Ping-pong inhumain

Des hommes chassés comme du bétail. Il y a deux semaines, les images de gardes-frontières américains coursant du haut de leurs chevaux les exilés haïtiens à la frontière entre le Mexique et le Texas ont choqué. Et surpris les naïfs, qui pensaient que la politique migratoire des Etats-Unis allait soudainement s’humaniser avec Joe Biden.

Au même moment, d’autres migrants traqués par des policiers des frontières mouraient de froid et d’épuisement. Pas au Texas ou dans une contrée éloignée, mais à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, aux portes de l’Union européenne. Les rares clichés illustrant ce drame largement ignoré des médias sont moins spectaculaires que ceux des cavaliers texans. Ici, pas de cow-boys en uniforme comme on en voit au cinéma, mais des militaires cagoulés surveillant de pauvres hères, certains avec un masque sanitaire, et quelques femmes voilées. Tous attendent à l’orée d’un bois devant une route boueuse, l’air désespéré et fatigué, que les agents leur indiquent quelle sera la prochaine étape de leur voyage forcé.

Quatre personnes sont mortes de faim et de froid à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.Afghans, Irakiens, Yéménites, Iraniens, Syriens, mais également Congolais et Guinéens se présentent depuis cet été aux gardes-frontières polonais pour demander l’asile. Les passages vers l’Europe se sont fermés partout ailleurs et voilà qu’on les refoule encore. Il y a deux semaines, au moins quatre personnes, dont une Irakienne, sont mortes de faim et de froid dans les forêts glaciales et immenses de cette nouvelle route migratoire.

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Elles sont, selon le journal d’opposition polonais Gazeta Wyborcza, les victimes d’un ping-pong inhumain entre Varsovie et Minsk. Pour mettre Bruxelles sous pression, le régime biélorusse de l’autocrate Alexandre Loukachenko laisse passer les demandeurs d’asile; côté polonais, le gouvernement nationaliste d’Andrzej Duda, aux relents franchement xénophobes, les rejette sans scrupules et interdit depuis un mois l’accès à la frontière aux journalistes et aux oeuvres caritatives. Avec le résultat que l’on sait.

Alors que faire? Ecouter le pape François qui, lors de la 107e journée Mondiale du migrant, le 26 septembre, a invité à se méfier des «nationalismes fermés et agressifs» pour se tourner vers «les étrangers, les migrants et les marginaux qui vivent dans les périphéries existentielles». Et agir en offrant des alternatives aux personnes en quête d’un refuge. Le Conseil national aurait pu le faire le 21 septembre. Mais il a manqué cinq voix pour que la Suisse accepte de participer à un mécanisme de solidarité européen proposé par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Notre pays se serait alors engagé à accueillir 2% des survivants recueillis à bord des bateaux d’ONG, soit une soixantaine de personnes par an. Trop pour la Suisse?

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