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Bouddha en confinement

La fleur du cerisier symbolise l’impermanence dans le bouddhisme. La fleur du cerisier symbolise l’impermanence dans le bouddhisme. Keystone

«Lorsque tout s’effondre autour de soi, il n’y a qu’un seul endroit où se réfugier: à l’intérieur», dit le maître indien Yogananda.

Pour affronter le chaos et surfer sur l’inconnu, le bouddhisme peut être utile. Dans l’existence, tout est impermanent et temporaire, nous dit Bouddha. Nous sommes ainsi faits que notre mental cherche sans cesse des zones de sécurité et que celles-ci, régulièrement, s’effondrent. Inévitablement, alors que tout semble stable et sous contrôle, survient un événement qui menace notre équilibre. Un virus potentiellement mortel qui force quatre milliards d’individus au confinement, par exemple.

Bouddha nous répondrait: c’est la vie de vivre dans l’inconfort! L’existence est pleine d’inconvénients! C’est ennuyeux de chambouler notre organisation, de remplacer les profs à la maison, de donner un coup d’arrêt à nos projets, ou pire... de se retrouver totalement isolé. Que faire quand nous n’avons aucune idée de ce qu’il faut faire?

S’observer et renoncer

Nous sommes ici pour nous connaître, nous répond Bouddha avec philosophie. C’est dans ces moments-là que les choses deviennent intéressantes. Il convient donc de s’observer. Observer l’état d’esprit dans lequel nous sommes, notre situation domestique, le travail que nous avons, les gens qui nous entourent et comment nous réagissons à tout ceci.

En effet, en général, lorsqu’un problème surgit, constate Bouddha, nous lui résistons. Cette résistance amène de la souffrance. Les choses ne vont pas dans le sens que nous voulons et nous nous durcissons. A ce moment-là précisément, une seule chose à faire: renoncer.

Notre vraie nature n’est pas un idéal vers lequel nous devons tendre, mais qui nous sommes ici et maintenant, nous rappelle Bouddha. Nous pouvons nous regarder dans la glace et nous laisser toucher par ce que nous voyons sans nous préoccuper de ce que nous devrions voir. Nous avons reçu le cadeau précieux de la vie, nous en sommes dignes, notre esprit est sain et nous désirons fondamentalement la paix et l’harmonie. Même si notre vie est imparfaite, nous pouvons l’apprécier. Le respect envers ses émotions et l’amour inconditionnel pour soi-même sont au cœur même du bouddhisme.

N’êtes-vous pas curieux?

Il convient ensuite d’ouvrir notre monde. Lâcher nos convictions, notre attachement à ces choses que nous considérons comme indispensables, quelles qu’elles soient. Réaliser que protéger notre territoire est épuisant, nous rend misérables et que nous sommes prisonniers de nos inquiétudes, de nos peurs et de nos désirs. Lorsque tout s’écroule, nous sommes libres. «N’êtes-vous donc pas curieux de voir ce qui va se passer?», demande Bouddha.

Amusé, il nous ferait remarquer que nous pouvons devenir si centrés sur nous-mêmes que nous en devenons aveugles à la beauté de l’existence. La vie est un miracle et lorsque tout est incertain et inconnu, tout devient plus vivant, plus intense aussi. Nous pouvons remarquer les petites manies des gens que nous aimons et apprécier ce que nous avons. Il n’y a pas de meilleur moment que celui-ci, constate Bouddha. Vivre l’instant présent, c’est faire du mondain et de l’ordinaire une célébration de la vie et de la dignité humaine.

L’instant présent est la seule réalité, nous fait remarquer Bouddha: le passé est un souvenir et le futur une projection de l’esprit. La peur, nous rappelle-t-il, est le plus souvent un produit de notre imagination. Elle appartient à l’avenir, aux projections d’experts, à nos attentes. L’antidote? Faire ce qu’il y a à faire ici et maintenant et développer «un cœur courageux» à l’image du personnel soignant et des autres héros du quotidien qui, jour après jour, retournent au front malgré leurs appréhensions.

Cesser de s’agiter et développer un cœur courageux, c’est aussi choisir soigneusement les énergies dont nous nous entourons. «Garde le jardin de ton âme! Que seules les plus belles fleurs y fleurissent. Arrache sans pitié les mauvaises herbes de la rancœur, de la colère et du pessimisme», disait le maître indien Yogananda.

Tout s’écroule

Le moment où tout s’écroule est aussi un moment d’opportunité. L’impermanence signifie que nous ne serons jamais bloqués dans une situation: il y a toujours la place pour se réinventer. L’épreuve du confinement, en nous forçant à affronter nos peurs et nos difficultés, nous offrira une nouvelle vision du monde.

Nous ne sommes pas les victimes de notre vie, nous rappelle Bouddha d’un ton sérieux. Notre réalité est le résultat de tous les choix que nous avons faits jusqu’ici. L’avenir sera le fruit des décisions d’aujourd’hui. Savoir ce que nous voulons est important, mais savoir pourquoi est essentiel. Quelle personne souhaitons-nous être, quel monde souhaitons-nous créer? L’avenir est entre nos mains, conclut Bouddha.

Virginie Claret

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