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Les futures mamans passent en "mode louve"

La sage-femme vaudoise Hélène Villars (à g.) lors d’un accouchement à domicile début mars. La sage-femme vaudoise Hélène Villars (à g.) lors d’un accouchement à domicile début mars. Robert Nicoud

Le coronavirus angoisse de nombreuses femmes enceintes. Les Romandes à qui nous avons parlé craignent pour leur santé, celle de leur bébé et les circonstances de leur accouchement.

Pour certaines, la naissance hors milieu hospitalier sera la parade.

Tandis que certains se laissent gagner par la peur de rejoindre les plus de 1500 morts du Covid-19 déjà enregistrés en Suisse, d’autres nourrissent une crainte plus paradoxale: celle de donner la vie. Audrey est du lot. Lors de notre échange, la Fribourgeoise de 36 ans s’apprêtait à accoucher de son troisième enfant à la maison de naissance Le Petit Prince de Givisiez (FR).

La sérénité avait péniblement repris sa place dans son esprit après deux semaines angoissantes. «On s’était cloîtrés à la maison dès le 16 mars. Il y avait alors beaucoup d’incertitudes et d’informations contradictoires et anxiogènes. On sent bien que les professionnels de la santé eux-mêmes n’ont pas les réponses ou que celles-ci sont susceptibles de changer du jour au lendemain, car la maladie reste encore mal connue des scientifiques...» La question centrale, pour Audrey, était de savoir si son mari allait pouvoir assister à l’accouchement. «La perspective de son absence était très effrayante pour moi!», explique-t-elle.

Papas (sains) bienvenus

Heureusement, pour l’instant, en Suisse, les futurs papas qui ne sont pas positifs au Covid-19 peuvent encore assister à l’heureux évènement. Ce n’est pas le cas dans certains pays voisins, ce qui a alimenté une certaine confusion sur ce thème. En Suisse, les pères doivent en revanche bien souvent quitter leur chérie et leur bébé rapidement après l’arrivée de ce dernier. Ainsi, au CHUV à Lausanne et dans plusieurs autres maternités romandes, le papa ne peut rester que deux heures après l’accouchement. Ensuite, aucune visite n’est plus possible. Cela a pour effet d’écourter la phase d’hospitalisation, qui dure en moyenne deux jours, contre trois ou quatre en temps normal.

Cette contrainte semble induire, dans bien des cas, un début de rétablissement plus serein pour la mère comme pour le bébé. «Coupée de surstimulations extérieures, la jeune maman peut intégrer ce qui vient de lui arriver et mieux se reposer loin des habituelles obligations sociales. Il y a moins de stress et les bébés pleurent moins», constate, amusée, une soignante.

Pour l’Office fédéral de la santé publique, les femmes enceintes ne sont pas une population à risque. «Ce constat est basé sur les patientes chinoises positives au Covid-19 qui n’ont ni transmis le virus à leur bébé ni subi plus d’accouchements prématurés que les autres, et dont toutes les évolutions se sont révélées favorables jusqu’ici. Les nourrissons semblent être très peu enclins à attraper le virus», insiste Yvan Vial, gynécologue, responsable de l’Unité d’échographie prénatale et gynécologique du CHUV. Cela peut sembler paradoxal, car on sait que le système immunitaire d’une femme enceinte est moins réactif aux agressions extérieures afin, notamment, que son corps ne rejette pas le bébé.

Nombre de femmes concernées se considèrent malgré tout comme plus à risque que les autres et sont souvent harcelées de craintes. Le fait que certaines consultations gynécologiques aient dû être repoussées ou réalisées à distance et que de très rares cabinets, à l’instar de l’un d’eux, à Yverdon, aient dû temporairement fermer, n’incite pas à l’optimisme.

Les accouchements hospitaliers sont désormais «pilotés» par du personnel dûment masqué et arborant blouses, lunettes et gants de protection. Ce genre d’accoutrement ne va pas dans le sens de la démédicalisation de l’accouchement, souhaitée par un nombre grandissant de femmes, mais les circonstances ne leur laissent pas le choix!

Parturientes isolées

«Au CHUV, il y a le moins de personnes possible dans la salle d’accouchement afin de réduire les contaminations potentielles, mais tout le reste se déroule comme d’habitude. Une zone de la maternité est réservée aux femmes positives au Covid-19. Cinq d’entre elles ont accouché chez nous et tout s’est passé normalement. Sauf pour l’une d’entre elles, dont nous avons dû provoquer l’accouchement prématurément», révèle le professeur Vial. L’allaitement reste encouragé même chez ces femmes, le virus n’étant pas transmis par le lait maternel – dont les vertus fortifiantes et protectrices ne sont plus à démontrer.

Pas d’inhumaine et longue séparation préventive d’une mère positive au Covid-19 et de son bébé donc, tel que pratiqué en Chine. «La Société suisse de gynécologie et d’obstétrique (SGGO) se positionne pour l’instant contre cette pratique, tout comme l’OMS», rappelle sa présidente, Irène Dingeldein. «Il est hors de question que qui que ce soit me sépare de mon bébé après sa naissance!», assène Laure. Bientôt maman pour la troisième fois, cette Vaudoise est passée en «mode louve protectrice», explique-t-elle. Les évènements sanitaires actuels la confortent dans sa décision d’accoucher à nouveau à domicile ou en maison de naissance, «deux lieux où mes choix profonds seront respectés plus sûrement que dans des hôpitaux bien souvent esclaves de protocoles enfermants». Cette option, devenue moins marginale ces dernières années, est en train de se faire connaître plus largement (lire ci-dessous).

Et l’anesthésie?

«Les craintes sont très courantes et bien compréhensibles chez la plupart des femmes enceintes», constate Irène Dingeldein, gynécologue à la Lindenhofgruppe et à l’Inselspital de Berne. Mon bébé risque-t-il d’être contaminé? Les anesthésistes vont-ils être si occupés que je devrai attendre pour bénéficier d’une éventuelle péridurale? Le gaz hilarant, très volatile, parfois utilisé pour gérer les douleurs, risque-t-il de propager plus facilement le virus? Mon projet de naissance sera-t-il respecté? Pourrai-je accoucher dans l’eau si j’en éprouve le besoin? Irène Dingeldein s’est montrée rassurante sur chacune de ces inquiétudes exprimées par nos interlocutrices à l’heure où nous l’avons interrogée.

Le fait que notre pays ne connaisse pas actuellement de pic de naissances est également un élément bienvenu, d’autant que les infectiologues estiment que le pic épidémique du coronavirus est derrière nous. Les futures mamans ont donc toutes les raisons de revenir doucement à la sérénité.

Laurent Grabet

Accoucher à la maison:  trois livres de référence

– Juliette et Cécile Collonge, intimes naissances. Choisir d’accoucher à la maison, Editions La Plage, 447 pages.

Cet ouvrage propose une quinzaine de témoignages détaillés et touchants. Les femmes interrogées ont souvent accouché en milieu hospitalier et en ont retiré une certaine insatisfaction au point de tenter l’expérience à domicile. Douze articles de fond signés par des sages-femmes ou des obstétriciens suivent dont un texte passionnant de Michel Odent, pionnier de la naissance physiologique.

– Ina May Gaskin, Le guide de la naissance naturelle. Retrouver le pouvoir de son corps, Editions Mama, 487 pages.

De beaux témoignages là aussi, prétextes à aborder toutes les considérations pratiques sans tabous et en profondeur photos et illustrations à l’appui. L’auteure, américaine, est «la sage-femme la plus célèbre du monde». «Son ouvrage repose sur les meilleures études scientifiques», selon un médecin de l’OMS cité en quatrième de couverture.

– Maïtie Trélaün, J’accouche bientôt. Que faire de la douleur?, Editions Le Souffle d’Or, 230 pages. Ce petit livre écrit par une sage-femme dissèque le sens et les manifestations de la douleur de l’enfantement et donne des pistes pour les vivre et les traverser au mieux.

LG

Boom des naissances à la maison

En temps normal, 4% des femmes accouchent hors milieu hospitalier en Suisse. Le Covid-19 encourage davantage de futures mamans à envisager, voire à tenter, l’accouchement à la maison, un endroit vécu comme plus sécurisant, ou en maison de naissance. «J’ai observé une nette augmentation des demandes ces trois dernières semaines, explique Charlotte Moënnat, sage-femme indépendante à Aubonne (VD). Les motivations principales de ces femmes sont de s’assurer de la présence du papa en tout temps, de vivre une naissance physiologique et de minimiser les occasions de contamination.»

Ce projet n’est envisageable que pour des grossesses à bas risque, soit la majorité. Il est donc déconseillé aux parturientes positives au Covid-19. Hélène Villars, sage-femme indépendante basée à Grandson (VD) et accouchant à domicile depuis 2009, constate elle aussi une légère hausse des demandes. Elle n’y répond pas favorablement chaque fois. «Une première naissance à la maison est un projet qui se pense des mois à l’avance et qui exige une bonne gestion mentale. Il peut difficilement s’improviser à la dernière minute, surtout si la motivation principale est la peur du virus!»

Depuis l’instauration de l’état de nécessité, la Vaudoise a accouché une femme à la maison: «Cela s’est très bien passé. Je la connaissais bien et elle avait déjà deux enfants nés à l’hôpital». Du côté des maisons de naissance, à l’instar de La Grange rouge à Grens (VD), on constate aussi une hausse significative des demandes.

LG

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