où vient ce réflexe? Est-il lié à «l’esprit du capitalisme» qui érige le travail au rang de valeur suprême, comme l’analysait le sociologue Max Weber? A notre incapacité à nous mettre à la place de l’autre? Ou, comme le suggère Kerry Hudson, au nécessaire déni de l’injustice présente dans notre société?

Il est pourtant possible d’accorder de l’aide sans culpabiliser la personne qui en fait la requête, ai-je pu constater au Canada. Là, les fonctionnaires en charge des allocations sociales adoptent un ton enjoué, respectueux, professionnel et se mettent au service d’autrui quelle que soit son apparence ou sa situation. Ce sont ensuite les informations transmises qui déterminent, sans jugement moral, si le requérant peut recevoir un soutien financier ou pas.

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