Les gens ont besoin de se reconnecter à l'essentiel

Saint-Jacques... La Mecque de Coline Serreau, invitée à Il est une foi, est un des films retenus par Emmanuel Tagnard, co-responsable de la sélection des oeuvres présentées par le festival genevois. Saint-Jacques... La Mecque de Coline Serreau, invitée à Il est une foi, est un des films retenus par Emmanuel Tagnard, co-responsable de la sélection des oeuvres présentées par le festival genevois.

Les Rendez-vous cinéma de l’Eglise catholique ont lieu du 5 au 9 mai à Genève. A l’affiche du festival Il est une foi, dont l’Echo Magazine est partenaire, près de 23 films abordent le thème de l’itinérance. Un sujet cher à Emmanuel Tagnard, coresponsable de la programmation.

Une porte ornée de deux combattants s’ouvre sur un pavillon coréen, un corps flotte à la dérive sur une rivière, une famille africaine déambule dans le désert... La bande-annonce de la 6e édition des Rendez-vous cinéma de l’Eglise catholique, Il est une foi, plonge immédiatement dans le thème choisi cette année: itinérances. Un mot contracté qui joue sur les concepts d’itinéraire et d’errance, comme l’explique Emmanuel Tagnard, journaliste et producteur au département religion de la RTS et membre du comité cinéma du festival. Ce marcheur au long cours, qui a traversé plusieurs fois l’Europe à pied, a à coeur de développer ce thème à travers une programmation éclectique. Au total, 23 films pour 23 parcours différents seront diffusés aux Cinémas du Grütli à Genève.

Pourquoi avoir choisi la thématique de l’itinérance?

Emmanuel Tagnard: – Trois critères ont guidé le comité de programmation. Il y a d’abord le déplacement dans l’espace, qui est le point de départ d’un cheminement intérieur. Puis, la force des rencontres «qui font le sel de l’existence», mais qui se révèlent également être un miroir. «L’Autre », à travers son propre trajet, vient éveiller certaines zones chez soi. La route est l’un des derniers lieux de transmission, où l’on continue de s’apporter mutuellement. Enfin, il y a la résolution des difficultés digérées par la marche: les semelles s’usent tout comme les idées pesantes.

Quel est l’impact de votre parcours de pèlerin sur la programmation?

– J’ai suivi le chemin de Saint-Jacques de Compostelle depuis Genève il y a quelques années. C’était une expérience extrêmement forte: il y a un avant et un après. La beauté des paysages est bien évidemment présente, mais c’est aussi un jeu ouvert entre ce qu’on ressent dans le corps et ce que l’on vit dans son esprit. Enormément de films traitent de la dynamique du voyage et cela faisait plusieurs années que j’avais envie d’aborder ce thème. 

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Le festival Il est une foi présentera de nombreux longs métrages n’ayant pas trait à la religion. Est-ce voulu?

– Il s’agit avant tout d’oeuvres qui touchent à la dimension humaine, au spirituel, et donc pas nécessairement à la religion. C’est le cas de L’Etreinte du serpent du Colombien Ciro Guerra. On y suit une initiation chamanique fascinante à travers le parcours intérieur de deux hommes qui ne se connaissent pas et qui ne se rencontrent pas, car venant d’époques différentes. Bien entendu, certains films possèdent une dimension chrétienne, mais le dialogue interreligieux est tout autant essentiel. Il nous importe de donner la parole à des créateurs pouvant apporter leur pierre à l’édifice de la réflexion.

Avez-vous un exemple en tête?

– Grain, la particule humaine de Semih Kaplanoglu est un film aussi particulier que magnifique. Alors que le monde s’écroule, deux scientifiques tentent de trouver des réponses pour enrayer la catastrophe d’origine génétique. Mais ce que je ne savais pas, c’est qu’il s’agissait d’une lecture soufie d’une sourate du Coran. Dès lors, l’oeuvre a pris une signification tout autre, bien plus profonde.

Quel est votre coup de coeur de cette sélection 2021?

– Il y en a plein! J’aime beaucoup Une histoire vraie de David Lynch. Il y a tout: la personne âgée à l’aube de la mort qui veut se rapprocher de son frère, les rencontres au bord du chemin qui guérissent ses blessures, la réconciliation... Dans un registre totalement différent, Broken Silence de Wolfgang Panzer est un véritable ovni dans le paysage cinématographie suisse: on y suit un moine chartreux qui doit briser son voeu de silence pour partir à l’autre bout du monde.

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Que vous inspire cette année particulière?

– Les gens ont besoin de la culture. Ils ont soif de se reconnecter à l’essentiel. De plus, 2021 est une année jacquaire, une année sainte, car la Saint-Jacques tombe un dimanche, le 25 connecter à l’essentiel» juillet. Cela se produit six fois par siècle. Les pèlerins catholiques qui empruntent le chemin de Compostelle peuvent alors obtenir une indulgence plénière une fois arrivés à destination. Leurs péchés sont absouts à l’aide d’un rituel très précis. C’est donc une année particulière avec davantage de pèlerins que d’habitude, sans compter tous ceux qui n’ont pas pu faire le trajet en 2020. Je suis curieux de savoir s’il y aura un appel de la route pour ceux qui, confinés, n’ont pas pu partir. Une transhumance spirituelle en somme.

Recueilli par steven Wagner

Toutes les informations sur le site https://ilestunefoi.ch

 

Des invités aux horizons éloignés

En 2020, Il est une foi avait dû être annulé en raison des mesures liées à la pandémie. Comme les salles obscures viennent de rouvrir, le festival catholique genevois propose une édition «mixte». Une partie des films, projetés aux Cinémas du Grütli, seront également diffusés en ligne, accompagnés d’une présentation de l’oeuvre et de débats. En outre, plusieurs personnalités hétéroclites interviendront en chair et en os suite à la projection des films. Andreï A. Tarkovski présentera Andrey Tarkovsky. A Cinema Prayer, un hommage poignant à son père, géant du cinéma russe, diffusé pour la première fois en suisse! L’Abbesse Jikô simone Wolf partagera son point de vue sur Printemps, été, automne, hiver... et printemps du Coréen Kim Ki-Duk. Enfin, Coline serreau présentera sa comédie Saint-Jacques... La Mecque en clôture du festival. «Notre optique est de traiter des questions de société avec un regard aussi large que possible, explique Bertrand Bacqué, directeur artistique, enseignant à la HEAD et diacre. Nous avons choisi des films éloignés de la religion pour mieux débattre entre croyants et non-croyants.»

SW

 

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