Vieux lion lettré

A Conthey, à un coup d’accélérateur de Sion (VS), vit Paul Morand. Abonné de longue date et lecteur attentif de l’Echo Magazine, l’ancien journaliste sportif évoque le passé, sa rencontre avec Fausto Coppi et... ses projets d’avenir, à 94 ans.

«La première chose que je lis, c’est la tribune des lecteurs. Mon cousin d’Epalinges, Jeannot Ducret, avec qui j’ai travaillé aux Télécoms, y publie régulièrement des lettres. Quand c’est le cas, je me précipite sur mon téléphone. On se lance alors dans des débats sur le célibat des prêtres, la pédophilie dans l’Eglise et d’autres sujets graves et passionnants»: assis dans sa chaise, sans laquelle il ne peut se déplacer depuis une dizaine d’années, Paul Morand raconte avec passion, de sa maison de Conthey, tout proche de Sion, le rapport très particulier – affectif – qu’il entretien avec l’Echo Magazine.

UNE REVUE TRÈS COMPLÈTE

«Grands reportages, chroniques littéraires, critiques cinématographiques, papiers de fond... L’Echo, sans vouloir vous passer la brosse à reluire, est une revue très complète, analyse le Valaisan au regard bleu et vif. Je l’ai découverte grâce à l’offre de trois mois proposée à l’époque du Père Longchamp (ndlr, le jésuite Albert Lonchamp, rédacteur en chef de 1985 à 2003). J’y ai souscrit une fois, deux fois... avant de m’abonner pour de bon. J’ai toujours apprécié la variété des opinions tout comme le fait que l’Echo, que je passe toujours à ma femme et à ma fille, n’a pas ce côté très conservateur qui caractérise une certaine presse catholique. »

Les médias, l’écriture, les piges, Paul Morand connaît. «J’ai pratiqué le journalisme sportif pendant 40 ans. Plusieurs quotidiens faisaient appel à mes services pour couvrir le Valais.» Parmi les souvenirs impérissables: un entretien exclusif avec la légende du cyclisme Fausto Coppi. «Un type extra, pas snob pour un sou, qui m’a présenté sa ‘Dame blanche’», l’amante napolitaine du champion dans les années 1950. Mais aussi des interviews des stars du football suisse, Jean-Paul Brigger et Georges Bregy. «Ah ça, il fallait se le farcir, Bregy, vingt à trente minutes à le cuisiner pour lui arracher deux mots!» Le regard de l’ancien chroniqueur se fait triste: «Acette époque, le FC Sion, c’était autre chose. L’équipe avait du punch, une âme! Aujourd’hui ils jouent, ils jouent, ils encaissent et ne marquent pas. C’est triste».

Hockey, ski, basket-ball, athlétisme... les comptes-rendus signés Paul Morand se comptent par milliers dans les archives de la presse romande. «Le côté humain du sport est fascinant», s’enthousiasme le reporter qui n’a pourtant jamais fait du journalisme son métier. «C’est un job très exposé, à tous points de vue. J’ai préféré garder ça comme activité annexe, pour le plaisir. Il fallait bien que j’occupe mon temps libre pour ne pas sortir du droit chemin (rires).»

«Un jour, j‘écrirai mes mémoires. D’ailleurs, la première page est là, ajoute Paul Morand en fixant de ses yeux bleus-verts une feuille de papier manuscrite. Mais je garde cela pour plus tard. Tant que je peux encore papillonner avec ma chaise, j’en profite! J’aurai assez de temps pour m’y mettre quand je serai vraiment immobilisé. »Au fait, MonsieurMorand, vous avez dit avoir 94 ans, c’est juste? «Oui, 95 en août.»Quand exactement? «Le 22, ah, vous aussi! Vous voyez, entre lions, ça va toujours bien (rires).»

Cédric Reichenbach

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