Mariage pour tous: Le poids des mots

Affiches déchirées, messages discourtois, matériel de campagne volé: les adversaires du «mariage pour tous» dénoncent des actes peu démocratiques. Affiches déchirées, messages discourtois, matériel de campagne volé: les adversaires du «mariage pour tous» dénoncent des actes peu démocratiques.

Les mots pèseront dans la campagne et la balance est défavorable aux adversaires du projet, suspectés ou accusés d’homophobie ou de conservatisme.

Dans le passage qui mène du hall de la gare de Fribourg aux quais 2 et 3, une grande affiche des opposants au «mariage pour tous» présente trois ventres arrondis et parle d’«esclaves». Trois petits autocollants y ont été apposés: le «Oui, je le veux» des partisans, un message injurieux en allemand et les drapeaux noir et arc-en-ciel de l’organisation Antihomophobe Aktion.

LES DÉFIS DES OPPOSANTS

«Il n’y a pas d’homophobie ici, réagit Philippe Karoubi. On n’est pas dans le contexte d’un rejet d’une partie de la population, de ségrégation ou d’injustice, mais de définition du mariage. » Membre du comité de l’Union démocratique fédérale (UDF), à l’origine du référendum contre le «mariage pour tous», il entend recentrer le propos: «La sexualité est un sujet privé que l’institution du mariage ne couvre pas». Professeur en science de l’information et de la communication à l’Université de Neuchâtel, Thierry Herman constate que l’UDF et ses alliés ont un handicap à surmonter, étant «obligés de répéter qu’ils ne sont pas homophobes, de se dissocier de cette image». Cet adjectif «n’est pas le signe d’une délibération apaisée s’il s’agit de disqualifier un adversaire», estime Antoine Chollet, maître d’enseignement à l’Institut d’études politiques de l’Université de Lausanne.

Cet écueil passé, les opposants doivent encore gérer l’étiquette de «conservateurs ». «Même si c’est un raccourci, il y a un clivage idéologique entre ceux qui veulent transformer le monde et les rapports sociaux et ceux qui veulent les conserver en l’état», développe le chercheur vaudois. Dans ce genre de discussion apparaît très vite la notion de progrès – à comprendre, souligne-t-il, non plus comme une «marche inéluctable vers quelque chose de meilleur», mais comme une «possibilité d’améliorer la société».

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QUEL PROGRÈS?

Tant l’extension de la PMA que sa suppression peuvent être un progrès.Peut-on refuser un monde meilleur? «C’est un argument efficace rhétoriquement. Présenter quelque chose comme un progrès peut clore le débat, signale Thierry Herman. Il est possible de le caricaturer, de dire qu’on ne réfléchit pas assez,mais cette stratégie est risquée: s’opposer au progrès n’est pas bien vu.»

Mais, selon le point de vue, tant l’extension de la PMA que sa suppression peuvent être un progrès: «L’UDF est conservatrice parce qu’elle défend la famille alors que d’autres veulent la faire voler en éclats, illustre Philippe Karoubi. Mais les nivellements en tous genres sont le contraire du progrès».

Relatives, les étiquettes de «progressiste » et de «conservateur» n’épousent pas les contours de la gauche et de la droite. Des UDC soutiennent le «mariage pour tous», au contraire de «certains militants d’extrême gauche qui veulent abolir toute forme demariage civil», relève Muriel Waeger.

Directrice romande de Pink Cross, l’organisation des hommes gays et bisexuels, et codirectrice de l’Organisation suisse des lesbiennes, elle sait que l’on peut s’opposer au projet sans être homophobe et qu’on peut «avoir des opinions conservatrices tout en étant pour une égalité en droit des personnes LGBT. Ces questions sont aussi liées aux expériences personnelles, à l’éducation, au rapport à la religion».

UN DÉBAT VIVANT

Parce que le sujet touche «aux tripes de chacun», selon les mots de Thierry Herman, nombre de citoyens ont une opinion bien arrêtée. «Les camipagnes politiques ont pour but de mobiliser les personnes convaincues plus que de convaincre», reconnaît Muriel Waeger. Elle n’en espère pas moins montrer que «30’000 enfants vivent dans des familles arc-en-ciel et sont heureux dès lors qu’ils trouvent stabilité et affection ». Philippe Karoubi entend, lui, révéler que «le contenu réel de ce projet est précis, on va graver dans la loi que des enfants n’auront pas le droit de connaître leur père avant leur majorité», ce que les citoyens n’ont à son avis pas intégré.

La campagne promet quelques passes d’armes. Les visuels des opposants sont déjà décriés. Thierry Herman ne s’attend toutefois pas à des dérives semblables à celles qui ont émaillé la campagne sur les initiatives phytosanitaires – supports d’affiches incendiés et menaces: «Il n’y a pas, cette fois, d’incertitude quant au résultat. Le mariage homosexuel – je ne parle pas de la PMA ou de l’adoption – est considéré comme admissible et une bonne partie de la population n’y voit pas matière à débat».

La violence verbale, elle, devrait être rare dans la discussion politique – à distinguer des réseaux sociaux. Ne serait-ce que parce que, «dans le débat politique suisse, les mensonges, les attaques personnelles et les discours outranciers n’ont pas bonne presse», rassure Antoine Chollet, pour qui la démocratie a cependant besoin d’un peu de tumulte. «C’est la preuve qu’on débat de vraies questions.»

Même sans aller jusqu’à l’insulte, certains propos des opposants pourraient être durement ressentis par les personnes homosexuelles, complète Muriel Waeger. Qui appelle à «faire attention au choix des mots».

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