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Quand la Patrouille n'a pas lieu

Descente vers Arolla. Descente vers Arolla. Laurent Grabet

Les 4’800 participants à la 22e Patrouille des Glaciers devaient s’élancer vers Verbier du 27 avril au 3 mai. Le Covid-19 en a décidé autrement et ils devront patienter jusqu’à 2022! En attendant, notre journaliste, qui s’était frotté à la précédente édition (et s’y était piqué), raconte cette course légendaire de l’intérieur.

Pour que la Patrouille des Glaciers (PDG) s’apparente à une promenade de santé, il faudrait avoir idéalement 100’000 mètres de dénivelé positif dans les «cannes». Début 2018, quatre mois avant la course, l’ancien champion du monde de ski-alpinisme, le Bagnard Florent Troillet, nous avait prévenus. Mais, entre nos obligations professionnelles et familiales, mes coéquipiers et moi ne pouvions nous permettre ce «luxe» chronophage. Nous nous sommes donc présentés sur la ligne de départ avec un quart de cet astronomique dénivelé, mais aussi avec un «super Trophée du Muveran», autre course légendaire, qui nous poussait à l’optimisme. Nos «beaux restes» de fringants quadras adeptes des sports d’endurance et une bonne dose de volonté feraient le reste, nous en étions certains. Ce ne fut malheureusement pas le cas!

Après une nuit blanche dans tous les sens du terme et plus de 7 heures d’effort s’apparentant à une interminable «bavante», nous étions stoppés par les contrôleurs de l’armée à mi-parcours, à Arolla. Dans leur bouche, un inflexible «Vous êtes hors délai!» contrecarrait nos velléités de continuer malgré tout tête baissée. Le jour qui se levait sur les glaciers nous avait pourtant fait l’effet d’une grosse piqûre d’EPO dans la fesse. Mais, pour huit petites minutes, nous devions nous arrêter là et rallier Verbier dans un fort peu glorieux bus-balai dont nous aurions aimé continuer à ignorer l’existence.

Notre litanie de «si»

Là et las: une cinquantaine d’autres, tous impitoyablement dépouillés de leurs puces chronométriques par des cerbères vert-de-gris. Ils avaient présumé de leurs forces ou, comme nous, été incapables de tenir les barrières horaires. Le visage fermé et épuisé de mon voisin de banquette témoignait de sa déception. «On s’entraînait pour la PDG depuis un an. Je ne sais pas si on reviendra en 2020. Il faut d’abord que je digère cette course», confessait ce quadra chamoniard. Même frustration de notre côté. D’autant qu’avec le lever du jour, la beauté de la montagne se révélait à nous et que nous aurions enfin pu en profiter plutôt que d’enchaîner les pas dans une semi-obscurité en mode automatique avec un plaisir très relatif.

Si c’était à refaire, nous nous serions entraînés un peu plus, mais surtout beaucoup mieux. Si c’était à refaire, nous aurions surestimé notre chrono au moment de l’inscription afin de partir dans un groupe bénéficiant de délais plus larges. Si c’était à refaire, je ne prendrais pas une lampe frontale flambant neuve qui me lâche en pleine nuit. Si c’était à refaire, nous serions partis un peu moins vite de Zermatt, ce qui nous aurait évité un dispensable coup de mou avant Tête Blanche. Si c’était à refaire, nous aurions chaussé nos couteaux et emprunté la file raide et glissante réservée aux concurrents rapides dans l’ascension du glacier du Stöckji, ce qui nous aurait fait gagner 20 minutes. Si c’était à refaire, nous aurions pris le temps de davantage skier encordés avant la course, ce qui nous aurait évité les chutes à répétition dans la longue descente glaciaire menant au col de Bertol. Si c’était à refaire, enfin, nous aurions aussi fait l’impasse sur les pauses photographiques...

Magistrale leçon d’humilité

Mais «avec des si, on mettrait Paris en bouteille», dit-on, et la PDG à son palmarès! L’édition 2022 partira probablement sans nous, mais notre expérience de la précédente reste un bon souvenir. Paradoxalement, plus que notre demi-course et notre demi-échec, c’est surtout le chemin y menant qui fut jouissif. Il fut jalonné de quelques magnifiques sorties en montagne dont la PDG fut le prétexte idéal. Alors, au final, si la gloriole s’est refusée à nos ego, ce n’est pas bien grave, d’autant qu’en retour nous avons reçu un cadeau bien plus utile: une magistrale leçon d’humilité, de celles que seule Dame Nature peut vous administrer telle une mère aimante mais ferme.

Laurent Grabet

La course en chiffres

La 22e Patrouille des glaciers ne se déroulera finalement pas en 2020, mais du 25 avril au 1er mai 2022 entre Zermatt et Verbier ou entre Arolla et Verbier. «A l’instar du marathon de New York ou de l’Etape du Tour en cyclisme, elle reste la course de ski-alpinisme numéro 1 au monde tant par sa longueur, son dénivelé et le nombre de participants que celui des spectateurs», souligne le colonel Daniel Jolliet, nouveau commandant de la PDG. Le grand parcours représentera 57,5 km, D+4386 m de dénivelé positif (montée), D-4519 m de dénivelé négatif (descente) et le «petit» 29,6 km, D+2200 m, D-2328 m. Le point culminant de la course sera Tête Blanche (3421 m). Pas moins de 1600 patrouilles de 3 athlètes devaient se présenter cette année. Le tirage au sort avait laissé 900 malheureux coureurs sur le carreau. Les records établis en 2018 sont de 5h35 chez les hommes, de 7h15 chez les dames.

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