Arménie: 30 ans d’indépendance

L’ex-députée et avocate Zaruhi Postanjyan est la fondatrice du parti politique Yerkir Tsirani. L’ex-députée et avocate Zaruhi Postanjyan est la fondatrice du parti politique Yerkir Tsirani.

L’Arménie a fêté le 21 septembre ses trente ans d’indépendance dans un climat d’extrême tension dû à la présence illégale de militaires azerbaïdjanais stationnés dans le pays depuis le 12 mai. A travers son blason, zoom sur le destin mouvementé d’un petit Etat.

Mai 2018. Erevan, capitale de l’Arménie, est secouée par une marée humaine qui réclame le départ d’un gouvernement corrompu. La colère de la rue porte à la tête du pays un journaliste, Nikol Pachinian. Les projets des citoyens pour un avenir meilleur commencent alors à fuser un peu partout. Parmi eux, celui de quelques historiens à la portée ô combien symbolique: ils veulent remanier le blason de leur patrie, adopté en 1992, soit un an après la proclamation de l’indépendance, et qui est la pâle copie de l’original, créé 72 ans auparavant.

Dans un blason, tout n’est que symboles et codes. Par exemple, la vitalité d’un Etat est signifiée par des fauves et des rapaces royaux aux gueules ouvertes et aux postures menaçantes, gage de puissance. Un art dont Alexandre Tamanian était un fin connaisseur. Cet architecte, auquel le tsar Nicolas II commanda la conception de son manoir impérial de Tsarskoye Selo (aujourd’hui Pouchkine), s’est mis à l’ouvrage avec le peintre Hakob Kojoyan. Ensemble ils ont créé un blason dans le respect des règles de l’art. On y retrouve les principaux emblèmes millénaires de l’Arménie: le mont Ararat, les vraies armoiries de ses quatre principales dynasties royales historiques. Sans oublier l’aigle et le lion. Une grande arménie Adopté officiellement en juillet 1920, ce nouveau blason était censé annoncer la renaissance d’une nation sur ses terres séculaires. Des espérances réalistes sachant que, deux ans plus tôt, pourtant meurtris par le génocide de 1915, les Arméniens avaient remporté des victoires militaires saisissantes contre les Turcs. Exploits à l’origine de la première République indépendante d’Arménie, proclamée le 28 mai 1918. Scellée quelques jours plus tard par le traité de Batoum, la souveraineté si chèrement acquise sera soutenue en août 1920 par...Woodrow Wilson, 28e président des Etats-Unis. A Sèvres, le président américain trace les nouvelles frontières de l’Empire ottoman, principal perdant de la Première Guerre mondiale. Le traité prévoit la création d’une grande Arménie dans la partie est du pays, fondée au 13e siècle par les Seldjoukides, originaires d’Asie centrale. Somme toute, une restitution à la jeune république de ses territoires ancestraux. Elle n’aura jamais lieu.

Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, ne ratifiera jamais le traité de Sèvres et s’alliera aux Russes pour conserver les territoires acquis par ses prédécesseurs. Une entreprise qui lui sera facilitée par les bolcheviks arméniens. Début décembre 1920, soit cinq mois après l’adoption officielle du blason, le coup d’Etat de ces derniers mettra fin à la souveraineté de l’Arménie, les portant au pouvoir d’un pays devenu soviétique. Durant les sept décennies suivantes, la puissance symbolique du blason se reflétera dans la construction d’un pays communiste certes, mais d’une grande vitalité.

LES FORCES BRADÉES

Sortie du giron soviétique, l’Arménie voit son blason modifié en 1992. Là, ce qui frappe, c’est l’aspect «domestiqué » de ses symboles millénaires – l’aigle et le lion. Les gueules fermées et les pattes enchaînées des prédateurs royaux annoncent des décennies d’affaiblissement d’une souveraineté gagnée, comme en 1918, par le sang et les larmes du peuple. Ainsi, la victoire militaire sur l’Azerbaïdjan lors de la première guerre du Haut-Karabakh ne sera consolidée par aucun des quatre gouvernants et le temps révélera leur peu d’intégrité envers les intérêts nationaux du pays. Actuellement, les personnalités les plus décriées sont le Premier ministre Nikol Pachinian et le président Armen Sarkissian. Ce dernier, ambassadeur à Londres durant vingt ans et qui a installé sa famille en Angleterre, possède un passeport britannique, de nombreuses sociétés ainsi que des actions de British Petroleum, qui exploite «l’or noir» de... l’Azerbaïdjan!

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LE BLASON À VENIR

«Notre pays est, depuis des années, à la solde des intérêts étrangers.»«A Erevan, nous nous attendons à une guerre entre la Turquie et la Russie qui se fera, très probablement, sur notre territoire. Mais, contrairement à ce que beaucoup pensent, sa principale visée est non pas l’Arménie, mais l’Azerbaïdjan. Annexer ce puits de pétrole avec accès à la mer Caspienne et la route vers l’Asie centrale sera une question de survie géopolitique aussi bien pour Moscou que pour Ankara», analyse l’ex-députée et avocate Zaruhi Postanjyan. D’après la fondatrice du parti politique Yerkir Tsirani – «pays de l’abricot » en arménien –, ces affrontements militaires auront lieu dans le Haut-Karabakh, le Nakhitchevan et la province arménienne de Syunik, frontalière de l’Iran, dont les principales routes ont été cédées par Nikol Pachinian à l’Azerbaïdjan.

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La grande nouveauté du blason proposé par les historiens en 2018 est l’ajout de la devise «Nation Unité Souveraineté » sur le listel, vide jusqu’ici. Quant aux lion et aigle, symboles millénaires de l’Arménie, ils ont, enfin, les gueules ouvertes, les langues dehors et la posture vaillante, avertissant lemonde de la force d’un peuple qui saura défendre sa patrie. Bien qu’accepté par le gouvernement arménien en 2020, ce blason ne sera utilisé nulle part. Depuis le printemps 2021, sa trace disparait même du site officiel de l’Etat. Une réalité qui va de pair avec les décisions politiques du Premier ministre, en défaveur du pays. «Il est, depuis des années, à la solde des intérêts étrangers – turcs et britanniques – qui souhaitent la liquidation de notre souveraineté. Pour la conserver, nous avons deux solutions: le départ de Nikol Pachinian et notre victoire, parfaitement possible, lors d’une nouvelle guerre inévitable!», lance le commentateur politique Nairi Hokhikyan.

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Anna Aznaour

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