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Le temps d'espérer

Nous entrons donc dans la première phase du déconfinement. Les magasins de jardinage ont rouvert. On peut à nouveau se faire couper les cheveux. Ou aller chez le dentiste. Il n’est pas certain que les Suisses soient devenus impatients de faire soigner leurs caries. Mais enfin, c’est un changement notable par rapport aux six dernières semaines. Qui s’en plaindra?

Les semaines écoulées ont été très étranges, anxiogènes, folles; chacun en conviendra selon son expérience du (semi)-confinement. Ce mois et demi a aussi été rythmé par deux grands messages contradictoires. Ils ont innervé les émissions sur le coronavirus, soit toute l’information et les débats, pour autant qu’il y en ait eu. Ils ont occupé les penseurs de plateau invités à éclairer nos ténèbres. Ils ont probablement rassuré. Ils ont peut-être aussi laissé songeur.

D’une part, a-t-on entendu, cette pandémie est l’occasion de poser les plaques, de s’oxygéner, de se recentrer sur sa vie intérieure; de prendre le temps de respirer, en somme. D’autre part, il faut impérativement continuer à s’occuper, rester actif sous peine de nécrose mentale et physique; autrement dit, perpétuer la dynamique effrénée qui caractérisait nos sociétés de l’avant-Covid-19.

Que cache cette double injonction? Un paradoxe de plus qui en dit long sur notre humanité? Probablement. Et certainement un rapport maladif au temps. «Le temps c’est de l’argent», dit un proverbe sans qu’on ne soit plus scandalisé par l’énormité qu’il induit. L’argent roi de la mondialisation malheureuse qui a imposé la norme des flux tendus, du hors-sol et de l’excès au détriment de la prévoyance et de la tempérance. Le dollar du techno libéralisme qui, du point de vue de Wall Street et de la Silicon Valley, rêve de la société du 24 heures sur 24 7 jours sur 7. Le capitalisme ultra est décidément sans limites. Et sans vergogne.

Seulement voilà, l’être humain ne peut vivre sans repos. Il lui faut dormir sous peine d’épuisement. Il a besoin de réserves charnelles et spirituelles, pas de vent virtuel. Il faut lui laisser du temps – cet espace de liberté dénué de prix. Avant le surgissement inattendu de ce virus, le temps était déjà un enjeu de la civilisation planétaire. Il le reste durant la phase de confinement. Il le sera encore plus dans «l’après».

Ce sera alors le moment de poser les bonnes questions et de ne pas se répandre en boniments new age. Le temps est un mystère insondable. Il doit rester insaisissable aux prédateurs de toutes sortes. Il est invisible malgré les rides qu’il creuse dans nos visages. Il est omniscient. Comme Dieu. Accepter ses délices qui s’écoulent inexorablement, c’est révérer ses voies impénétrables. Il y a là un verrou d’avenir et d’espérance. Le christianisme en détient les clefs.

Thibaut Kaeser

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