Les ailes de Big Brother

Basée en Israël et forte de 700 salariés, NSO commercialise le logiciel espion qui permet de contrôler à distance la caméra et le micro d’un Smartphone. Basée en Israël et forte de 700 salariés, NSO commercialise le logiciel espion qui permet de contrôler à distance la caméra et le micro d’un Smartphone.

Le logiciel Pegasus permet depuis des années d’espionner et de pirater le téléphone portable de dizaines de milliers de personnes partout dans le monde. Le phénomène était connu, pas son ampleur.

PEGASUS?

Les logiciels malveillants aiment les références équestres: après le «cheval de Troie» informatique, programme en apparence inoffensif qui, une fois entré dans un ordinateur, permet de nuire à son utilisateur, place au «projet Pegasus». Selon le collectif Forbidden Stories composé de 16 médias dont la Süddeutsche Zeitung, The Guardian et La Repubblica, qui distillent leurs révélations depuis une dizaine de jours, ce nouveau logiciel espion portant le nom du cheval ailé de la mythologie grecque permet, depuis dix ans, de surveiller des dizaines de milliers de téléphones!

POURQUOI?

Pour prévenir les attentats terroristes et lutter contre la grande criminalité, assure NSO, l’entreprise star de la «Silicon Wadi», la Silicon Valley israélienne, qui vend ce puissant mouchard avec la bénédiction de son gouvernement. Considéré comme une arme par Israël, le logiciel Pegasus ne peut en effet être vendu à un client qu’avec le feu vert de l’Etat hébreu. Mais l’enquête de Forbidden Stories basée sur la fuite de 50’000 numéros de téléphone destinés à être espionnés, démontre que l’utilisation du programme espion sert bien plus à pister des opposants politiques, des défenseurs des droits humains, des militants écologistes et des journalistes que des islamistes armés et des mafieux. Même des chefs d’Etat, comme Emmanuel Marcon, sont visés.

UN SCOOP?

Pas vraiment. Au Mexique, où le gouvernement du président Enrique Peña Nieto (2012-2018) avait pris l’habitude d’espionner ses citoyens, le «scandale Pegasus» a éclaté depuis belle lurette. La star incorruptible du journalisme Carmen Aristegui (EM du 5 mars 2020) avait déjà découvert que son téléphone était infecté. Et on sait maintenant que 25 journalistes basés au Mexique figuraient sur une liste de 15’000 numéros surveillés par le gouvernement Nieto via Pegasus. Ainsi que nombre d’opposants dont les familles des 43 écoliers disparus d’Ayotzinapa en 2014. Et même l’actuel président Andrés Manuel Lopez Obrador.

POURQUOI LE MEXIQUE?

Il a été le premier client important de Pegasus début 2010. Mais il a fallu attendre 2016 pour que le scandale devienne international: grâce à l’Université de Toronto, l’activiste émirati Ahmed Mansoor a réussi à prouver que son iPhone avait été attaqué par le logiciel. L’université canadienne a ensuite démontré que des députés mexicains favorables à une taxe sur les sodas avaient aussi été ciblés.

ET MAINTENANT?

La fuite des 50’000 numéros et la force de frappe du collectif médiatique confirment les pires craintes: les systèmes de surveillance de masse américains et britanniques révélés par Edward Snowden en 2013, soumis malgré tout à un certain cadre législatif, sont dépassés par les logiciels du secteur privé. «L’industrie de la surveillance ne devrait pas exister, prévient Snowden. Si on ne fait rien pour arrêter la vente de cette technologie, il ne s’agira plus de 50’000 cibles, mais de 50 millions, et cela arrivera bien plus vite qu’on ne le pense.»

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



Articles en relation


Le numérique sans écrans

Les cantons romands s’apprêtent à introduire l’éducation numérique dès l’âge de quatre ans. Dans les petites classes, le canton de Vaud a opté pour une méthode débranchée qui rencontre une large adhésion.


Les trains ont des oreilles

Scènes banales dans les transports publics à l’heure de pointe. Son casque sur la tête, un passager raconte en détail ses ennuis conjugaux. Un autre, assis à l’autre bout du wagon, se plaint de son employeur. Un troisième parle de son bilan médical.


Libres de quoi?

Interdire de parler et donc de téléphoner dans les transports en commun. C’est ce que recommande désormais l’Académie française de médecine pour combattre la pandémie.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!