A l’origine de l’Xtrême de Verbier

Snowboardeurs et skieurs s’élancent du Bec des Rosses, à 3223 mètres d’altitude, sous l’oeil attentif de Nicolas Hale-Woods. Snowboardeurs et skieurs s’élancent du Bec des Rosses, à 3223 mètres d’altitude, sous l’oeil attentif de Nicolas Hale-Woods.

L’Xtreme de Verbier, compétition phare du ski et du snowboard freeride, s’est déroulé pour la 25e fois la semaine dernière. Retour, des cimes enneigées de la station valaisanne, sur ce succès suisse avec son fondateur Nicolas Hale-Woods, un Neuchâtelois d’origine britannique.

L’Xtreme de Verbier soufflait la semaine dernière ses 25 bougies. L’occasion de revenir sur la saga de la plus grande compétition de ski et de snowboard freeride du monde. Pour cela, nous sommes montés dans la station valaisanne à la rencontre de son fondateur, Nicolas Hale-Woods. A la veille de la compétition, le Neuchâtelois d’origine britannique de 52 ans enchaîne les briefings téléphoniques de sécurité. C’est le calme avant la tempête. De généreuses chutes de neige ont recouvert les pentes vertigineuses du mythique Bec des Rosses et nul ne sait encore quand cette couche sera suffisamment stabilisée pour que l’Xtreme puisse avoir lieu sans danger. Quelques-uns des 25 participants sélectionnés scrutent déjà avec gourmandise cette face nord de 400 mètres avec leurs jumelles dans l’espoir d’y dénicher la ligne qui fera d’eux les vainqueurs. En cas de succès, ils se partageront le prix de 70’000 francs.

UNE MACHINE À CLICS

Hors Covid, l’évènement attire jusqu’à 10’000 personnes. Si Verbier se présente volontiers comme la référence du freeride, c’est en bonne partie à la notoriété mondiale de l’Xtreme que la station le doit. Elle soutient l’épreuve à hauteur de 500’000 francs par an. En lançant la compétition en 1996 avec son ami Philippe Buttet, jamais Nicolas Hale-Woods, lui-même père de deux freeriders, n’aurait imaginé qu’elle donnerait naissance à un circuit mondial en cinq étapes baptisé FreerideWorld Tour (FWT). Celui- ci a essaimé en quelque 160 compétitions franchisées dans le monde entier tout en créant une sorte de fédération riche de 5000 licenciés.

Le FWT génère cent millions de vues sur internet où les performances sont retransmises tant en direct qu’en replay, attirant 80 millions de téléspectateurs. C’est là le nerf de la guerre: il faut séduire des sponsors avides de visibilité et de «coolitude». Depuis 2016, le Web a pris le pas sur la télévision et le FWT affiche un million de followers sur les réseaux sociaux.

15A EM13Le FWT est une machine bien rodée employant quatorze personnes à l’année et représentant un budget annuel de cinq millions de francs dont 1,4 est dédié à l’Xtreme. Tout a pourtant commencé un peu par hasard avec pour seul catalyseur la passion de la glisse. «Un jour, alors que je faisais du snowboard, j’ai aperçu deux gars qui descendaient le Bec des Rosses. Je n’avais jamais vu ça ni cru que c’était possible tant cette pente paraissait envahie de barres rocheuses quasi verticales», se souvient Nicolas Hale-Woods qui venait d’achever ses études en sciences économiques à l’Université de Fribourg. Une graine est plantée dans son esprit. «Une centaine de skieurs se sont amassés pour nous regarder descendre.»Elle commence à germer en 1995 à l’occasion d’un tournage publicitaire improvisé pour Victorinox dans cette même face affichant par endroits une pente à 55°. «Une centaine de skieurs se sont amassés au pied de la montagne pour nous regarder descendre. Je me suis dit qu’il y avait un truc à faire, d’autant plus que je découvrais en même temps que cette face procurait un plaisir incroyable. Elle semblait taillée pour le freeride.»

A l’époque, il n’existait qu’une compétition de ski hors piste aujourd’hui disparue et appelée King of the hill (Roi de la colline).Organisée en Alaska, loin de tout, elle était aussi mythique qu’inconnue. Nicolas Hale-Woods en avait eu vent via une photo publiée dans Snowboarder magazine. «Notre idée était de proposer un évènement du même genre, mais accessible aux spectateurs et réunissant la meilleure brochette de snowboarders.» Le 23 mars 1996, la première édition est un succès. La compétition bénéficie d’emblée du soutien de gros partenaires et de diffusions télévisées. Elle est uniquement dédiée au snowboard, discipline alors en plein boom. Les lattes larges avec rockers, en vigueur aujourd’hui et rendant le ski de pente raide plus ludique et aisé, n’avaient pas encore fait leur apparition sur le marché.

INSPIRÉ DU SURF

Les trois années suivantes, Nicolas Hale-Woods travaille comme directeur du marketing à l’UEFA à Nyon et prend sur ses vacances pour préparer l’Xtreme. Son ami s’est retiré. «A l’époque déjà, j’étais convaincu qu’il y avait là le potentiel pour lancer un tour mondial en plusieurs étapes. D’emblée, nous nous étions inspirés de ce qui se faisait dans le surf, sport avec lequel nous partagions la passion de la glisse, de la nature, un côté international et un certain mode de vie. Nous nous identifions plus à tout cela qu’au côté plus rigide des courses de ski FIS même si nombre de nos athlètes phares viennent du ski alpin. »

Le rêve devient réalité en 2007 grâce au gros sponsor d’alors et débouche sur un titre de champion du monde. Mais avant cela, en 2004, la compétition s’est ouverte aux skieurs. C’est le régional de l’étape, Jean-Yves Michellod, qui s’impose deux ans avant qu’une avalanche ne le laisse tétraplégique (voir EM4, 2019). Parmi les figures de l’épreuve, citons la snowboardeuse vaudoise Géraldine Fasnacht, le cador haut-savoyard Candide Thovex, la regrettée Valaisanne Estelle Balet ou encore Xavier de Le Rue, dont la descente gagnante de 2010 reste une référence sur youTube. «Jamais je n’aurais atteint un si haut niveau sans la pression de la compétition », reconnaît régulièrement le Pyrénéen.

16A EM13

UNE RELÈVE SANS COMPLEXE

Au fil des ans, le niveau monte rapidement. Le FWT met sur pied des évènements qualificatifs lors desquels les jeunes freeriders aiguisent leur talent. C’est sans complexes que les meilleurs d’entre eux s’alignent ensuite sur l’Xtreme. «Ces Freeride Juniors Tour et Freeride World Qualifiers, comme on les appelle, sont notre vivier. Grâce à ces compétitions, ces nouveaux talents arrivent sur le Tour avec dix ans d’expérience de haut niveau. Les plus anciens ne peuvent pas s’endormir sur leurs lauriers. En 2019, le skieur français Wadeck Gorak a signé, à 29 ans, une course époustouflante dans laquelle il est allé quasiment deux fois plus vite que ce qui se faisait au début dans les virages les plus raides en se payant le luxe de franchir une barre rocheuse d’un backflip (un saut périlleux arrière, ndlr).»

Le coronavirus n’a pas épargné la course: en 2020, l’épreuve a été annulée par le semi-confinement décrété par le Conseil fédéral. «Un coup dur, confesse Nicolas Hale-Woods, mais nos partenaires nous ont soutenus.» Rebelote en 2021 avec l’annulation des deux premières étapes du FWT, toujours à cause de la crise sanitaire. Mais l’organisation encaisse bien le choc car, en parallèle, elle s’est diversifiée en montant en 2018 un évènement estival sur le même modèle dédié au VTT électrique: le Verbier EBike Festival.

ECOSYSTÈME DU SKI ET ÉCOLOGIE...

Le FWT nécessite des déplacements en avion et des heures d’hélicoptère. Un tel évènement a-t-il encore du sens à l’heure où une bonne partie de la jeunesse se focalise sur les défis écologiques posés par le réchauffement climatique? Nicolas Hale-Woods en est persuadé. Pas sûr qu’il convainque les militants du climat les plus virulents. «Nous compensons les émissions de carbone des vols de nos athlètes et de notre staff notamment en plantant des arbres au Nicaragua, en recyclant nos bâches pour en faire des bracelets de montres avec l’un de nos partenaires ou en optimisant le covoiturage et les transports publics. Notre compétition alimente tout un écosystème du ski et du tourisme. La critiquer sous l’angle de l’environnement est facile, mais nous faisons de grands efforts sur ces questions.»

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



L’édition 2021 a finalement été remportée pour la seconde fois consécutive chez les skieuses par la Lausannoise Elisabeth Gerritzen, seule Suissesse à s’être qualifiée pour l’épreuve. Nicolas Hale-Woods s’en réjouit et conclut: «Notre succès est dû à notre travail, mais aussi au fait qu’on était là au bon endroit au bon moment. Aujourd’hui, l’Xtreme est devenu le Graal des freeriders. Dans 25 ans, j’espère que je serai en train de surfer sur une île déserte avec mes petits-enfants tandis que le FWT se déploiera sur huit étapes jusqu’en Chine ou aux Etats-Unis...»

Laurent Grabet

 

La sécurité en question

En 25 ans, l’Xtreme n’a enregistré aucun accident grave en compétition alors que le Bec des Rosses a été descendu plus de 850 fois. «La sécurité a été une priorité absolue dès le début. Un accident grave lors des premières éditions aurait signé la mort de notre manifestation», explique Nicolas Hale-Woods. On en est passé bien près en 2000 lorsque Jérôme Ruby avait dévalé le couloir central de haut en bas. Le snowboardeur chamoniard s’en était tiré avec une pommette enfoncée. Aujour-d’hui, les coureurs sont équipés d’un détecteur de victimes d’avalanche, d’un casque, de protections dorsales et d’un sac airbag permettant de rester en surface lors d’une avalanche. Aucune coulée d’ampleur n’a encore terni l’épreuve. Cet aspect est surveillé de près par le chef sécurité, Claude-Alain Gailland, qui a la montagne à l’oeil dans les semaines précédant la course, l’inspectant à coups de relevés nivologiques. Des minages préventifs ont parfois lieu durant les jours précédant la compétition. «Lors de l’épreuve, les pertes de contrôle sont très sévèrement notées pour éviter les têtes brûlées», relève Nicolas Hale-Woods. Faire rêver avec les exploits hors piste des cadors du freeride ne risque-t-il pas d’entraîner des drames parmi les pratiquants moins expérimentés? Le patron de l’Xtreme a entendu cette question mille fois. Pour lui, la montagne est un espace de liberté où le risque zéro n’existe pas et où la responsabilité individuelle doit primer. Le quinquagénaire rappelle aussi que les 5000 membres de la fédération doivent suivre, en début de saison, une formation en matière de sécurité.

LG

 

 

Articles en relation


Sandy Maendly et le foot féminin

A 10 ans, la Genevoise a commencé le foot dans une équipe mixte. Aujourd’hui, la trentaine passée, elle vit une fin de carrière de rêve tant avec Servette Chênois qu’avec l’équipe suisse, qui vient de décrocher son billet pour l’Euro 2022.


L’exploit d’Ajoie

«Après Moutier, Porrentruy!», clame le site de la RTS suite à la promotion en National League du HC Ajoie. C’était mercredi 28 avril en finale des playoffs: le club phare du Jura battait Kloten 5 à 4 dans les prolongations – 4 victoires à 2 dans l’ultime série.


Ils ont osé

«Ils n’oseront pas»: il y a quelques années, cette pensée traversa l’esprit de l’économiste du sport Wladimir Andreff (lire notre interview) lorsque le Qatar, émirat gazier ayant autant de liens avec le football que le Nicaragua avec le ski de haute montagne, rejoignait la liste des nations susceptibles d’organiser la prochaine Coupe du monde.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!