Prière et méditation se rejoignent

La prière est un dialogue avec Dieu. La prière est un dialogue avec Dieu.

Prier et méditer, ce n’est pas pareil. Quelle différence entre la prière et la méditation? Le pasteur Virgile Rochat nous propose des points de repère pour mieux appréhender ces deux réalités qui se complètent.

Le mot prière vient du latin precari – la même racine a donné précarité. L’usage laïc du mot prière fait immédiatement penser à une demande ou à l’expression d’un besoin, mais il recouvre une quantité de sens qui vont bien au-delà. La prière chrétienne, mais aussi juive ou musulmane, implique un dialogue avec Dieu, de «je/nous» à 38 «Tu». Le mot oraison, synonyme de prière, a d’ailleurs pour étymologie la bouche. L’oraison met des mots sur des sentiments, des impressions, des besoins.

DES MOTS SUR DES MAUX

39A EM14Il y a plusieurs types de prières: prière de demande pour soi, pour le monde, pour l’Eglise, pour la nature, la prière d’intercession. La prière peut aussi se déployer sous de nombreuses formes pour exprimer la reconnaissance: la prière de louange dit le sentiment d’émerveillement devant la beauté; la prière d’action de grâce dit merci après un exaucement; la prière d’adoration loue Dieu pour lui-même, elle est un cri d’amour. Le poids d’une faute peut conduire à la prière de repentance. En mettant des mots sur les circonstances de la vie, la prière permet de tenir à distance des situations difficiles, de mettre des mots sur des maux. Elle peut aussi être une attitude infantile teintée de magie devant la vie. Elle peut aussi incarner un fantasme de toute-puissance… Que met-on sous le terme de méditation? L’étymologie d’abord: méditer vient du latin meditor qui signifie principalement deux choses: réfléchir, penser; préparer, se préparer, s’exercer. La racine serait médéor, donner des soins, d’où médecine.

UNE DOUBLE ATTENTION

Le sens de ce mot a évolué au cours des siècles. En Occident, il signifie réfléchir et expliquer: «Le pasteur a médité sur un texte biblique». Mais depuis plus d’un siècle, l’influence orientale lui a donné un sens différent qui connaît un grand succès aujourd’hui. On peut résumer très brièvement le sens actuel de la méditation en disant qu’elle est constituée de deux éléments: une attention à la posture et une attention au souffle. La posture, qu’on appelle l’assise, vise à la fois à s’ancrer dans le sol et à se tenir dans la verticalité; celui qui médite porte aussi sans contrainte son attention sur la respiration. La méditation est donc constituée d’une attention à la posture et à la respiration, mais elle a aussi une visée, une intention. Les méditations d’origine orientale visent le détachement (le vide, le rien, la paix, l’éveil), les méditations laïques actuelles visent la relaxation, la décontraction, voire l’efficacité dans l’entreprise.

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Silence et paroles

Si on regarde de loin méditation et prière, on peut être amené à y voir deux réalités incompatibles. En effet, la première est caractérisée par le silence et elle va de soi à soi. Elle peut être pratiquée au sein de diverses convictions religieuses et même hors d’elles. Elle vise l’intériorité. La prière, quant à elle, est constituée de paroles et elle est une relation avec une réalité divine extérieure à l’humain.

Silence et paroles, dedans et dehors: est-ce le constat d’une différence radicale et donc d’une impossible rencontre? Ce serait vrai si n’existait pas, dans l’histoire chrétienne, une longue tradition de prière silencieuse qui invite à pratiquer l’oraison profonde et la contemplation – ce que nous mettons de nos jours sous le terme de méditation.

Dès le 3e siècle, les Pères du désert pratiquent la prière silencieuse. Au Moyen Âge, elle est développée par la mystique rhénane avec maître Eckhart et Jean Tauler notamment. Au 16e siècle, Thérèse d’Avila et Jean de la Croix vivent et décrivent l’oraison profonde dans la tradition du Carmel. On rencontre en France au 17e siècle une pratique mystique dont madame Guyon est une des figures de proue. De tout temps, dans l’Eglise d’Orient, on a pratiqué l’hésychasme, la prière du coeur: «Jésus-Christ, fils de Dieu, prends pitié de moi pécheur » répété inlassablement.

DES MOYENS POUR CHEMINER

Cette forme de prière, historiquement très bien attestée, a toujours été minoritaire. Elle présuppose une théologie qui insiste sur la proximité de Dieu, sa présence à l’intime de l’intime. En effet, le rapport à Dieu dont il est question ici postule la présence divine au coeur de l’humain. Il part du principe que si Dieu est partout, il est aussi en nous. Sa proximité n’enlève rien à son altérité, mais la fait voir autrement. Cette conception est fondée bibliquement sur les mots de l’apôtre Paul quand il affirme: «Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous?» (1Co 3, 16). Bien qu’il dise cela dans une visée morale, c’est un fondement biblique extrêmement intéressant.

L’exercice du croyant résidera dès lors dans le fait de prendre conscience de cette présence divine, de la laisser être et se développer en son intériorité. Par la méditation, le pratiquant apprendra à se désencombrer de toutes sortes d’éléments qui obstruent la présence divine, qui l’empêchent de se manifester.

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En ce sens, la pratique de la prière consistera moins à se placer face à Dieu qu’à faire en sorte que sa présence intime (déjà-là), la grâce, se manifeste et change notre vie. Cette vision-là est profondément oecuménique, interreligieuse, voire interconvictionnelle. Elle offre des trésors spirituels et surtout des moyens pour cheminer. On reproche en effet souvent à la foi chrétienne de proposer fort peu d’exercices pour progresser dans la foi et dans la vie. En définitive, ce qui apparaît avec force c’est que, loin de s’exclure, la prière et la méditation se complètent et s’enrichissent mutuellement.

Virgile Rochat

 

Une alliance qui transforme

Allier prière et méditation présente un enjeu considérable pour l’avenir de l’Eglise et du monde, car c’est dans l’intimité de chaque coeur que se réalise (devient réelle) la présence de Dieu au monde. C’est dans ce lieu que s’opère ce qu’à la suite de saint Irénée les orthodoxes appellent la «divinisation» ou sanctification: l’amour prend peu à peu forme à l’intérieur du croyant et modifie sa vie et son comportement. Méditer permet alors d’accueillir en soi le dessein de Dieu pour ses créatures et sa création.

VR

 

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