Une perte essentielle

Je n’y crois pas: la RTS supprimera l’émission hebdomadaire Faut pas croire fin juin 2022. La nouvelle, annoncée le 8 septembre par les deux sociétés de production Cath-Info et Médias-pro, fait l’effet d’une bombe. Pour les prestataires des Eglises catholique et protestante, cette décision, «dans le contexte actuel de repli identitaire, de défis éthiques majeurs et d’interrogations sur les questions de sens», est «incompréhensible».

On croit rêver. Mais non! Pressée par les nécessaires économies et le diktat de l’audience, la télévision publique assume ce choix tout en assurant qu’une partie des coupes budgétaires sera réinvestie dans le développement d’une offre numérique. Il s’agirait d’une transformation, et non d’une suppression, afin de toucher un public plus large.

Une émission de 29 minutes ne peut être remplacée par des capsules de 180 secondes.Personne ne sait à quoi ressemblera la nouvelle formule, mais on se dirige inévitablement vers des formats courts. Une émission bien pensée et construite de 29 minutes ne peut être remplacée par des capsules de 180 secondes. Il faut du temps pour appréhender la complexité de certaines réalités. Quand les journaux d’information rappellent épisodiquement les affrontements entre musulmans et chrétiens en République centrafricaine, il faut un film documentaire – actuellement en salle – pour décrypter la réalité à travers la démarche courageuse d’un imam et d’un cardinal qui dénoncent un conflit «faussement religieux».

L’offre numérique risque aussi d’avoir une influence sur le fond. Sans émission de décryptage du fait religieux, on peut craindre un traitement réduit aux actualités problématiques comme les scandales sexuels dans les Eglises ou la radicalisation de l’islam. Et cette numérisation est trop rapide. Qu’adviendra-t-il du public âgé qui n’est pas hyperconnecté? Il est aussi en droit d’avoir accès à des informations plus fouillées, garantes d’un mieux vivre ensemble.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


D’autant que les journalistes qui aspirent à de la profondeur sont bien là. On a pu le constater samedi à Berne: l’Assemblée générale de l’Association suisse des journalistes catholiques a récompensé notamment trois jeunes professionnels pour un reportage sur la transformation d’un homosexuel en dragqueen. «Ils se sont penchés avec sensibilité sur sa personnalité, ses doutes, son questionnement existentiel et religieux. » Une démarche qui demande du temps et des moyens.

Et les médias de service public ont, plus que d’autres, la possibilité d’en mobiliser. Faut pas croire est bien plus qu’un magazine religieux: il aborde largement les grandes questions éthiques, philosophiques et humaines; des thématiques qui nous concernent tous, croyants ou non. Une démarche de soutien viendra-t-elle secourir cette émission? Difficile, en tout cas, de ne pas croire qu’on assisterait là à une perte essentielle.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



Articles en relation


Les nouvelles sont bonnes

A la lecture des canards, on peut penser que les journalistes sont des oiseaux de malheur en cette saison moins lumineuse que les décorations de circonstance. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. Et l’Echo Magazine vous le prouve!


Médias: 40 ans de radios libres

Depuis quarante ans, le journaliste Jean Musy fait découvrir le monde aux auditeurs de Radio Zones, l’une des premières stations libres françaises, née en 1981. Rencontre avec un érudit globe-trotteur.


Tout est possible! sur la RTS

L’émission de solidarité Coeur à Coeur a connu sa dernière édition en 2020. Le trio composé de Tania Chytil, Philippe Martin et Jonas Schneiter revient cette année avec un nouveau concept en résonance avec les 75 ans de la Chaîne du Bonheur.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



promotion echo

 

oui aux medias