Laissez-nous notre langue

Nous aimons nous targuer, nous autres francophones, de parler la langue de Molière. Que nenni! Nous ne la parlons pas plus que les Allemands celle de Goethe, les Italiens celle de Dante et les Anglais celle de Shakespeare.

Quoique leurs déportements nous importunent, nous ne désignons plus les bélîtres par ce nom et nous célébrons bien peu d’hymens. C’est un fait: la langue évolue. De nouveaux mots apparaissent – le Littré ne dit rien de la télévision. D’autres tombent en désuétude – un maïeuticien vaut pourtant un maladroit sage-homme. On peut le regretter, mais pas s’y opposer.

Ce qui gêne, dans l’actuelle querelle des anciens et des modernes, c’est qu’elle fait de la langue une affaire de coteries. Porte-voix d’une identité de genre qui surpasse désormais tout contre chantres d’une Académie dont personne ou presque ne consulte le dictionnaire. Bien-pensants et immortels s’affrontent. Non en se lançant des outres d’urine, des vers audacieux, des préfaces étayées, des critiques assassines.Mais à grands coups de «il faut», «on doit», «vous n’avez pas le droit». Marauds plus que hérauts.

Le français n’est la propriété ni des féministes ni de l’Académie.Ces esprits cacochymes accaparent un bien qui n’est pas le leur. Le français n’est la propriété ni des féministes ni de l’Académie. Et il n’est plus tout à fait la langue de Molière ou de Chateaubriand, ni même de d’Ormesson. Le français est notre langue: la vôtre et la mienne. Une langue qui conserve des règles qui font de l’écriture inclusive, avec ses points finaux au milieu des mots, une aberration. Une langue dont les mots se forment selon des mécanismes n’empêchant aucunement de féminiser les noms de métier. Une langue dont le vocabulaire varie, d’une région à une autre, d’une époque à une autre. Une langue qui change et le fait naturellement.

Mais comment l’homme – du reste le plus souvent une femme –, qui ne rêve que de tuer Dieu et de dépasser la nature, pourrait-il la laisser se transformer hors de sa volonté? Il est certes bon d’utiliser des doublets dans l’administration puisqu’il est prouvé que des femmes ne s’identifient pas au masculin générique, mais ne forçons pas la langue pour le reste. Laissons les unes et les autres se plaindre auprès de leurs amis que les acteurs d’un film étaient mauvais, comme ils le font aujourd’hui en usant spontanément du masculin générique.

Apôtres d’un prétendu parler juste plus que du parler vrai et du beau parler, laissez-nous parler notre langue. Celle qui dit notre personnalité par notre choix d’user ou non de doublets, d’archaïsmes, de restes de patois, par nos tics et nos emprunts. Et surtout, laissez-nous le mot qui fit la gloire de Cambronne sans qu’il l’ait prononcé, dernier moyen de tirer la langue aux tyrans de la langue.

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