Vite achetés, vite jetés

J’avoue! Il m’arrive, lors de mes trajets dans les transports publics, de laisser traîner mon regard sur les téléphones des autres usagers. Pas par voyeurisme, mais pour avoir une idée de ce que l’humanité fait de tout le temps passé sur les écrans.

Résultat de mes sondages: les vidéos occupent une place prépondérante, surtout chez la gent masculine, capable de se plonger dans des films d’action à sept heures du matin sans apparemment ressentir le mal des transports. Suivent les jeux: le succès de Candy Crush Saga et autres variantes modernes de Tetris ne se dément pas. Viennent ensuite les sites de mode en ligne de type Zalando et les comptes Instagram dédiés au même sujet. L’activité consiste à faire défiler des centaines de sacs à main, escarpins et autres nuisettes, d’ajouter tous ceux qui plaisent au panier, puis de procéder au tri final avant de passer par la case carte de crédit.

C’est bon marché, livré rapidement, fabriqué en Chine et ça s’use vite. Mais c’est tellement joli sur le téléphone que ça donne envie de recommencer jour après jour. Outre-Atlantique, où le phénomène a quelques années d’avance, on estime que chaque Américain jette en moyenne 34 kilos d’habits par an.

Chaque Américain jette en moyenne 34 kilos d’habits par an. En Suisse, c’est 6,3 kilos.En Suisse, c’est 6,3 kilos par personne et par an, selon l’organisation Fashion Revolution. Par rapport aux Etats-Unis, cela semble peu. Texaid, principal acteur du recyclage textile en Suisse, collecte néanmoins dix fois plus de vêtements aujourd’hui qu’il y a quarante ans. Cependant une prise de conscience émerge, notamment chez les jeunes. Rebaptisée vintage, le deuxième main est à la mode et les nouvelles boutiques fleurissent. Même chose pour les plateformes de deuxième main en ligne qui permettent, comme les sites décrits plus haut, de passer le temps en faisant défiler du rêve bon marché sur son écran. 

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La tendance prend une telle ampleur que de grandes enseignes s’y mettent. Et les prix augmentent, même dans les friperies à vocation sociale tenues par l’Armée du Salut ou Emmaüs. Ainsi, un phénomène dont on pourrait se réjouir – une amorce de refus des vêtements vite achetés vite jetés – est récupéré par les lois du marché et la puissance du marketing qui les accompagne. Il ne s’agit plus vraiment de remettre une pratique en question, mais de la perpétuer tout en s’achetant une bonne conscience. C’est certainement mieux que rien, mais ça laisse un arrière-goût d’occasion manquée.

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