Aveux spontanés

Etienne Barilier Etienne Barilier

Voilà quelques semaines, la Chine a interdit d’antenne la chaîne anglaise BBC World News, qui avait eu le tort de proposer des reportages critiques sur le sort des Ouïghours. Mais il s’agissait aussi, pour le pouvoir chinois, d’une mesure de rétorsion, car quelques jours auparavant, l’autorité de régulation britannique avait, elle, retiré sa licence à la chaîne d’Etat chinoise CGTN, qui diffuse des informations sur la Chine à l’intention du reste du monde.

Et pourquoi cette sanction? Avant tout parce que CGTN a relayé à plusieurs reprises, avec beaucoup de naturel et sans une once de vergogne, des séquences tournées dans les prisons chinoises, où l’on voyait des prisonniers qui, face caméra, proféraient des aveux «spontanés»: renouant avec une pratique en vigueur sous Mao, mais l’améliorant, si l’on ose dire, le pouvoir chinois se plaît en effet à mettre en scène et à filmer des confessions fantaisistes et mensongères qu’elle a préalablement dictées aux malheureux détenus, qu’ils soient chinois ou étrangers.

Parmi les victimes de ce traitement, un citoyen britannique et le représentant suédois d’une ONG. Comme ces deux hommes finirent par être expulsés de Chine, notamment sous la pression des chancelleries occidentales, ils ont pu, à leur retour chez eux, témoigner de leur calvaire. Après des mois d’interrogatoires soutenus (pour parler par litote), on les a mis en demeure d’apprendre par coeur les réponses édifiantes et contrites de leur mea-culpa. Puis vinrent les caméras de télévision, et devant elles, il fallut jouer son rôle. Comme dans un film de fiction, la scène fut tournée plusieurs fois, jusqu’à ce que la voix et les mimiques du prisonnier singent au mieux celles d’un coupable librement repenti.

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Dans ces mascarades, quelque chose effraie plus que tout: c’est que CGTN n’ait pas vu de problème à les diffuser urbi et orbi. Car enfin, ces scènes incarnent le comble de la violence qu’on puisse infliger à un être humain: non seulement accabler son corps mais détruire son esprit, écraser sa volonté, lui enfoncer des mensonges dans la cervelle comme on enfonce un bâillon dans la bouche. C’est littéralement inhumain, et quiconque agit ainsi se juge lui-même. Or CGTN diffuse tranquillement ces aveux «spontanés». A son cynisme se mêle une sorte d’épouvantable naïveté: déshumaniser un homme? Où est le mal? Qu’y a-t-il là de choquant? N’est-ce pas la tâche quotidienne de toute tyrannie qui se respecte?

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Etienne Barilier

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