Loïc Gasch aux JO

Loïc Gasch, en grande forme avant les JO de Tokyo, rêve d’une médaille. Loïc Gasch, en grande forme avant les JO de Tokyo, rêve d’une médaille.

Le Vaudois Loïc Gasch a récemment battu le record suisse de la hauteur avec 2m33, la troisième performance mondiale de l’année. Et il ne cesse de progresser. Un podium à Tokyo n’est pas impossible.

Il vole, il plane tout en étant méthodique et ambitieux. Quand on demande au Vaudois Loïc Gasch (26 ans), qui tutoie les sommets du saut en hauteur, s’il se sent capable de décrocher une médaille aux prochains JO de Tokyo, il ne botte pas en touche, ne joue pas les faux modestes: «Mon but, c’est la finale. Après, tout est ouvert», glisse-t-il.

PROGRESSION PAR PALIERS

17A EM25Le 7 mai, à Lausanne, il a battu le vieux record suisse détenu depuis... 40 ans par Roland Dalhäuser en franchissant une barre à 2m33, la hauteur d’un plafond d’appartement. Rien de moins que la troisième performance mondiale de l’année, ce qui lui a ouvert les portes des plus grands meetings. Et le natif de Sainte-Croix sent qu’il peut encore aller plus haut, qu’il est loin d’avoir atteint ses limites. «Quelques minutes avant le record, mon saut à 2m30 était encore meilleur. J’ai de la marge, je suis en confiance » ajoute le longiligne champion de 1m93.

Depuis ses débuts, et malgré les blessures qui ne l’ont pas épargné, sa progression épouse une courbe parfaitement linéaire qui s’élève avec une belle régularité. En 2011, à 16 ans, il passait pour la première fois la barre des 2m. Depuis 2016 et ses 2m17, plus aucun autre sauteur suisse ne l’a battu. En 2020, il enchaînait 2m27 début janvier, puis 2m30 en juillet à Aarau, la barre mythique, le Graal de tous les champions de saut, comme les 10 secondes sur 100m ou les 6m à la perche. Et puis il y a eu, tout récemment, ce record. Où s’arrêtera-til? «Loïc avance par paliers successifs et c’est assez impressionnant» relève Pierre-André Bettex, le spécialiste des sauts au Lausanne-Sports Athlétisme. Le record du monde, 2m45, est détenu par le Cubain Javier Sottomayor depuis 1993. Seul le Qatari Mutaz Essa Barshim  l’a approché avec un bond à 2m43.

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Les champions de saut en hauteur doivent enchaîner au mieux différents paramètres: la course d’élan, les appuis lors de l’impulsion, l’élévation, le franchissement de la barre. «Le feeling est très important. Lors de certains concours, on galère tant on bute sur certains points techniques, souligne Loïc Gasch. Puis parfois, comme lorsque j’ai battu le record, tout devient facile, naturel. Je me sentais bien ce jour-là, j’étais en confiance, j’ai parfaitement tapé mes appuis. Je sentais que ça allait passer. J’avais la sensation que rien ne pouvait m’arriver, j’étais dans le flow comme on dit.» Le flow, ce sentiment de plénitude; les champions se sentent soudain invincibles, inatteignables, ils sont dans un état second. Federer en a souvent parlé.

DÉTENTE PHÉNOMÉNALE

«Loïc est un félin, relève Pierre-André Bettex. Il vaut 10’98 sur 100m, ce qui est très rapide pour un sauteur en hauteur, et il sait parfaitement transformer sa vitesse horizontale en vitesse verticale. Il possède une détente phénoménale même si techniquement il est encore perfectible pour, notamment, son placement au-dessus de la barre. Il y a encore des ajustements, des réglages à faire. Et c’est de très bon augure pour l’avenir.»

Pour l’entourer, il a une équipe de quatre entraîneurs très complémentaires: deux coachs principaux, Soidri Bastoni, chef des disciplines techniques à Swiss Athletics, et Dominique Hernandez, un ancien champion français qui le conseille de Toulouse; Silvan Keller, expert technique en saut en hauteur, et Steve Louissaint pour la condition physique. «C’est une structure qui fonctionne bien, on travaille tous ensemble et pas chacun de son côté, se réjouit Loïc. Le saut en hauteur est une affaire de précision. »

COMPTABLE À LA VILLE

Dans le monde du sport de haut niveau, où les champions vivent souvent dans une bulle, protégés, à l’écart du monde, Loïc Gasch est un cas à part.

Alors que tous ses adversaires sont pros, lui continue à travailler comme comptable à la ville d’Orbe. Pour préparer les JO, il a simplement baissé son taux d’occupation de 80 à 60%. Au lendemain de son record, il était au bureau à 7h, comme d’habitude: un choix de sa part. «Je considère cela comme une force, ça me vide la tête. Quand j’arrive au bureau le matin, je sais que je vais parler de tout autre chose que de mes entraînements et ça me fait du bien. Je ne vis pas que pour le saut en hauteur. Sans compter que cela me permet de préparer la suite, l’après carrière. » De même, fort d’une notoriété grandissante, il s’est mis lui-même en quête de nouveaux sponsors, aidé par quelques connaissances: «Je dois me vendre comme une marque ».

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En 2019, deux graves blessures à la cuisse l’avaient écarté des stades une saison entière; en octobre, atteint d’une forme assez grave de la Covid, il avait dû arrêter pendant six semaines. Mais rien n’a freiné sa progression.

Quand les salles d’entraînement ont fermé en raison de cette même Covid, Loïc Gasch, plutôt que se lamenter, a transformé son garage en lieu d’entraînement. «Quand il y a des problèmes, j’aime bien chercher des solutions moi-même. J’ai appris à me débrouiller», sourit-il.

Les 23 premières années de sa vie, il les a passées à Sainte-Croix, cette petite ville du Nord Vaudois qu’il aime tant. «Je suis un vrai Saint-Croisien. Les habitantsm’ont toujours soutenu et j’aime beaucoup cette belle région. J’ai besoin de savoir d’où je viens.» Petit, il jouait au foot et se rêvait basketteur quand l’athlétisme a fait irruption dans sa vie sans qu’il l’ait vraiment voulu «Un ami a tellement insisté pour que j’essaie le saut en hauteur que j’y suis allé surtout pour qu’il me laisse tranquille». C’est ainsi qu’il est entré à l’Union sportive yverdonnoise section athlétisme.

Après les JO de Tokyo, il y aura Paris en 2024. Loïc Gasch aura 30 ans, l’âge idéal pour un champion de saut en hauteur. «Je n’exclus rien. En tout cas tant que je progresserai, je continuerai. Mon prochain objectif, c’est de battre mon propre record. C’est le plus important dans l’immédiat.»

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