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Il aime la pollution de l'air

Devant un supermarché dans la banlieue de Milan. Le virus semble se propager plus rapidement là où l’air est pollué. Devant un supermarché dans la banlieue de Milan. Le virus semble se propager plus rapidement là où l’air est pollué. Keystone

Dans le nord de l’Italie, les concentrations en particules fines ont ouvert un boulevard au Covid-19. C’est ce qu’affirment douze chercheurs des universités de Bologne, Bari, Milan et Trieste.

Que dit l’étude italienne?

La pollution pourrait expliquer, au moins en partie, la vitesse à laquelle s’est propagée l’épidémie de Covid-19 dans le nord de l’Italie. C’est ce qu’explique un article de 6 pages publié par la Société italienne de médecine environnementale et rédigé par douze chercheurs des universités de Bologne, Bari, Milan et Trieste. Les scientifiques ont croisé les chiffres de l’Agence pour la protection de l’environnement sur les concentrations en particules fines et ceux de la Protection civile sur les malades du Covid-19 entre le 10 et le 29 février (avec une mise à jour le 3 mars pour tenir compte de la période d’incubation du virus).

Les phases d’«impulsion» ou d’«accélération» sont «concomitantes à la présence de fortes concentrations de particules atmosphériques», écriventils, en particulier en Lombardie, région «caractérisée par trois périodes de dépassements des concentrations bien au-delà des limites».

Quel est le contexte?

L’air pollué contient une demi-douzaine de composants sous forme de particules solides, de gaz ou de gouttelettes (aérosols). Parmi les particules fines, on distingue les PM10 – d’un diamètre inférieur à 10 microns, soit six fois moins épaisses qu’un cheveu – et les PM2,5. Considérées comme le polluant atmosphérique le plus nocif pour la santé humaine par l’Agence européenne pour l’environnement, les PM, de l’anglais particulate matter, pénètrent dans les voies respiratoires et peuvent entraîner cancers, asthme, allergies et maladies respiratoires et cardio-vasculaires.

Selon l’étude, ces particules «constituent un vecteur efficace pour le transport, la propagation et la prolifération des infections virales». D’où l’expression d’«autoroutes» utilisée par l’un des auteurs, Gianluigi de Gennaro, dans la presse italienne. En Italie, estiment les chercheurs, l’effet semble avoir été double: «En plus d’être un vecteur de l’épidémie, les particules fines constituent un substrat qui permet au virus de rester dans l’air dans des conditions viables pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours»! La forte pollution atmosphérique expliquerait ainsi pourquoi l’épidémie a flambé dans la plaine du Pô, très polluée notamment en raison du manque de vent, plus que dans d’autres régions du pays.

Quels enseignements?

L’étude revient brièvement sur le cas de la grippe aviaire qui s’est propagée en 2010 «sur de longues distances à travers les tempêtes de poussière asiatiques» et rappelle que «le nombre de cas de rougeole dans 21 villes chinoises au cours de la période 2013-2014 a varié en fonction des concentrations de PM2,5».

Les mesures de distanciation sociale ne suffiraient donc pas, selon ces chercheurs. Qui concluent: «Comme dans les cas antérieurs de forte propagation d’infection virale rapportée à des niveaux élevés de contamination particulaire atmosphérique, il est suggéré de prendre en compte cette contribution en appelant à des mesures restrictives pour contenir la pollution».

Anne-Bénédicte Hoffner/La Croix

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