Christianisme et écologie

Joël Burri et Camille Andres ont structuré leur Mook en trois grands chapitres: comprendre, transformer, agir. Joël Burri et Camille Andres ont structuré leur Mook en trois grands chapitres: comprendre, transformer, agir.

Dieu, la nature et nous. Repères pour une écologie protestante est le titre du premier hors-série du magazine Réformés. Objectif? Offrir un outil pour mieux comprendre la crise écologique actuelle et envisager les questions environnementales à la lumière de la spiritualité chrétienne.

Pendant les différents confinements, l’équipe du mensuel Réformés, Camille Andres et Joël Burri en tête, n’ont pas chômé: ils ont produit un Mook (contraction de «magazine » et de «book») très réussi tant au niveau du contenu que de l’esthétique. Partant de l’urgence écologique actuelle, ce hors-série sorti en mai 2021 analyse comment l’écothéologie interroge les fondamentaux religieux depuis plusieurs décennies. Le christianisme est-il anti-écologique? La Bible demande-t-elle de dominer la planète? Peut-on commettre des péchés écologiques? Vivons-nous la fin du monde? Comment imaginer une liturgie verte? Autant de questions auxquelles cette étonnante somme d’informations et de témoignages s’efforce de répondre.

Pourquoi, pour le premier hors-série de Réformés, avoir choisi le thème de l’écologie?

Camille Andres (CA): – Avant le coronavirus, l’écologie était le grand sujet. J’ai assisté à un colloque à la Faculté de théologie réformée de l’Université de Strasbourg qui m’a fait découvrir la richesse de la pensée religieuse sur ces questions. J’ai tout de suite pensé qu’il était important de sortir ces idées de l’université et qu’il manquait un trait d’union pour les rendre accessibles au grand public. Ainsi, nous sommes partis des questions que pouvaient se poser nos lecteurs et nous avons essayé d’y répondre.

Joël Burri (JB): – Très vite nous avons ressenti le désir de proposer un outil aux personnes qui vivent la transformation écologique dans leur Eglise. Nous voulions donner des repères, des clés qui permettent de se former une opinion.

Vous écrivez que «l’écothéologie irrigue nos Eglises et donne un nouveau souffle au christianisme». En quel sens?

«L’écothéologie permet à des croyants qui s’étaient éloignés de leur religion d’y revenir.»CA: – L’écothéologie, ce mouvement qui regroupe des courants de pensée verts au sein du christianisme, permet à certains croyants qui s’étaient éloignés de leur religion d’y revenir. Je pense notamment aux jeunes qui découvrent dans leurs Eglises des valeurs en accord avec leur engagement pour la sauvegarde de la planète. Parallèlement, l’écologie ouvre les Eglises à la société civile et à la vie des quartiers. Car l’environnement est un thème qui rapproche.

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JB: – Effectivement, la défense de l’environnement permet aujourd’hui à l’Eglise réformée, qui a longtemps dirigé la société avant d’être mise de côté, de se positionner comme un acteur de la société, un acteur parmi d’autres. C’est une nouvelle position pour elle et c’est réjouissant.

Comment l’écologie fait-elle évoluer les Eglises protestantes?

CA: – Plutôt que d’évolution, je parlerais de retour aux sources. En effet, la problématique environnementale était déjà bien présente au sein des Eglises dans les années 1970, notamment par le biais du Conseil oecuménique des Eglises (COE).On a tendance à l’oublier, mais beaucoup de mouvements sociaux du 19e et du début du 20e siècle ont été menés par les Eglises ou par certaines de leurs branches. Qu’on pense au mouvement ouvrier, à la lutte contre l’alcoolisme, à l’assistance aux prostituées, à la Société protectrice des animaux ou à la défense de l’environnement.

JB: – L’an dernier, un éditorial du Matin Dimanche questionnait la légitimité des Eglises à s’engager en faveur de l’initiative pour des multinationales responsables. Cela m’a énervé parce que les Eglises se sont toujours engagées! Quand les Eglises défendent des opinions conservatrices, tout le monde trouve ça normal, mais quand elles promeuvent le respect de l’environnement et la justice sociale, elles dérangent. C’est comme si elles pouvaient être homophobes, mais pas écolo! Bien entendu, il y a encore des résistances dans le monde réformé, des gens qui pensent que la principale mission de l’Eglise est d’annoncer le salut et qu’elle ne devrait parler que de Jésus. Toutes les paroisses ne sont pas entrées dans une démarche écologique, mais les Eglises au sens large oui.

Vous avez donné pour titre à votre hors-série Dieu, la nature et nous. Comment les relations entre ces trois réalités se tissent-elles aujourd’hui?

CA: – La conception de la nature a évolué en fonction de la société. Mais aujourd’hui, le christianisme vit un bousculement profond. Les réflexions de Bruno Latour, qui estime qu’il n’y a plus de nature, que ce concept n’existe plus, se retrouvent dans les écothéologies: la nature, désormais, c’est nous. C’est une remise en question extrêmement profonde de notre conception de la création et de la place de l’homme dans cette dernière. C’est un changement de paradigme aussi important, peut-être, que la Réforme. Avec ces réflexions, c’est toute notre identité, ce sur quoi les chrétiens se sont construits, qui vacille.

En 2015, l’encyclique du pape François Laudato si’ a eu un impact certain sur le monde catholique. Qu’en est-il chez les protestants?

CA: – L’impact y a aussi été fort. Avec cette encyclique, le pape François a montré que les religions avaient quelque chose à dire au plan écologique. Ce qui est particulièrement marquant, c’est que Laudato si’ repose sur des fondations scientifiques très solides. C’est pour cela qu’elle a été prise au sérieux. Je pense que, grâce à ce document, les protestants ont compris qu’il leur faut être plus rigoureux dans leurs prises de position.

JB: – Laudato si’ a aussi légitimé ces questions-là pour les protestants de la base, qui ont pu se dire: «Si les catholiques le font, je peux moi aussi amener les questions environnementales dans mon Eglise». CA: – En revanche, la dernière partie de Laudato si’ reflète une vision catholique de la vie et de l’être humain que ne partagent pas forcément les protestants.

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En quoi? Où résident les différences?

CA: – Il n’existe pas une écologie protestante, comme il n’y a pas un protestantisme. Il faut mettre ce terme au pluriel, car ce qui définit les écologies protestantes par rapport à l’écologie catholique, c’est justement la diversité des courants qui les traversent: écoféministes, écospirituels, se concentrant sur la critique du capitalisme, du colonialisme ou autres.

21A EM34Dieu, la nature et nous. Repères pour une écologie protestante (Editions Réformés et OPEC, 206 pages). Disponible en librairie et sur le site de l’OPEC (www.protestantedition.ch) au prix de 25 francs. Rabais pour les paroisses en fonction du nombre d’exemplaires commandés.

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