Voix de femmes

Anne-Marie Pelletier a défendu une Eglise de la fraternité et de la diaconie dont le lavement des pieds, le Jeudi-Saint, est emblématique. Anne-Marie Pelletier a défendu une Eglise de la fraternité et de la diaconie dont le lavement des pieds, le Jeudi-Saint, est emblématique.

Quelle écoute des femmes dans l’Eglise? Quelles résistances? Quelles avancées? Comment faire pour que l’Eglise vive pleinement la synodalité? Des questions abordées par le Centre Sainte-Ursule à Fribourg autour d’une conférence d’Anne-Marie Pelletier et de témoignages de femmes engagées en Eglise.

33A EM24Où sont les femmes dans l’Eglise catholique? Quelles sont leurs expériences, leurs aspirations, leurs demandes? Sont-elles vraiment écoutées? La matinée du samedi 29 mai, animée en visioconférence par Sabine Protais, directrice du Centre spirituel Sainte-Ursule à Fribourg, a voulu leur donner la parole sous le titre «Voix de femmes». 33B EM24Un temps pour écouter les femmes articulé autour de la conférence d’Anne-Marie Pelletier «Baptisées et baptisés en Eglise». Les participants ont réfléchi à la place et au rôle de la femme dans une institution qui, tout en entendant la valoriser, nourrit encore bien des préjugés à son égard. Et entendu le témoignage de trois femmes engagées dans l’Eglise de Suisse en écho à la conférence. Marie-Christine Conrath a présenté le Réseau des femmes en Eglise, Mariette Mumenthaler le projet «Une Egl34B EM24ise avec les femmes» (voir encadré) et Marianne Pohl-Henzen, déléguée épiscopale pour la partie germanophone du canton de Fribourg depuis le 1er août – 19 paroisses pour 40’000 catholiques –, a partagé son expérience de vie et son travail en Eglise. Le ton n’était pas à la revendication, mais au dialogue: pour les intervenantes, il ne s’agissait pas de lutter pour l’accès des femmes au sacerdoce, mais de rétablir l’équilibre entre les femmes et les hommes dans l’Eglise en partant du sacerdoce baptismal. Un sacerdoce qui instaure une fraternité première, a relevé Anne-Marie Pelletier: nous sommes tous, hommes et femmes, baptisés, et à ce titre revêtus d’une égale dignité. Il faut retrouver et revivifier le socle commun du baptême pour repenser l’Eglise dans une perspective synodale: «La fraternité, l’égalité baptismale et la synodalité font système, renvoient l’une à l’autre». 34A EM24Et se battre pour une Eglise qui accorde plus de responsabilités aux femmes.

UN PARCOURS NON PLANIFIÉ

Les femmes font entendre leur voix dans l’Eglise. Et certaines y exercent d’importantes responsabilités, comme Marianne Pohl-Henzen. Un parcours sans histoire? «Non, il n’avait pas été planifié ainsi! Catéchiste, puis assistante pastorale – «un parcours d’obstacles: ni les prêtres ni les conseils de paroisse n’étaient prêts à accepter une femme à ce poste» –, Marianne Pohl-Henzen travaille pour le vicariat alémanique depuis 2012: «Les relations étaient excellentes, nous avons travaillé dans la confiance mutuelle, la loyauté, le respect, nous avons fait corps». Puis est venue la demande de Mgr Charles Morerod pour son poste actuel: «Une ligne, et ma réponse a été ‘Avec l’aide de Dieu, oui’». Elle est aujourd’hui responsable de la gestion administrative et pastorale et des ressources humaines de la partie alémanique du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. «Je sers l’Eglise de tout mon coeur et avec mes compétences. Je désire bâtir une Eglise proche des gens, de leurs préoccupations.» En relevant un défi de taille: «Travailler ensemble dans le respect mutuel». Et avec un souhait: «Accéder au diaconat permanent: je serais plus à l’aise pour servir et m’engager sur le terrain de la solidarité. Mais, et c’est heureux, on commence àme respecter dans les diverses instances dont je suis responsable».

LENTE ÉMERGENCE

Si les femmes commencent à être écoutées dans l’Eglise, il a fallu des siècles pour que leur voix émerge. On revient de loin, a affirmé dans sa conférence Anne-Marie Pelletier, théologienne, professeure et membre de la nouvelle commission sur le diaconat féminin. Elle a retracé les étapes de cette lente émergence avant d’insister sur l’urgence d’une ecclésiologie inclusive qui articule sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel. Et l’heure est propice, pour les laïcs en Eglise, avec la préparation, pour l’automne 2022, du synode sur le thème «Pour une Eglise synodale: communion, participation et mission» et l’institution par le pape des ministères du lectorat, de l’acolytat et de catéchiste: «C’est le peuple de Dieu qui est convoqué». Car pendant vingt siècles la parole, dans l’Eglise, est celle des hommes, clercs, théologiens et prédicateurs: «L’homme parle pour tous et toutes; universelle, sa parole exprime le tout de la condition humaine...mais tout n’est pas dit par elle». Puis les femmes acquièrent une visibilité dans le discours du magistère, notamment avec Jean Paul II et Mulieris dignitatem, sur la dignité et la vocation de la femme, du 15 août 1988. «Une nouveauté limitée, car elle n’est pas dialogique, a relevé Anne-Marie Pelletier: les femmes sont ‘parlées’ par les hommes, mais elles ne sont pas censées entrer dans cette parole.» Enfin, les femmes «accèdent au ‘je’, elles ont une parole propre et sont écoutées. Elles sont légitimes et leur voix est nécessaire». Hors des stéréotypes véhiculés des siècles durant comme «le spécifique féminin, défini par l’homme, qui relie la femme soit à l’espace domestique, aux soins et à la maternité soit à un féminin essentialisé ».

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REPARTIR DU BAPTÊME

D’ailleurs, a rappelé la conférencière, c’est à une femme qu’est confiée la première annonce de la Résurrection: Marie-Madeleine, «défigurée durant quinze siècles», avant que François consacre une fête au calendrier liturgique à celle qui fut «l’apôtre des apôtres ». Aujourd’hui, «il nous faut être ensemble pour dire la foi et le mystère de l’Eglise, car les femmes sont au coeur de sa vie et de sa mission: dans la diaconie, les aumôneries, la transmission de la foi, la présidence de communautés. Et elles ont une parole propre».

UN GESTE EMBLÉMATIQUE

Pour Anne-Marie Pelletier, il faut repartir du baptême, «coeur et plénitude de l’identité chrétienne», honorer «le signe de la femme» dans une Eglise «extraordinairement masculine ». Et s’interroger: «Que signifie être dans la suite du Christ en n’ayant que le baptême? Serait-ce être voué à une vocation moindre?». Non, car «les femmes, par le baptême, sont porteuses du tout de la vie chrétienne, et l’identité baptismale est centrale». «Il nous faut retrouver une ecclésiologie inclusive, retourner à l’Eglise des premiers siècles, redécouvrir l’identité sacerdotale du peuple de Dieu»: l’Eglise le est corps du Christ recevant des dons et des charismes pour croître dans la fidélité à l’Evangile et sa propre sanctification. Les anciens, les presbytres, avaient les charismes de gouvernement et de présidence. Après des siècles qui ont vu le renforcement de la structure hiérarchique de l’Eglise, Vatican II «a désensablé la source en réordonnant l’ecclésiologie par l’appel universel à la sainteté», a poursuive Anne-Marie Pelletier. Les prêtres sont au service du peuple de Dieu, ils sont, dit le décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis («L’ordre des prêtres») de Paul VI en 1965, «des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont la construction a été confiée à tous». Sachant que le sacerdoce ministériel «rappelle à la communauté qu’elle n’est pas sa propre source et l’achemine vers la grâce sacramentelle ». L’Eglise est d’abord «une fraternité baptismale – c’était son premier nom – qui induit l’égalité» et permet de s’engager dans la synodalité, a relevé Anne-Marie Pelletier. Jésus a laissé à ses disciples le geste du lavement des pieds, et «il nous confie ce geste emblématique de la fraternité». A chaque baptisé de le reproduire pour une Eglise qui fasse signe et sens pour aujourd’hui.

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Deux initiatives réjouissantes

34C EM24Coordinatrice du Réseau des femmes en Eglise, Marie-Christine Conrath, du canton de Neuchâtel, est revenue sur ses débuts et a précisé son rôle. «Le réseau est né en 2015 à l’initiative de Myriam Stocker, responsable de la planification pastorale, pour répondre aux difficultés éprouvées par des femmes à travailler en équipes pastorales. Elles venaient déposer leurs souffrances et les abus de pouvoir dont elles étaient victimes, y trouvant écoute et amitié. Puis le réseau s’est ouvert à toutes les femmes engagées en Eglise, salariées ou bénévoles.» Plusieurs de ses membres ont participé à la grève des femmes du 14 juin 2019, se rendant auprès des évêques et vicaires généraux et épiscopaux de Suisse romande: «Nous avons voulu interpeller la hiérarchie pour pouvoir mieux cheminer ensemble. Car nous désirons faire bouger l’Eglise par le dialogue. Il s’agit de mieux coordonner et redistribuer les initiatives afin de trouver notre juste place. Nous demandons une participation significative des femmes dans les instances décisionnelles et de formation de l’Eglise et restons vigilantes sur leur situation ». Autre initiative: «Une Eglise avec les femmes». En 2016, avec d’autres, Mariette Mumenthaler, un des chevilles ouvrières du projet, a parcouru à pied, sur le thème Habemus Feminas! («Nous avons des femmes!), les 1200 km séparant Saint-Gall de Rome pour remettre une lettre au pape François «demandant que les femmes soient intégrées à tous les niveaux aux prises de décision dans l’Eglise». Les pèlerins sont rentrés un peu déçus: «Le pape n’a pas pu nous recevoir. Sans doute que notre demande faisait peur... Nous voulions simplement voir reconnus pleinement dans l’Eglise les charismes et les compétences des femmes et des hommes».

GdSC

 

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