Mobilité: A qui la priorité? Spécial

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  • Les grandes villes romandes n’ont pas toutes la même politique en matière de feux de circulation. Les grandes villes romandes n’ont pas toutes la même politique en matière de feux de circulation.

    Les piétons des villes romandes jugent parfois exagéré le temps passé à attendre aux feux. Les phases des feux font ainsi l’objet d’ardents débats. Lausanne et Fribourg vont de l’avant, tandis que Genève peine à sortir du tout-voiture.

    En 2017, la Tribune de Genève s’était livrée à un exercice inédit: mesurer les attentes des piétons devant les feux de signalisation à plusieurs carrefours stratégiques de Genève. Bilan? Les piétons patientaient parfois trois fois plus longtemps que les véhicules. Sur un passage reliant la gare de Cornavin au quartier des Pâquis, la phase verte durait seize secondes contre une minute et demie pour le rouge. Questionné à ce sujet, l’Etat avait avoué que le réglage des phases remontait à dix, voire à vingt ans. En 2022 cette phase, à Cornavin, n’a toujours pas changé.

    Depuis, le canton a lancé la mise en œuvre de la loi pour une mobilité cohérente et équilibrée (LMCE). Son principe est de favoriser les transports publics et la mobilité douce dans des zones du centre en délestant le transit sur de grands axes dont le «U lacustre» qui enserre les rives droite et gauche de la rade avec quatre voies de circulation automobile. Pourquoi le temps d’attente devant Cornavin n’a-t-il pas été modifié? «Avec la forte charge du trafic individuel motorisé qui traverse certaines places, il est impossible d’augmenter les priorités piétonnes sans limiter la vitesse commerciale des transports publics», explique Roland Godel, porte-parole du département des infrastructures (DI).

    Un «U lacustre» qui fait débat

    Les zones prioritaires pour les transports publics et la mobilité douce sont perturbées par le trafic individuel motorisé «malgré les actions concrètes visant à favoriser le report modal», selon le DI. Genève, qui a procédé à un investissement de 14 millions de francs pour la mise en service d’une centrale de régulation du trafic, avance tout de même quelques améliorations. Le DI cite notamment un passage situé près de la nouvelle gare des Eaux-Vives où l’attente des piétons ne dépasse pas 35 secondes.

    L’Office fédéral des routes recommande, lui, un temps d’attente maximal de 40 secondes. Mais le système en place ne convainc pas les défenseurs de la mobilité douce. «Les feux intelligents le sont surtout pour les voitures», tonne le député socialiste Sylvain Thévoz, qui a demandé au gouvernement de réduire les temps d’attente pour traverser le «U lacustre». «Quel est le plan prévu afin que les alentours de la plage des Eaux-Vives ne soient pas un enfer automobile?», a-t-il demandé. Or la LMCE prévoit que cet axe favorise la fluidité du trafic automobile. Cela dit, la traversée de cette petite autoroute urbaine est gérée par des logiciels. Ainsi, par faible trafic, l’attente – après avoir demandé le feu – peut ne durer que dix secondes.

    «La durée des feux et le fait même qu’ils existent montre bien la domination forte de l’automobile et la construction de l’espace urbain autour de celle-ci», estime de son côté Matthieu Jotterand, vice-président de l’ATE Genève.

    Priorité aux bus ou aux piétons

    A Fribourg, ville qui compte 11 carrefours à feux (contre plus de 400 à Genève), les temps de traversée de plusieurs carrefours ont été augmentés, indique Daniel Chassot, adjoint de gestion au secteur mobilité. Ce spécialiste précise que les seules priorités mises en place dans les carrefours sont celles données aux bus urbains et régionaux. Ainsi, dans un carrefour saturé de mouvements, les piétons peuvent être amenés à attendre 100 secondes pour traverser la route.

    A Lausanne, 89 installations de signalisation lumineuse sont en place. La municipalité a procédé à des réglages en faveur de la mobilité douce suite à une expertise. «Nous avons amélioré le confort et la sécurité des piétons en augmentant le nombre d’installations qui prolongent la phase verte sur les traversées sensibles», indique Valentina Andreoli, adjointe au service de la mobilité. Le temps d’attente moyen des piétons est de 30 secondes et le temps d’attente maximal a été fixé à 80 secondes, phase qui s’applique uniquement en périphérie. «Il faut aussi améliorer la prise en compte des transports publics et des cyclistes. La régulation résulte d’un compromis visant à répondre aux exigences souvent antagonistes des usagers», explique-telle encore.

    La régulation résulte d’un compromis

    Neuchâtel compte 14 carrefours à feux, 35 carrefours giratoires et 7 feux servant uniquement à sécuriser une traversée piétonne. Dans cette ville, des feux avec poussoir réagissent rapidement en faveur des piétons. Dans d’autres, le feu passe au vert à intervalles réguliers sur la base de programmations déterminées en fonction de la fluidité piétonne et du trafic. «Il n’y a pas eu de changements récents», indique Emmanuel Gehrig, porte-parole de la ville.

    Ecoliers et voitures

    L’emprise de la voiture dans les villes et la place laissée aux piétons a aussi un coût humain. L’association actif-trafiC estime à ce sujet que «les banderoles appelant les automobilistes à ne pas mettre en danger les enfants sur le chemin de l’école sont le signe d’un échec, celui de ne pas avoir réussi à créer des rues sûres pour nos enfants». L’association évoque deux accidents survenus dans le quartier Pâquis Sécheron, à Genève, qui ont impliqué un automobiliste et un enfant sur le chemin de l’école. «Les feux sont mal régulés et les problèmes dans le secteur sont nombreux», juge Thibault Schneeberger. Le coordinateur romand cite un feu où les piétons peuvent attendre jusqu’à 2,46 minutes avec un temps de traversée de 14 secondes. Des parents d’élèves du quartier se sont mobilisés à cet endroit pour demander la création d’une zone de rencontre et la piétonnisation de deux tronçons routiers.

    Reste qu’avec des rues surchargées, les arbitrages sont presque insolubles. «Moins de temps vert pour les voitures entraîne des encombrements dans les carrefours et des voitures en travers des passages piétons. Cela prive les piétons de traversées en toute sécurité», résume Roland Godel. 

    Stéphane Herzog

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